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Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux

Fédération de recherche sur les sociétés anciennes

     

[rub 8 - on en parle] Hommage à Paul Sanlaville

Hommage à Paul Sanlaville
Lundi 22 Mars 2021

C'est avec beaucoup d'émotion et une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Paul Sanlaville, jeudi 4 mars 2021. Nombre d'entre nous l'ont connu puisqu'il a été un des fondateurs de cette Maison de l’Orient telle que nous la connaissons aujourd’hui et un de ses piliers. Géographe, géomorphologue, il a été un des meilleurs connaisseurs des Proche et Moyen-Orient et du Golfe arabo-persique, qu'il a longuement arpentés et tant appréciés.

Après ses études supérieures d’histoire et de géographie effectuées à l’université de Lyon, il a parcouru, dans le cadre d’un diplôme d'Études Supérieures et durant six mois (1955-56), avec son compère Marc Cote, le Hoggar, pour y effectuer des recherches en géographie humaine et physique. Ayant réussi son agrégation de géographie en 1958, il est nommé professeur au lycée de garçons Aumale de Constantine, puis il rejoint en 1960, avec son épouse Denise, le Liban où il travaille à sa thèse et occupe un poste à l’Institut de Géographie du Proche et du Moyen-Orient.

Rentrés en France en 1969, Paul intègre le CNRS et soutient sa thèse d’État en 1973 sur l’Étude géomorphologique de la région littorale du Liban, travail qui fait toujours autorité aujourd’hui et qui le consacre comme un spécialiste des espaces littoraux méditerranéens et plus largement du Quaternaire au Moyen-Orient.
En 1979, il succède à Jean-Pouilloux à la tête de ce qui était alors la Maison de l'Orient méditerranéen, tout en en dirigeant un des laboratoires. C’est à lui qu’est revenue la délicate tâche d’organiser cette institution qui s’ouvrait alors largement à la pluridisciplinarité. Grâce à ses qualités de chercheur et d'organisateur, ce défi fut mené à bien. Les fondements qu’il a alors mis en place sont ceux qui régissent encore de nos jours, malgré les restructurations, les changements d’appellation, les « modes », notre Maison.
 A l'université Lumière-Lyon 2, où il a enseigné de longues années, il a notamment assumé la charge de vice-président à la Recherche. Excellent pédagogue, il a su faire comprendre et apprécier sa discipline et sa conception de la recherche à nombre d’étudiants.
 Directeur de recherches au CNRS il a présidé la section 39 du Comité national, alors celle des géographes.

Il nous a tout autant marqués dans le domaine de la recherche où il a excellé. Je ne saurais évoquer toutes ses entreprises, ses programmes, qui ont couvert des domaines aussi divers que la géomorphologie littorale et l’occupation humaine au Paléolithique. Mais je m’en voudrais de ne pas évoquer la belle période de la « bande des quatre », qui a marqué la recherche préhistorique au Liban et en Syrie : Francis Hours, Lorraine Copeland, Jacques Besançon et bien sûr Paul, auxquels s’est vite adjoint un cinquième comparse, Sultan Muhesen, puis un sixième, Olivier Aurenche. Ils ont renouvelé l’approche de cette science en mettant en œuvre une pluridisciplinarité alors encore fort rare et bien plus souvent évoquée que réellement pratiquée.

Paul nous a légué un bel héritage, fait d’humanisme, de convictions, de qualités humaines et intellectuelles, de sensibilité et de droiture aussi. Il a surtout marqué toute une génération de membres de la Maison de l'Orient, qu'ils soient chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA ou étudiants. Son charisme, son ouverture d'esprit, son caractère avenant et amical, sa rigueur scientifique en ont fait un modèle pour nombre d'entre nous, sinon un mentor. Il avait l’art de mettre les gens à l’aise, de les valoriser dans les moments difficiles, de les soutenir. Nous sommes nombreux à avoir profité de ses enseignements, de ses conseils avisés, de sa sagesse. Il nous a montré, jour après jour, ce que sont la probité, la rigueur scientifique.
Paul était à sa manière un « révolutionnaire » : il avait compris bien avant d’autres l’importance d’une réelle approche pluridisciplinaire, en associant géographes, anthropologues, historiens, archéologues, sociologues… Son ambition était d’étudier, sur le long terme, les sociétés et leurs relations avec l'espace où elles se déployaient.

Cette grande figure familière va nous manquer.
Bernard Geyer

Légende photo : Paul Sanlaville au travail, en 1989, dans la plaine de Larsa, en basse Mésopotamie, à la recherche d'un antique canal dans cet environnement désertique.