Guides de la recherche-sur-Web Première édition (28 février 2013)

   

Guide du Qatar-sur-Web

Robin Galan, étudiant à l’Institut d’études politiques de Paris,
ancien stagiaire à l'ambassade de France au Qatar

 

Introduction

Longtemps considéré comme un pays périphérique dans une région dominée par l'Arabie saoudite, le Qatar a su au cours des années 2000 conquérir une place dans le monde arabe et s'affirmer comme un acteur avec lequel compter. Actif et ambitieux sous le leadership d'une petite poignée de dirigeants déterminés, ces derniers ont fait du développement et de la modernisation leur idée fixe, quitte à bousculer une société qui demeure largement conservatrice. A leur tête, l'Émir Hamad bin Khalifa Al Thani est l'architecte de cette expérience qatarienne. Grâce à la rente gazière, conquise dans les années 1990, le Qatar peut se permettre d'être un laboratoire dans tous les domaines et ne se prive pas d'expérimenter pour avancer. Les projets toujours plus titanesques se succèdent à Doha, la capitale, où les infrastructures "d'excellence" (éducation, santé, sport) doivent à terme s'intégrer dans un espace urbain totalement remodelé pour l'horizon 2022 (ville nouvelle, nouveaux quartiers, métro), lorsque le petit émirat accueillera la Coupe du monde de football.

Sur la scène arabe et internationale, le Qatar a longtemps pratiqué une diplomatie discrète et fortement spécialisée dans la médiation des conflits (Liban en 2008, Darfour en 2011 pour ne citer que les deux médiations les plus connues). L'avènement du "Printemps arabe" a changé la donne et les dirigeants qatariens, convaincus qu'il fallait être du bon côté de l'histoire, ont pleinement soutenu les soulèvements populaires (sauf dans le Golfe, qui est une ligne rouge) et les nouveaux pouvoirs issus des révolutions. Cependant, cette diplomatie plus active est aussi plus risquée et le Qatar se trouve aujourd'hui la cible de violentes critiques sur son rôle parfois trouble et souvent nettement plus favorable aux mouvements fréristes qu'aux autres forces politiques.

Le pari des "despotes éclairés" qui entendent donner au Qatar un rôle de premier plan est en partie réussi. L'émirat est de plus en plus incontournable et sa puissance financière lui donne les moyens de ses grandes ambitions. Cependant, les contradictions qu'il abrite en son sein et les risques qu'il prend dans sa politique étrangère présagent de défis à venir.

 

Internet au Qatar

L’État du Qatar, à l’instar des autres pays arabes du Golfe, se classe parmi les pays du Moyen-Orient faisant le plus large usage d’internet. Le bureau d'étude Arab Advisors Group (http://www.arabadvisors.com/Pressers/presser-070910.htm) estime que le Qatar était en 2010 le troisième pays le plus "connecté" de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, derrière les Émirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite. Les statistiques de l’Union internationale des télécommunications (http://www.itu.int/) indiquent, pour leur part, un taux de pénétration d’internet de 86,20 % au Qatar pour l'année 2011. ICT Qatar (http://www.ictqatar.qa/) (anglais et arabe), l’autorité nationale de régulation du secteur, donne des chiffres similaires pour l'année 2011, avec 89 % de foyers disposant d'un ordinateur et 68 % de la population utilisant internet. ICT Qatar est également l'auteur d'un rapport très détaillé sur l'usage d'internet au Qatar, le "Qatar Digital Landscape 2011" (http://www.ictqatar.qa/) (anglais). Ce document est largement orienté à destination des acteurs économiques du secteur (présence sur internet, habitudes de l'internaute qatarien, achats sur internet, etc.) et ne traite pas, compte tenu de sa nature officielle, des enjeux politiques des usages d'internet au Qatar.

La croissance des réseaux sociaux tels Facebook et Twitter est, comme dans les autres pays du Golfe, remarquable. En novembre 2012, les recherches de Spark Digital (http://www.sparkdigi.com/), une agence qatarienne spécialisée dans les médias sociaux, en témoignaient. La jeunesse utilise massivement ces nouveaux outils. On constate également une forte présence des acteurs de la presse sur ces réseaux (par exemple, les rédacteurs en chef des grands quotidiens sont presque tous des "twittos" prolifiques). Les institutions ont elles aussi rapidement pris le pli de la "révolution internet". Il est désormais très rare qu’une institution qatarienne ne dispose pas à tout le moins d’une page Facebook et d’un compte Twitter. Nombreuses sont celles qui animent en sus une chaîne sur le site de partage de vidéos YouTube. A l’automne 2012, le ministère qatarien de l’Intérieur (http://followgram.me/moi_qatar) (arabe et anglais) a même été jusqu’à communiquer autour de l’ouverture de son compte officiel sur le site de partage de photographies Instagram.

Il est important de noter que l’internet qatarien a la particularité d’être largement dominé par les sites institutionnels. Ceux-ci, relativement nombreux, relaient tous –non sans habileté- la communication officielle du pouvoir, passé maître en la matière. Abreuvé de contenus officiels, institutionnels ou quasi-institutionnels, le net qatarien a une physionomie particulière dont il faut avoir conscience. Ainsi l’internaute peinera à trouver des contenus véritablement critiques et de qualité (sites d’informations indépendants, blogs personnels, organisations non-gouvernementales, partis politiques, etc.). Cet état de fait ne fait que refléter la situation au Qatar, où ce qu’il convient d’appeler la "société civile" est fortement atrophiée par rapport aux institutions et quasi-institutions, toutes créées ou suscitées par le pouvoir selon une approche souvent qualifiée de "top down". Internet demeure malgré tout un champ d’étude intéressant dans la mesure où c’est souvent sur le web que les rares et timides frémissements de la société qatarienne trouvent à s’exprimer entre les mailles du réseau d’institutions savamment mis en place par le pouvoir.

Si les autorités qatariennes ont très tôt parié sur internet et continuent de le faire en travaillant, par exemple, à raccorder le pays au très haut débit depuis septembre 2011, c'est moins pour la liberté d'expression et d'information permise par ce média que pour les retombées économiques que procurerait le statut de "digital hub". Internet, en effet, suscite aussi une certaine méfiance. Le secteur est régulé par le décret-loi n°34 de 2006, un texte essentiellement technique (interopérabilité, règles de concurrence entre les opérateurs, etc.) mais qui comprend aussi des dispositions vagues permettant de poursuivre en justice ceux qui utiliseraient internet pour franchir des lignes rouges (critique de la famille régnante et du pouvoir en général). Comme les autres médias qatariens, internet est soumis à une censure attentive. Afin d'en prendre la mesure, on recommandera la lecture du profil du pays proposé par l’OpenNet Initiative (http://opennet.net/research/profiles/qatar). OpenNet Initiative note que, de l'aveu même du fournisseur d'accès national Qtel (http://www.qtel.qa/en/home) (anglais et arabe), les principaux motifs de censure sont la présence de contenus traitant de sexualité (ce qui inclut bien évidemment la pornographie mais aussi des sites traitant d’éducation et de santé sexuelles), de religion (les sites hostiles à l’islam sont censurés) et de critique politique des pays du Golfe. Les Qatariens et résidents étrangers rapportent souvent qu’outre les motifs "officiels" de censure, des sites internet plus ou moins "subversifs" sont parfois bloqués arbitrairement pour des périodes plus ou moins longues. On trouvera quelques références supplémentaires sur ce sujet dans l’article dédié de Wikipédia "Internet in Qatar" (http://en.wikipedia.org/wiki/Internet_in_Qatar), qui reste cependant pour une large part une adaptation de la fiche proposée par l’OpenNet Initiative.

Conformément à la philosophie des Guides de la recherche-sur-Web de la Maison de l'Orient dans lesquels il s'insère, ce Guide du Qatar-sur-Web opère un choix dans les sites internet. L'internaute en quête d'un répertoire des sites de tous les ministères, agences gouvernementales et services publics devra ainsi avoir recours au portail gouvernemental Hukoomi (http://www.gov.qa/ ou http://www.hukoomi.qa/) (anglais et arabe). Le site Qatar Living (http://qatarliving.com/) propose quant à lui un Qatar Guide qui liste les sites dans la plupart des domaines. Les pages blanches et jaunes peuvent quant à elles être interrogées sur le site de la compagnie Qtel's online directory (http://www.qtel.qa/) (anglais et arabe).

 

Les usuels

Les fiches de base (ou "fiches pays") que propose un certain nombre de sites internet constituent un bon moyen d’avoir, en première approche, une vue d’ensemble du pays. L’entrée "Qatar" du CIA World Factbook (https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/qa.html) est ainsi une référence utile fréquemment mise à jour. La fiche pays du ministère français des Affaires étrangères (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/qatar/presentation-du-qatar/) (français), si elle commence à dater, n’en reste pas moins bien fournie et a l’avantage d’être plus complète sur la politique étrangère du Qatar que celle du CIA World Factbook déjà cité. Le Country Profile du Foreign Office britannique (http://www.fco.gov.uk/en/travel-and-living-abroad/travel-advice-by-country/country-profile/middle-east-north-africa/qatar?profile=all) peut également être consulté à profit. Les Background Notes du Département d'État américain (http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/5437.htm) (anglais) sont, quant à elles, assez pauvres en informations. Quelques sites internet d’information proposent eux aussi de très bonnes fiches de base sur le Qatar. Le "profil" Qatar du site internet de la BBC (http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-14702226) (anglais) en est le meilleur exemple. De bonne qualité, il a aussi l’avantage de dédier une section aux médias et de proposer une chronologie très utile.

Depuis plusieurs années, le Qatar, longtemps méconnu voire inconnu, a envahi les grands sites d’information généralistes grâce au dynamisme de ses politiques dans de nombreux domaines. Ses investissements dans l’immobilier, les grands groupes industriels ou le secteur du sport, l’ont fait connaître auprès du public occidental. Plusieurs médias proposent désormais une couverture sérieuse de l’actualité autour du Qatar. La politique extérieure qatarienne et les investissements à l’étranger de l’émirat sont de loin les sujets les plus traités par les médias généralistes lorsqu’ils abordent ce pays. La lecture des articles sur le Qatar publiés par ces grands médias est un bon début avant de poursuivre par des lectures plus spécialisées. L’internaute pourra ainsi consulter les différents articles et enquêtes sur l’émirat publiés par les médias généralistes de sa préférence. On peut cependant recommander, en raison de la qualité générale de leur couverture sur le Qatar, Le Monde (http://www.lemonde.fr/qatar/), le New York Times (http://topics.nytimes.com/top/news/international/countriesandterritories/qatar/index.html) qui propose sur cette page une courte introduction et plusieurs liens en plus de ses articles, le Guardian (http://www.guardian.co.uk/world/qatar) ou encore le Financial Times (http://search.ft.com/search?queryText=Qatar) qui dispose d’un bon correspondant fin connaisseur des pays du Golfe en la personne de Simeon Kerr (le quotidien est cependant payant et ne propose pas de page dédiée pour chaque pays, rendant les recherches plus difficiles).

On retiendra également une série de sites internet portant sur le Qatar mais n’entrant pas dans la catégorie des sites d’information. Vivreauqatar.com (http://vivreauqatar.com/) est le site de la communauté francophone expatriée au Qatar. Outre des informations relatives à la vie pratique, on y trouvera plusieurs pages thématiques sur lesquelles nous reviendrons infra. Qatar Living (http://qatarliving.com/) est son équivalent anglophone. Nous mentionnons pour mémoire Qatarcom.com (http://qatarcom.com/). Ce portail arabophone qatarien présente un intérêt moindre dans la mesure où ses contenus, très variés, ne sont pas originaux. Il en va de même d’Explore-Qatar.com (http://explore-qatar.com/) (anglais), un site qui semble voué à la promotion de l’émirat et est associé à des sponsors qatariens (Qtel, Islamic Bank of Qatar, Qatar Expo, The Pearl). Ces quatre sites ont le désavantage d’être très généralistes. Du reste, ils s’inscrivent dans une démarche non-critique.

Les données officielles concernant la population, l'économie, etc., peuvent être trouvées sur le site de la Statistics Authority (http://www.qsa.gov.qa/) (anglais et arabe), éditrice d'un Annual abstract and statistics magazine.

 

La géographie du Qatar

  
Source :
Perry-Castañeda Library

Si la géographie du pays n’est certes pas un enjeu majeur compte tenu de la petitesse du territoire qatarien (superficie de 11 437 km²) mais aussi de son caractère entièrement désertique, on pourra malgré tout consulter à profit un recueil de cartes grâce à la collection cartographique de la bibliothèque de l’Université du Texas (http://www.lib.utexas.edu/maps/qatar.html), qui est en accès libre en ligne et peut compléter des outils cartographiques bien connus tels le service Google Maps et le logiciel Google Earth. Il peut être utile de se familiariser avec l’organisation spatiale de l’industrie énergétique du pays tant celle-ci est stratégique (les sites et terminaux industriels de Dukhan à l’ouest, Ras Laffan au nord et Messaid au sud-est). En outre, qui s’intéresse aux différentes tribus du Qatar sera sans doute amené à devoir identifier des territoires tribaux (par exemple, la partie septentrionale de la péninsule "appartient" aux Al Naïm, une tribu jadis hostile aux Al Thani et proche des Al Khalifa, la famille régnante de Bahreïn).

Il est à noter que la délimitation des frontières de l’émirat n’a pas été sans causer des différends avec ses voisins. La délimitation de la frontière méridionale avec l’Arabie saoudite, longtemps imprécise, a pu être agréée à l’amiable par les deux gouvernements à travers un accord datant de 1965. Si le Qatar a bien été concerné par le conflit frontalier qui a opposé l’Arabie saoudite aux Émirats, dans la mesure où de l’issue de celui-ci dépendait l’existence ou non d’une frontière terrestre qataro-émirienne, il n’en a cependant jamais été partie prenante.

En revanche, des revendications territoriales bahreïniennes sur le nord de la péninsule (Zubara) ainsi que sur les îles Hawar (au large de la côte ouest de la péninsule), pour des raisons historiques (le Bahreïn dominait au cours du 19e siècle le nord-est de la péninsule qatarienne) ont envenimé pendant de très longues années des relations historiquement déjà difficiles entre les deux pays. Les îles Hawar, désertes, sont notamment convoitées pour les ressources en hydrocarbures que leur sous-sol pourrait receler, tandis que le Bahreïn a longtemps eu une forte influence dans la zone de Zubara grâce à ses liens avec les notables locaux issus de la tribu des Al Naïm. En 1991, l’affaire a été portée devant la Cour internationale de Justice (CIJ) par le Qatar. La CIJ a rendu sa décision en 2001 (Délimitations maritimes et questions territoriales entre Qatar et Bahreïn (Qatar c. Bahreïn), arrêt du 16 mars 2001). On pourra consulter tous les documents afférant à cette procédure sur le site de la CIJ (http://www.icj-cij.org/docket/index.php?p1=3&code=qb&case=87&k=61) (français), et en premier lieu le texte de l’arrêt final, qui contient un rappel historique dont la lecture est fort instructive. La décision de la CIJ a donné la souveraineté de la plus grande partie des îles Hawar au Bahreïn (dont l’île principale), mais a confirmé que la zone de Zubara relevait de la souveraineté territoriale qatarienne.

 

L'économie du Qatar

La situation économique du Qatar est exceptionnelle à plus d'un titre. C’est en 1949 que le premier tanker chargé de pétrole qatarien quittait la péninsule, prélude à la mise en place d’une économie rentière classique. Au cours des décennies qui suivirent, le Qatar tira ses revenus de l’exploitation de champs pétroliers situés à l’ouest de son territoire (zone de Dukhan). Cependant, l’insolente santé économique de l’émirat repose aujourd’hui sur une autre ressource : le gaz. Extrait du champ gazier de North Field, au large des côtes septentrionales du Qatar et partagé avec l’Iran, le gaz est ensuite liquéfié sur le site de Ras Laffan avant d’être exporté, essentiellement à des clients asiatiques (Corée du Sud et Japon notamment). L’industrie gazière, précieux fleuron de l’économie qatarienne, a été bâtie au cours des années 1990. Elle assure aujourd’hui à l’État, davantage que le pétrole, une très confortable rente.

Pour une approche générale de cette économie spécifique, on tirera profit de la consultation du "profil-pays" du Fonds monétaire international (http://www.imf.org/external/country/QAT/index.htm) (anglais). L’une des meilleures sources disponibles est la page dédiée sur le site de la Direction générale du Trésor (http://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/qatar) (français) français. On accédera à partir de cette page, qui propose une courte introduction synthétique, à de nombreuses fiches détaillées préparées par le service économique de l’ambassade de France au Qatar (voir notamment Situation économique du Qatar). On trouvera en particulier des contenus dédiés aux relations économiques franco-qatariennes (investissements directs français au Qatar, liste des implantations françaises au Qatar). Ces différentes ressources ont l’avantage d’être très bien documentées, fréquemment mises à jour et alimentées en chiffres et statistiques.

Pour se faire une idée des personnalités "qui comptent" dans le milieu des affaires, on pourra se reporter aux listes publiées régulièrement par le site spécialisé Arabian Business (http://www.arabianbusiness.com/arabian-business-qatar-power-list-2012-443489.html) (anglais). La dernière mouture de cette "power list" peut toutefois prêter à sourire : on y trouve seulement trois Al Thani, ce qui est loin de refléter le poids réel de la famille régnante dans l'économie. Comment ne pas s'étonner, par exemple, que le tout-puissant Premier ministre, Cheikh Hamad bin Jassem Al Thani couramment surnommé "HBJ", n'y figure pas ? Le Premier ministre qatarien, de notoriété publique, est en effet également un des hommes d'affaires les plus puissants du pays, dont la fortune rivaliserait avec celle de l'Émir lui-même.

Le développement économique du Qatar et, au-delà, son évolution socio-économique font l’objet d’une planification très poussée de la part des autorités qatariennes. Cet effort de planification est conduit par une institution dédiée, le General Secretariat for Development Planning (GSDP) (الأمانة العامة للتخطيط التنموي) (http://gsdp.gov.qa/) (anglais et arabe). Cette institution, principalement animée par des experts, est en charge de traduire concrètement, en termes de stratégie de développement détaillée, la vision de l'Émir. La planification du développement du Qatar a été formalisée dans deux documents.

Le premier est la "Qatar National Vision 2030" (http://www.gsdp.gov.qa/...) (anglais). Publié en 2008, il s’agit d’un document fondateur qui traduit les grandes ambitions de l’Émir pour son pays. Son objectif est de permettre au Qatar de se développer de telle sorte qu'il ne dépende plus de sa rente gazière à l'horizon 2030 et qu'il puisse se reposer sur une économie de la connaissance performante et compétitive au niveau mondial. La soif de modernisation au forceps est tempérée par un objectif de maintien des traditions et de la "spécificité culturelle" du Qatar. La "Vision 2030" repose concrètement sur quatre "piliers" qui sont autant de voies de développements: économique, social, humain et environnemental. La "Vision 2030" est un puissant leitmotiv repris en chœur par toutes les institutions qatariennes et que l'on retrouve donc omniprésent sur internet. C'est aussi une forme d'outil de marketing pour vendre la marque "Qatar" à l'international en s'appropriant une forme de novlangue du développement ("society empowerment", "enabling human potential", etc.) et en soignant la communication qui l'accompagne (logos, vidéos de présentation, exégèses dithyrambiques, etc.). Pour une analyse neutre, on pourra se référer à la très bonne fiche dédiée sur le site de la Direction générale du Trésor français précité.

Le second document a pour objectif de décliner concrètement la "Vision 2030" dans le court terme. Il s'agit de la "Qatar National Development Strategy 2011-2016" (http://www.gsdp.gov.qa/gsdp_vision/docs/NDS_EN.pdf) (anglais). Le document, le premier de ce type, est naturellement plus détaillé que le précédent et fixe des objectifs précis à atteindre, dans presque tous les domaines, pour la période 2011-2016. Il s'inscrit davantage dans la nécessité de préparer l'échéance de 2022, année durant laquelle le Qatar accueillera la Coupe du monde de football.

La lecture de ces deux documents essentiels est fortement recommandée dans la mesure où il s'agit d'une véritable feuille de route détaillant précisément ce que l'élite qatarienne veut faire de son pays.

Une déclinaison thématique de ces plans existe pour le secteur de la santé avec la "National Health Strategy 2011-2016" (http://www.nhsq.info/) (anglais et arabe). Il s'agit là de la chasse gardée de la "première dame", Cheikha Moza. C'est, en effet, sous son patronage et sa tutelle que les nombreux projets qatariens dans ce domaine sont mis en œuvre. L'objectif est –sans surprise- extrêmement ambitieux puisque le Qatar doit devenir aux termes de cette stratégie un pôle d'excellence en matière de soins et de recherche médicale, aux niveaux régional et international. La Qatar Foundation (cf. infra) a une forte influence dans ce secteur, et c'est d'ailleurs à celle-ci qu'a été rattaché le projet de Sidra Medical and Research Center (http://www.sidra.org/) (anglais), dédié aux soins et à la recherche. La National Health Strategy est, fin 2012, la seule déclinaison thématique de la stratégie nationale 2011-2016.

Le projet de ville nouvelle à Lusail entre pleinement dans le cadre de la "Vision 2030" et de la préparation du Mondial 2022. Le projet de Lusail est pharaonique puisqu'il s'agit de faire sortir du sable, en quelques années, au nord de Doha une agglomération entière, desservie par un nouveau système de transports (tramways et métropolitain). A terme, Lusail devra attirer aussi bien les entreprises de pointe que les touristes de luxe. A propos de ce projet, on lira avec intérêt l'article de Chloé Domat sur "La ville de Lusail, portrait d’un Qatar en mutation" (http://www.lesclesdumoyenorient.com/La-ville-de-Lusail-portrait-d-un.html) (français). Ce projet de "ville du futur" dispose bien sûr d'un site officiel Lusail:Qatar’s Future City (http://www.lusail.com/English/Pages/English_Home.aspx) (anglais et arabe) qui contient quelques informations utiles mais demeure un portail voué à la communication officielle.

En ce qui concerne plus spécifiquement le secteur énergétique, la U.S. Energy Information Administration (EIA) (http://www.eia.gov/countries/cab.cfm?fips=QA) (anglais) propose une analyse très complète traitant la question sous de très nombreux aspects et de manière détaillée (production, consommation, profils des secteurs gazier et pétrolier, infrastructures, etc.). Elle peut être complétée par les statistiques fournies sur le même portail, ainsi que par les informations du site de l'International Energy Agency (http://www.iea.org/countries/non-membercountries/qatar/) (anglais) dont le Qatar n'est toutefois pas membre. Les sites des grands acteurs du secteur présentent peu d'intérêt car ils ont pour la plupart une visée commerciale. On trouvera toutefois pour certains d'entre eux une rubrique rappelant l'histoire de la compagnie et de ses activités au Qatar, ce qui peut être utile dans le cadre de recherches dans ce domaine. En particulier, il peut être souhaitable de se renseigner sur les géants créés par l'État qatarien (en joint-venture ou en compagnie nationale) et parfois dirigés directement par lui, tels QatarGas (http://www.qatargas.com/) (anglais) ou RasGas (http://www.rasgas.com/) (anglais). La compagnie d’État "historique", créée en 1974 peu après l’indépendance, est Qatar Petroleum (http://www.qp.com.qa/) (anglais). Actif dans le secteur gazier comme pétrolier, QP contrôle un important réseau de filiales et de joint-ventures avec des compagnies étrangères. Pour avoir un aperçu de cette galaxie industrielle qui s’étend à de nombreux secteurs dérivés de celui de l’énergie (engrais chimiques, polymères, etc.), on pourra se rendre sur la page Subsidiaries, Joint Ventures and Other Investments qui en fait l’inventaire. QP est aussi l’opérateur propriétaire des principaux sites industriels de l’industrie énergétique qatarienne : les "cités industrielles" de Ras Laffan (http://www.raslaffan.qp.qa/irj/portal/anonymous?guest_user=erlcinternet) (anglais), Messaieed (http://www.mic.com.qa/mic/web.nsf/homepage?readform) (anglais) et Dukhan (http://www.qp.com.qa/en/homepage/qpactivities/qpoperations/industrialcities/10-2356686924.aspx) (anglais) auxquelles on peut ajouter la petite île d’Halul, située à 80 km au large d’Al-Khor, qui fait office de terminal d’exportation subsidiaire.

L'internaute en quête de "business contacts" pourra se rendre sur le site de la Qatar Chamber of Commerce and Industry (QCCI) (غرفة قطر) (http://www.qatarchamber.com/) (anglais et arabe) qui offre un Business Directory

 

L’histoire du Qatar

Même si le Qatar est un pays jeune qui s’est développé récemment, son histoire moderne et contemporaine n’est pas une page blanche. Comme pour les autres monarchies du Golfe, il est indispensable de comprendre comment s’est construit le pouvoir de la famille Al Thani pour saisir comment fonctionne aujourd’hui le jeu feutré des alliances et des allégeances auquel se livrent les élites qatariennes. Malheureusement, force est de constater qu’on trouve peu de sources internet sur l’histoire qatarienne au-delà des fiches pays précitées (cf. supra).

Pour une vision officielle de l’histoire de l’émirat, on se rapportera d’abord au site de l’Amiri Diwan (الديــوان الأميــري - دولــة قطــر) (http://www.diwan.gov.qa/english/qatar/qatar_history.htm) (arabe, anglais). Ce site officiel du diwan émiral à l’avantage de proposer des courtes biographies des six émirs qui ont gouverné le Qatar avant le coup d’État de l’émir actuel en 1995, agrémentées de nombreuses images d’archives (Mohammed bin Thani 1850-1878, Jassem bin Mohammed 1878-1913, Abdallah bin Jassem 1913-1949, Ali bin Abdallah 1949-1960, Ahmed bin Ali 1960-1972, Khalifa bin Hamad 1972-1995).

Le site de l’ambassade qatarienne à Washington, pour sa part, propose également une page sur l’histoire qatarienne (http://www.qatarembassy.net/history.asp) (anglais) ainsi qu’une chronologie utile. La Qatar Tourism Authority (http://www.qatartourism.gov.qa/) (anglais) ainsi que l’agence de presse officielle Qatar News Agency (http://www.qnaol.net/) (anglais) proposent elles aussi des contenus du même type. Ces sources n'offrent cependant pas de vision critique de l’histoire qatarienne. Il est, par exemple, fréquent d’y lire que le coup d’État commis par Cheikh Hamad, l’Émir actuel, contre son père Cheikh Khalifa en 1995 n’était qu’un "transfert de l’administration"…

Consulter cette version officielle de l’histoire qatarienne permet de comprendre comment le Qatar voit lui-même son histoire, mais il existe heureusement quelques autres sources. L’une des plus complètes est sans doute l’étude d’Anthony Toth pour le Congrès américain A Country Study: Qatar (http://lcweb2.loc.gov/frd/cs/qatoc.html voir le chapitre 4) (anglais). Bien que très complète, cette étude est en partie obsolète, datant de 1993, à l’aube de la révolution du gaz qui allait radicalement changer le pays et avant le coup d’État de 1995 et l’arrivée au pouvoir de Cheikh Hamad, qui allait pousser son pays dans une ambitieuse politique de développement destiné à changer radicalement la petite péninsule. Le site de l’ambassade de France au Qatar (http://www.ambafrance-qa.org/Histoire,291) (français) abrite pour sa part une page bien écrite, synthétique et structurée sur l’histoire de l’émirat. Le site Heritage of Qatar (http://www.heritageofqatar.org/) (anglais) propose quelques éléments sur l’Histoire qatarienne. Enfin, compte tenu de la rareté des ressources internet indépendantes sur l’histoire du Qatar, l’entrée Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Qatar) (anglais), de bonne qualité, est encore une des références les plus complètes.

Catnaps (http://catnaps.org/islamic/design.html) (anglais), le site personnel de John Lockerbie, architecte et chercheur en histoire urbaine des pays du Golfe, est une des sources les plus riches disponibles bien qu’extrêmement spécialisée. Une section "The old buildings of Qatar" est dédiée à l’histoire urbaine du Qatar et contient une impressionnante collection de photographies commentées datant pour la plupart de périodes antérieures aux années 1970, montrant un pays radicalement différent de ce qu’il est devenu aujourd’hui. L’internaute pourra aussi se référer à la section "An approach to understanding Gulf architecture" pour une analyse du développement urbain de Doha. A noter le site QatarMyCountry (http://qatarmycountry.com/) (anglais) offre lui-aussi la possibilité de consulter une large collection de photographies historiques.

Pour ce qui concerne la généalogie complète de la famille régnante, la meilleure source disponible sur internet est un site dédié en arabe, AlThaniTree.com (شجرة عائلة آل ثاني) (http://www.althanitree.com/) (arabe). Très complet, le site permet de naviguer sur les pages d’un très grand nombre de membres de la vaste famille Al Thani et d’y consulter des informations biographiques et généalogiques. Le site abrite aussi un moteur de recherche interne. Son interface antédiluvienne ne facilite cependant pas sa consultation. Outre AlThaniTree.com, on ne trouve guère qu’une page Wikipédia. Elle se résume essentiellement une liste de membres, seule la page en arabe est un peu plus fournie.

 

Le système politique qatarien et ses institutions

Sur internet, plusieurs sources permettent d’avoir une meilleure compréhension du système politique qatarien. Depuis l’arrivée au pouvoir de Cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, en 1995, le système politique qatarien a évolué, au rythme tranquille des avancées qu’a octroyées l’Émir à ses sujets. Ainsi, le Qatar a connu ses premières élections en 1999 après que l’Émir eut créé une nouvelle instance, le Conseil municipal central (Central Municipal Council) (المجلس البلدي المركزي), élue au suffrage universel (ce qui ouvrait la voie au vote des femmes). Le CMC, qui n’est pas une "municipalité de Doha" mais plutôt ce qu’on pourrait appeler un conseil des municipalités, a cependant un rôle purement consultatif et travaille sous la tutelle pesante du ministère des Municipalités. Le CMC n'a pas de site internet. Pour obtenir des informations sur cette assemblée, on se tournera vers le site du ministère des Affaires étrangères (http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=41) (anglais et arabe) qui propose une page détaillée.

En 2003, les Qatariens ont adopté par référendum un projet de nouvelle constitution (http://www.almeezan.qa/LawPage.aspx?id=2284&language=en) (anglais) (الدستور الدائم لدولة قطر). Le rythme de son entrée en vigueur donne une idée du peu de pression qui pèse sur le pouvoir qatarien en matière de réforme politique. L’Émir n’a promulgué le texte qu’en 2004, un an après le vote, pour une entrée en vigueur en juin 2005. Une des principales innovations du nouveau texte devait être l’élection d’une partie de l’Advisory (Shura) Council (http://www.almeezan.qa/CustomPage.aspx?id=31&language=en) (مجلس الشورى) au suffrage universel direct. Cependant les élections n’ont eu de cesse d’être reportées et sont à l’heure actuelle prévues pour le deuxième semestre de l’année 2013.

En ce qui concerne plus généralement le droit qatarien, l’internaute pourra se référer au site Al-Meezan (البوابة القانونية القطرية - الميزان) (http://www.almeezan.qa/) (anglais et arabe), un portail juridique mis en place par le ministère de la Justice en novembre 2012. Al-Meezan a vocation à réunir l’ensemble des textes de loi en vigueur ainsi que les décisions des hautes juridictions, mais le site est encore incomplet fin 2012 et certaines lois y sont introuvables. L’internaute pourra en particulier se référer aux lois concernant les règles du sponsorship (ou kafâla en arabe). Particulièrement contraignantes, même relativement aux autres législations du même type dans le Golfe (Émirats, Bahreïn notamment), elles régissent le séjour des étrangers dans l'émirat.

Tous les ministères, dont on peut trouver la liste sur le site du ministère français des Affaires étrangères (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/qatar/presentation-du-qatar/article/composition-du-gouvernement-2036) (français), disposent d’un site internet bilingue arabe-anglais. Ces sites institutionnels sont en général bien alimentés et contiennent de nombreuses informations utiles. Ils présentent malgré tout un intérêt variable et leurs interfaces sont plus ou moins pratiques. On consultera en premier lieu le site du ministère qatarien des Affaires étrangères (http://www.mofa.gov.qa/) (arabe et anglais), qui est sans doute le ministère le plus prépondérant dans l’appareil d’État qatarien puisque le chef d’orchestre de la diplomatie qatarienne, Cheikh Hamad bin Jassem Al Thani, est aussi Premier ministre et à la tête d'une fortune immense. La rubrique "actualités" recense toutes les déclarations de politique étrangère du ministre.

Il convient aussi de consulter le portail Hukoomi (بوابة حكومة قطر الإلكترونية - حكومي) (http://www.gov.qa/ ou http://www.hukoomi.qa/) (anglais et arabe), déjà cité. Cet ambitieux projet d’ "e- governement" permet aux citoyens, résidants et visiteurs d’effectuer de nombreuses démarches administratives. Pour qui effectue une recherche sur le Qatar, il est aussi utile puisqu’il contient de nombreuses informations sur les institutions du pays et surtout un répertoire de tous les ministères, agences gouvernementales et services publics. Les ambassades étrangères sont aussi répertoriées. Pour chaque entrée on trouvera quelques informations générales, des contacts et toujours un renvoi vers le site concerné.

Enfin, on aura intérêt à se familiariser avec les activités de la Qatar Foundation (مؤسسة قطر) (http://www.qf.org.qa/) (arabe, anglais). Bien qu'elle ne fasse pas partie de l'État qatarien proprement dit, la Qatar Foundation est une institution incontournable dans le domaine de l'éducation, de la culture et du "développement social". C'est d'elle, par exemple, que dépend la Qatar National Library (مكتبة قطر الوطنية) (http://www.qnl.qa/) (anglais et arabe). Ce véritable empire, sis dans un gigantesque campus à Doha, est le "fief" de la "première dame" du Qatar, Cheikha Moza bint Nasser Al-Misnad, qui dispose d'un site officiel Her Highness Sheikha Moza bint Nasser (صاحبة السمو الشيخة موزا بنت ناصر) (http://www.mozabintnasser.qa/) (arabe et anglais) riche de sa biographie, ses discours, ses activités. La deuxième épouse de l'Émir a une très grande influence et un rôle nettement prépondérant dans les domaines de l'éducation, de la culture et de la santé. Dans le périmètre de cette "chasse gardée", la Cheikha a la haute main sur les choix politiques qui sont faits, tant et si bien que les ministres concernés n'ont souvent qu'un rôle mineur et sont du reste court-circuités par des "hauts conseils" intégrés aux réseaux d'influence de Cheikha Moza. Ainsi c'est le Supreme Education Council (http://www.sec.gov.qa/En/) (anglais et arabe) plutôt que le ministère de l'Éducation qui a la charge de bâtir l'"économie de la connaissance" qui devra faire vivre le Qatar après la fin de la rente gazière. De même l'influence du Supreme Council of Health (http://www.sch.gov.qa/sch/En/) (anglais et arabe) domine-t-elle celle du ministère de la Santé pour relever les défis de la politique de santé au Qatar (à savoir lutter contre des problèmes de santé publique graves comme l'obésité et le diabète et faire de l'émirat un pôle d'excellence régional en matière d'offre de soins d'excellence). L'exemple de la Qatar Museums Authority (هيئة متاحف قطر) (http://www.qma.com.qa/en/) (anglais et arabe) est également parlant : confiée à l'une des filles de l'Émir, Cheikha Mayassa, déjà promise à un avenir de "princesse patronne des arts", la QMA a la charge des grands projets muséaux qui ont l'ambition de rivaliser avec ceux d'Abou Dhabi. Le ministère de la Culture, des Arts et de l'Héritage (http://www.moc.gov.qa/Arabic/Pages/home.aspx) (anglais et arabe) se voit donc privé du pilotage de cette part importante (voire prépondérante) de la politique culturelle du pays et reste cantonné à des tâches moins nobles… comme la censure des œuvres importées.

On peut enfin mentionner le site internet Arabs For Democracy (http://www.arabsfordemocracy.org/democracy) (arabe) ainsi que l’Arab Democracy Foundation (http://www.adf.org.qa/en.html) (anglais et arabe). Le premier se présente comme un "think tank virtuel" et propose de nombreux articles d’analyse sur la réforme politique dans les pays arabes. Son caractère "virtuel" s'explique sans doute par l'identité de son créateur, Ali bin Khalifa al-Kuwari (علي خليفه الكواري), connu pour être un des rares opposant au régime qatarien et auteur d'un pamphlet intitulé Le peuple veut la réforme…au Qatar aussi (الشعب يريد الاصلاح... في قطر أيضا) publié à Beyrouth (son site personnel (http://dr-alkuwari.net/) (anglais et arabe) contient surtout des interviews autour du livre). Quant à l'Arab Democracy Foundation, elle a été créée en 2007 ; présidée par Cheikha Moza, elle appartient à l’orbe de la Qatar Foundation. Elle propose surtout des formations et des forums autour de la justice transitionnelle et de la réforme démocratique, mais son site contient aussi une section "rapports et études" (http://www.adf.org.qa/en/component/content/article/98.html) assez utile quoique peu fournie.

L’islam qatarien

Le Qatar est une société conservatrice dans laquelle l’islam joue un rôle prépondérant. Issue du même terreau wahhabite qu'en Arabie saoudite, son identité religieuse est cependant complexe. Contrairement à la situation qui prévaut dans le royaume saoudien, le wahhabisme ne s'est pas élevé au Qatar au rang de religion d'État et ne s'est jamais réellement institutionnalisé. Ainsi, le Qatar demeure aujourd’hui beaucoup moins conservateur que son grand voisin. Régulièrement cependant, le pouvoir estime nécessaire de proclamer une identité wahhabite, d'une part pour rassurer la frange la plus conservatrice de la population, décontenancée par la modernisation à outrance, et d'autre part pour rappeler le lien très fort qui unit le Qatar à l'Arabie saoudite. C'est ainsi que le nom choisi pour baptiser la plus grande mosquée de Doha, achevée en décembre 2011, a été celui de l'imam Abdelwahhab, le fondateur du wahhabisme.

Si l'on constate bien un "affichage" wahhabite, force est de constater que l'islam que promeut le Qatar est bien plus composite que l'austère doctrine wahhabite. On le rapproche souvent, à raison, plutôt de l'idéologie frériste, dont toutes les nuances trouvent à s'exprimer, depuis le courant modéré de la wasatiyya (le "centrisme") chère à Cheikha Moza jusqu'à des nuances plus rigoristes de la pensée frériste. Cette proximité avec la pensée des Frères musulmans se retrouve indéniablement dans la politique étrangère du Qatar. Celui-ci a fait montre d'un soutien marqué aux pays récemment dirigés par les mouvements fréristes (Égypte, Tunisie) mais bien plus timide dans les autres cas (Libye).

Le Cheikh Youssef Al-Qaradawi (يوسف القرضاوي) incarne toutes ces nuances de l'islam qatarien. Il est en effet la principale personnalité religieuse associée au Qatar. Ce prédicateur égyptien, installé de longue date à Doha, est devenu grâce à sa très grande influence dans le monde sunnite le mufti officieux de l’émirat. L’émission religieuse hebdomadaire qu’il anime depuis 15 ans sur Al-Jazeera, "La charia et la vie" (Al-Sharîa’ wa Al-Hayât) (الشريعة والحياة), n’est sans doute pas étrangère à sa grande popularité. Sur le portail de la chaîne satellitaire, l’émission du Cheikh Qaradawi dispose d’une page dédiée (arabe), à partir de laquelle on peut revoir en intégralité les dernières émissions et consulter leur verbatim. Lors de chaque épisode, le prédicateur répond aux questions de téléspectateurs autour d’un thème choisi, au côté d’un journaliste (Othman Othman) chargé d’animer le tout. Les thèmes évoqués sont souvent très politiques, ce qui fait tout l’intérêt de l’émission, même pour le non-spécialiste de l’islam.

Youssef Al-Qaradawi a très tôt su faire usage d’internet pour donner l’audience la plus large possible à ses messages. Le site personnel de Qaradawi (موقع القرضاوي) (http://www.qaradawi.net/) (arabe) est au centre de la "nébuleuse" Qaradawi. L’actualité du prédicateur y est présentée de manière exhaustive. On peut ainsi avoir accès à l’ensemble de ses fatwas.

L’International Union of Muslim Scholars (http://www.iumsonline.net/) (arabe et anglais) (الاتحاد العالمي لعلماء المسلمين) est une organisation importante qui joue le rôle de porte-voix dans le système Qaradawi et permet au prédicateur de coopter et de fédérer des penseurs islamistes idéologiquement proches de lui. L’IUMS, sous la présidence du téléprédicateur, est une organisation très active capable de publier plusieurs communiqués en une journée sur des sujets politiques, reproduits sur le site en arabe et en anglais. Elles représentent la voix du Cheikh et il est rare qu'un grand sujet d'actualité affectant le Moyen-Orient ne donne pas lieu à une prise de position de l'IUMS.

Youssef Al-Qaradawi est aussi connu pour avoir suscité en 1997 la création du site Islam Online (http://islamonline.net/) (arabe et anglais). Destiné aux "minorités musulmanes" dans le monde (occidental surtout), le site propose essentiellement des articles d’information et d’opinion sous l’angle de l’islam.

Au Qatar, l’islam est aussi une politique publique qui relève de la compétence du ministère des Biens religieux (waqfs) et des Affaires islamiques (http://islam.gov.qa/) (arabe). Ce ministère encadre de très près la pratique de l’islam dans l’émirat en recrutant et en affectant les imams aux différentes mosquées, mais aussi en contrôlant les prêches. Sur son site, une rubrique ("Les prédicateurs de la semaine", خطبـاء الأسبـوع) détaille d’ailleurs, chaque semaine, tous les prédicateurs qui s’exprimeront dans chaque mosquée le vendredi. Une rubrique encore en construction permettra d’accéder aux textes des prêches les plus importants de la semaine passée. Pour promouvoir l’islam à l’étranger, le ministère anime un autre site, Islam Web (http://www.islamweb.net/) (arabe, anglais, français, allemand, espagnol). Il contient notamment une intéressante "banque de fatwas" qui permet de se faire une idée du positionnement de l'islam "officiel" qatarien.

 

Les droits de l’homme au Qatar

La situation des droits de l’homme au Qatar vaut à l’émirat de nombreuses critiques de la part de médias étrangers et des organisations non-gouvernementales. Pour une appréciation générale, les rapports annuels ou pages dédiées des différentes organisations non-gouvernementales spécialisées sont des synthèses fort utiles. L’internaute tirera profit du croisement de plusieurs de ces sources, et en particulier, pour les plus importantes, des suivantes : Human Rights Watch (http://www.hrw.org/world-report-2012/world-report-2012-qatar) (anglais), Amnesty International (http://www.amnesty.org/fr/region/qatar) (français), Freedom House (http://www.freedomhouse.org/report/freedom-world/2012/qatar) (anglais), également auteur d’un rapport sur la liberté de la presse (http://www.freedomhouse.org/report/freedom-press/2012/qatar) (anglais). La consultation de l'annuel Country Report on Human Rights Practices du Département d’État américain est également utile (http://www.state.gov/j/drl/rls/hrrpt/2010/nea/154471.htm) (anglais).

Toujours très attentif à son image de marque, le Qatar tente de défendre son bilan en matière de droits de l’homme et même de mettre en avant une véritable politique des droits de l’homme. C’est ainsi qu’a été créé en 2002, par décret-loi (n°38/2002), un National Human Rights Committee (NHRC) (اللجنة الوطنية لحقوق الإنسان) (http://www.nhrc-qa.org/) (arabe et anglais). Il s’agit d’une initiative du pouvoir qatarien. Celui-ci fait peu de cas du paradoxe consistant quasiment à sommer une organisation créée de toutes pièces par le pouvoir d’être "indépendante". Ceci étant dit, les travaux du Comité sont loin d’être dénués d’intérêt et il faut bien admettre que cette structure jouit aujourd’hui, sinon d’une véritable indépendance, au moins d’une certaine autonomie et qu’elle fait parfois preuve d’une vraie liberté de ton. Chaque année, le NHRC publie un rapport sur la situation des droits de l’homme au Qatar. Si certaines lignes rouges ne sont pas franchies (l’absence de liberté d’expression n’est, par exemple, jamais critiquée), d’autres sujets sensibles sont abordés de front, comme la situation des travailleurs immigrés. Le rapport annuel le plus récent fin 2012 porte sur l’année 2011. Il est disponible en arabe et en anglais, bien que la traduction anglaise soit malheureusement de très mauvaise qualité. Tous les textes de loi adoptés sont commentés avant des panoramas thématiques. Le NHRC organise aussi de nombreuses conférences à Doha sur le thème des droits de l’homme. En 2009, le Comité international de coordination des institutions nationales de défense des droits de l’homme, un organisme onusien spécialisé, a accordé au NHRC une accréditation de catégorie "A". Celle-ci est accordée aux institutions nationales respectant les principes de Paris et constitue, du moins en théorie, une garantie d’indépendance. En 2010, une seconde loi (n°17/2010) a permis de renforcer davantage l’indépendance de la structure. Il est enfin à noter que le NHRC a pris l’initiative, en juin 2009, de publier en plusieurs langues un "Guide des droits du travailleur" à destination des travailleurs immigrés.

C’est avec des objectifs similaires qu’a été créé, sous l’impulsion de la Cheikha Moza, le Doha Center for Media Freedom (DCMF) (مركز الدوحة لحرية الإعلام) (http://www.dc4mf.org/) (anglais, arabe et français). Là encore, la création de ce centre dédié à la liberté de la presse dans un pays qui en est largement dépourvu n’a pas manqué d’interloquer les observateurs. Par la voix de son premier directeur, le Français Robert Ménard, le DCMF avait osé quelques critiques à l’adresse de la presse qatarienne, dénonçant l’autocensure et son absence de professionnalisme. S’en est suivit une très vive polémique au printemps 2009 qui a conduit au départ de M. Ménard. Sur cet épisode qui avait bousculé le monde des médias qatariens peu habitué ce type de critiques, on pourra lire la synthèse qu’en faisait l’ambassade américaine à travers deux télégrammes diplomatiques révélés par Wikileaks ("Culture clash at Media freedom center sparks rare public debate", daté du 30 avril 2009, et "French activist leaves Media freedom center", daté du 24 juin 2009). Depuis, le DCMF est rentré dans le rang, défendant tous les journalistes au Moyen-Orient… à l’exception du Qatar.

L’absence de libertés politiques est régulièrement soulignée. Elle a été récemment mise en lumière par l’arrestation et la condamnation à la prison à perpétuité d’un poète, Mohammed Al-Ajmi, dit "Ibn Al-Dheeb", au motif que certains de ses écrits constituaient une "incitation au renversement du régime" et que d’autres "insultaient la famille régnante".

Mais c’est plutôt le sort des travailleurs immigrés qui concentre l’attention. Pour mener à bien ses grandes ambitions en matière de développement, le Qatar, en effet, fait appel à de très nombreux travailleurs immigrés qui transitent entre des logements rudimentaires et les innombrables chantiers de construction qui parsèment Doha. Venus principalement d’Inde et du Népal, les travailleurs immigrés du secteur de la construction sont plus nombreux que les nationaux et leur nombre est appelé à croître encore car l’émirat doit construire les infrastructures de la Coupe du monde de football 2022. Ils vivent au Qatar dans des situations de précarité économique, d’insécurité juridique et de rejet social. A ce jour, la synthèse la plus complète sur le sujet est un long rapport de Human Rights Watch "Building a Better World Cup" (http://www.hrw.org/reports/2012/06/12/building-better-world-cup-0) (anglais) datant de juin 2012.

 

Les médias au Qatar

Les médias qatariens sont des sources précieuses même si rares sont ceux qui sont véritablement indépendants. La plupart des médias sont en effet dirigés et/ou contrôlés par des Al Thani. La presse qatarienne n'est certes pas muselée et les quotidiens dénoncent souvent tel ou tel déficience dans les politiques publiques. Un certain nombre de sujets lui sont cependant interdits. Le pouvoir n'a aucun mal à faire respecter ces lignes rouges implicites car tous les médias locaux pratiquent l'autocensure. Ainsi, il est bien sûr impossible de lire toute critique de la famille régnante ou du régime politique qatarien dans les médias locaux. La critique des "pays amis" est de même évitée.

L’agence de presse officielle est la Qatar News Agency (QNA) ( وكالة الأنباء القطرية) (http://www.qnaol.net/) (anglais et arabe). Créée en 1975, la QNA présente toutes les caractéristiques d’un organe de presse officiel au service d’un pouvoir non-démocratique, rapportant chaque jour l’envoi de télégrammes de félicitations à des États étrangers ou des rencontres officielles. Elle est cependant une source importante d’informations pour la presse locale, en ce qui concerne l’actualité qatarienne comme internationale.

 

Le groupe Al-Jazeera

Difficile d'explorer le paysage médiatique qatarien sans commencer par l'incontournable empire Al-Jazeera, tant celui-ci est dominant à tous les points de vue. Depuis sa création, souhaitée par l'Émir en 1996, la petite chaîne satellitaire est en effet devenue au cours des années 2000 un véritable et très puissant empire médiatique entre les mains de l'émirat. Regardée par les peuples arabes "du Golfe à l'Océan", bien souvent crainte et détestée par leurs gouvernements, Al-Jazeera avait pour ambition d'être la première chaîne d'information continue panarabe.

L'ossature du groupe Al-Jazeera Network (شبكة الجزيرة الإعلامية) est bien sûr sa chaîne satellitaire arabe, Al-Jazeera qui est à l'origine de l'aventure et sur laquelle tout ou presque a été dit. Le site internet de celle-ci AlJazeera Net (الجزيرة.نت) (http://www.aljazeera.net/portal) (arabe) est très riche. De très nombreux programmes sont disponibles en vidéo à la demande. On peut y consulter les derniers bulletins d’informations et reportages, mais aussi de très nombreuses archives. Sans prétendre à l'exhaustivité, on se contentera donc d’indiquer quelques rubriques utiles et émissions emblématiques de la chaîne. Une rubrique du site est ainsi dédiée aux nombreuses interventions d’experts et commentateurs sur la chaîne. Des dossiers spéciaux abordent les "grands sujets" que la chaîne suit prioritairement. En ce qui concerne les émissions, il est intéressant de se familiariser avec les grands programmes qui ont fait la renommée de la chaîne et de ses journalistes, telles l'émission d'interviews politique Bilâ Hudûd (بلا حدود) ("Sans frontières"), présentée par le fameux journaliste égyptien Ahmed Mansour (أحمد منصور), ou encore l'émission Al-Ittijâh Al-Muâ'kis (الاتجاه المعاكس) ("L'opinion contraire") de Faysal Al-Qâsim (فيصل القاسم) et ses débats toujours très vifs.

Al-Jazeera English (http://www.aljazeera.com/) (anglais), la chaîne d'information anglophone du groupe, a commencé à émettre en 2006. Cette déclinaison d'Al-Jazeera, en dépit d'une forte concurrence des chaînes d'information anglo-saxonnes, est parvenue à s'imposer et à connaître des succès d'audience. Loin d'être une "copie" de la version arabe, Al-Jazeera English a une ligne éditoriale indépendante. Par exemple, alors qu'Al-Jazeera en arabe s'est montrée très peu diserte sur la crise politique au Bahreïn en 2011, Al-Jazeera English a produit sur le sujet un documentaire remarqué, salué et plusieurs fois récompensé, Shouting in the Dark (50 minutes).

Si de nombreux ouvrages ont été écrits sur Al-Jazeera, les ressources internet se font plus rares. C’est au cours de l’année 2003, alors que débute la guerre d’Irak, qu’Al-Jazeera commence à intriguer et intéresser, en particulier aux États-Unis où l’on estime alors que la chaîne a un agenda politique hostile ou en tout cas une couverture "non-objective" (diffusion de vidéos jihadistes anti-américaines, diffusion d’images violentes habituellement occultées dans les médias américains, tonalité critique de la politique américaine, etc.). Pour se replonger dans l’atmosphère de cette période, on pourra consulter le rapport écrit par Jeremy M. Sharp, un spécialiste du Moyen-Orient au Congressional Research Service (CRS), rattaché au Congrès américain : "The Al-Jazeera News Network : Opportunity or Challenge for U.S. Foreign Policy in the Middle East ?" (http://www.au.af.mil/au/awc/awcgate/crs/rl31889.pdf) (anglais).

Le groupe Al-Jazeera continue à se développer. La dernière née du groupe est la chaîne de langue serbo-croate Al-Jazeera Balkans (http://balkans.aljazeera.com/), basée à Sarajevo. En France, la création en 2012 de sa chaîne sportive BeIN Sport (http://www.beinsport.fr/) (français) était venue bousculer le secteur des retransmissions sportives, en particulier pour le football. L'idée d'une chaîne d'informations en continu francophone, basée en Afrique de l'Ouest, fait souvent l'objet de rumeurs mais ne s'est pas encore concrétisée. Le groupe possède également un think tank dont il sera question plus bas, le Al-Jazeera Center for Studies (AJCS) (http://studies.aljazeera.net/en/) (anglais et arabe).

 

La presse qatarienne

Al-Jazeera n'est pas à proprement parler un média "qatarien". Ses équipes, où les Qatariens sont une minorité, traitent d’une manière critique de tous les sujets… mais évoquent très rarement le Qatar, si ce n’est pour présenter sous un jour favorable sa politique étrangère. Du reste, leur point de vue sur l'actualité arabe et internationale n'est pas un point de vue à proprement parler qatarien, mais dépend d'une ligne éditoriale qui est propre à Al-Jazeera.

C’est pourquoi, afin de se familiariser avec une perspective plus "qatarienne" et véritablement locale, la lecture de la presse est toute indiquée. La presse écrite fait ses débuts au Qatar dans les années 1970. Comme dans de nombreux autres secteurs, c’est le pouvoir qui suscite ou en tout cas accompagne soigneusement son développement. Les journaux opèrent grâce à une licence qui leur est délivrée par la Qatar General Broadcasting and Television Corporation (QBC), un organe gouvernemental créé en 1997 afin de reprendre certaines attributions du défunt ministère de l’Information (dissout en 1996).

La presse qatarienne n’est pas totalement muselée. Les rédactions savent se montrer critiques et les polémiques ne sont pas rares. Cependant, si une certaine liberté de ton prévaut sur certains sujets, l’autocensure sera la règle sur de nombreux autres. Ainsi, un quotidien pourra très bien s’en prendre à tel ou tel ministère et des éditorialistes en vue se déchaîner contre telle ou telle politique publique. En revanche, le lecteur aura grand peine à trouver la moindre critique de la politique étrangère de l’émirat. Quant à la critique du système politique ou de la famille régnante, il va presque de soi qu’elle est tout bonnement impensable. Du reste, tous les groupes de presse sont détenus voire directement pilotés par des membres de la famille régnante ou des "grandes familles" liées au pouvoir.

Au-delà de l’autocensure généralisée (qui serait bien suffisante), un certain nombre de sujets sont, explicitement ôtés du champ de la liberté de la presse, en vertu d’une "loi sur la presse et les publications" datant de 1979 et qui régi toujours le système médiatique qatarien.

Quatre quotidiens arabophones et trois quotidiens anglophones sont publiés au Qatar. Au sein des rédactions, les Qatariens sont bien souvent minoritaires et cantonnés aux postes de direction. Le gros des journalistes travaillant au Qatar sont souvent indiens ou pakistanais pour les journaux anglophones, libanais, soudanais ou égyptiens pour les journaux arabophones.

On peut consulter l’intégralité de la presse qatarienne en ligne. Les articles publiés sont, en effet, tous repris sur les sites internet, qui proposent même de télécharger le journal gratuitement au format pdf (ce qui permet, par rapport à la lecture des articles en ligne, d’avoir une meilleure vision de la hiérarchisation de l’information dans le journal). Par ailleurs, le service de presse de l’ambassade de France au Qatar diffuse publiquement sa revue de presse qatarienne (http://www.ambafrance-qa.org/Revue-de-presse-qatarienne) (français). Il s’agit d’une synthèse extrêmement précieuse puisqu’elle traite, sur un rythme quotidien, de l’ensemble de la presse locale (y compris la presse sur internet, cf. infra) en sélectionnant les informations en fonction de leur pertinence, en les hiérarchisant et en les organisant dans un court document). C’est à Doha la seule ambassade à diffuser au public une revue de presse. L’actualisation est très régulière, cependant seules les revues de presse les plus récentes sont disponibles sur le site. Pour consulter des revues de presse d’une période spécifique plus ancienne, il faut en faire la demande au service de presse.

 

Les quotidiens arabophones

Il existe au Qatar quatre quotidiens arabophones : Al-Raya ("L’Étendard"), Al-Watan ("La Patrie"), Al-Charq ("L’Orient") et Al-‘Arab ("Les Arabes"). Leur lectorat déborde largement les seuls Qatariens puisque de nombreuses communautés arabophones vivent au Qatar, notamment les communautés égyptienne, libanaise ou syrienne, pour ne citer que les plus importantes.

Depuis une refonte récente (septembre 2012), le site internet d’Al-Raya (الراية) (http://www.raya.com/) (arabe) est devenu plus pratique d’utilisation. Comme pour tous les journaux, la lecture de l’éditorial du jour (رأي الراية) est souvent instructive, même s'il est regrettable qu’on ne puisse consulter d’anciens éditoriaux. On peut télécharger depuis une rubrique archive le journal et/ou ses suppléments économique et sportif tous les jours (http://www.raya.com/archive/pages). L’identité éditoriale d’Al-Raya est considérée comme libérale. En août 2012, Al-Raya mettait par exemple à l’honneur le rapport annuel du Comité national des droits de l’homme en en publiant de larges extraits et en en commentant toutes les recommandations. Le quotidien publie souvent de longues enquêtes sur des sujets de société, pointant tel ou tel dysfonctionnement de l’administration ou l’inefficacité de telle politique. Al-Raya est publié par la maison d’édition Al-Khalîj li al-Nachr wa al-Tibâ‘a (شركة الخليج للنشر والطباعة) (Gulf Publishing & Printing Company (W.L.L). A la tête de cette société, qui publie aussi le quotidien anglophone Gulf Times (cf. infra), on trouve une figure importante du clan Al-Attiyah, Abdallah bin Khalifa Al-Attiyah (عبدالله بن خليفة العطية). Celui-ci est en 2012 ministre d’État (sans portefeuille), après avoir occupé plusieurs postes ministériels.

Al-Charq (الشرق) (http://www.al-sharq.com/) (arabe) est le quotidien arabophone de référence. Il serait l’arabophone le plus lu au Qatar, ce qui lui permet d’obtenir régulièrement des entretiens exclusifs avec des figures politiques arabes de haut niveau (chefs d’État et de gouvernement, ministres, etc.), dont la lecture est souvent très instructive. La page "Opinions et tribunes" de son site internet est également intéressante et bien alimentée par de nombreux auteurs qatariens. Elle a aussi l’avantage de se subdiviser en sections dédiées : on peut ainsi facilement trouver des articles d’opinion sur la politique intérieure, la culture, l’actualité internationale, etc. D’une manière générale, Al-Charq est réputé avoir une ligne éditoriale conservatrice. Pendant le conflit entre Israël et le Hamas de novembre 2012, il était le quotidien le plus enflammé dans sa défense de la "résistance islamique". Il accorde aussi une grande place à l’action des organisations de bienfaisance islamique qatariennes. Il ne soutient pas les réformes d’inspiration libérale que contemplent certains milieux qatariens favorables aux idées de Cheikha Moza. Enfin, Al-Charq est peut-être le quotidien le plus servile à l’égard du pouvoir : il n’est pas rare qu’un déplacement de l’Émir, même mineur, occupe la totalité de sa une et donne lieu à une cascade de tribunes rivalisant d’éloges sur la clairvoyance du souverain. Derrière Al-Charq, on trouve le groupe de presse Dar Al-Sharq Publishing House (دار الشرق للطباعة والنشر والتوزيع), qui publie également le quotidien anglophone The Peninsula (dont la ligne éditoriale est du reste fort différente, cf. infra). Là encore, c’est peu dire que le groupe est proche du pouvoir puisqu’il est dirigé par deux neveux de l’Émir, Thani bin Abdallah Al Thani (ثاني بن عبدالله آل ثاني) et Khaled bin Abdallah Al Thani (خالد بن عبدالله آل ثاني).

Al-Watan (الوطن ) (http://www.al-watan.com/) (arabe) a été créé en 1995. Le propriétaire de la maison-mère qui publie le titre, le groupe Dâr Al-Watan li al-Tibâ‘a wa al-Nachr wa al-Tawzî‘ (دار الوطن للطباعة والنشر والتوزيع), n’est autre que Hamad bin Jassem Al Thani (حمد بن سحيم آل ثاني) , le Premier ministre et ministre des affaires étrangères. Al-Watan fait partie du réseau d’influence de HBJ et de son ministère des Affaires étrangères. De nombreux anciens fonctionnaires du ministère y travaillent. Le président du Conseil d’administration de Dâr Al-Watan est ainsi un Al Thani passé par le ministère des Affaires étrangères et proche de HBJ, Hamad bin Suhaym Al Thani (حمد بن سحيم آل ثاني), qui, à ce poste, a succédé à… son père Suhaym bin Hamad (سحيم بن حمد آل ثاني), ancien ministre des Affaires étrangères puis ministre de l’Information. Reflétant peut-être en cela l’influence de ce ministère dans ses rangs, Al-Watan est très porté sur l’actualité internationale à laquelle il accorde une large couverture comprenant des articles d’actualité mais aussi, ce qui est plus original dans le contexte de la presse qatarienne, de grands articles d’analyse ou constituant des rappels historiques détaillés sur les sujets du moment. Dans le paysage médiatique qatarien, Al-Watan dispose d’un atout de poids en la personne d’Ahmad Ali (أحمد علي محمد العبد الله), qui écrit pour le journal après avoir présidé son conseil d’administration (2001-2004) puis exercé la fonction de Directeur général du titre. Cet éditorialiste est le plus connu au Qatar. Lorsqu’il descend dans l’arène médiatique (ses tribunes ne sont pas régulières mais à son bon vouloir), Ahmad Ali est capable de mettre un sujet au cœur de l’actualité. C’est clairement un proche de HBJ, des mains duquel il a reçu le titre honorifique d’ambassadeur. Il est lui-aussi passé par le ministère des Affaires étrangères (dont il a fondé le service de presse) avant de poursuivre sa carrière dans le journalisme. Le rédacteur en chef d’Al-Watan, Ahmad bin Abdallah Al-Sulaiti (احمد عبدالله احمد السليطي), signe lui aussi quelques tribunes de qualité sur les sujets les plus importants. Pour lire ces différentes "plumes", il faut se rendre sur la page Kuttâb Al-Watan (كتاب الوطن) (http://al-watan.com/writers.aspx?cat=writers1&d=20121201), qui propose, outre les textes des deux "stars" du journal que sont MM. Ali et Al-Sulaiti, de nombreuses tribunes souvent dignes d’intérêt. On peut aussi remarquer les caricatures d’Al-Watan, et en particulier celles du caricaturiste Eliot, qui se consacre à l’actualité internationale et en particulier à la crise syrienne. Le site internet d’Al-Watan est malheureusement fort mal conçu.

Al-‘Arab (العرب) (http://www.alarab.qa/) (arabe) est le quotidien le plus jeune de la presse qatarienne. Il a en effet été créé en 2007, en reprenant un titre qui a existé de 1972 à 1996. Al-‘Arab entre dans le réseau d’influence de Cheikha Moza, qui est à l’origine du projet. Sa ligne éditoriale reflète la tendance "réformiste" de la première dame (réforme du système de sponsorship, droits des femmes, etc.). Son directeur est en 2012 Thani bin Abdallah Al Thani (ثاني بن عبدالله آل ثاني). Le site internet du journal a subi une refonte récente (automne 2012) et est désormais plus pratique d’utilisation. Comme pour les autres quotidiens, on recommandera en particulier la lecture de la rubrique "Opinions et débats", qui ne comprend cependant que les tribunes du jour. Dans la rubrique "Les plumes d’ Al-‘Arab", nous suggérons la lecture des textes des très prolifiques et volontiers polémistes Abdallah Al-Adhba (عبدالله بن حمد العذبة) et Faysal Al-Marzouqi (فيصل محمد المرزوقي) ainsi que ceux du rédacteur en chef du journal, Ahmad bin Saïd Al-Rumaïhi (أحمد بن سعيد الرميحي). En revanche, Al-‘Arab ne publie pas d’éditorial quotidien, mais seulement lorsqu’un sujet d’actualité est jugé suffisamment important pour en justifier un. On trouvera ces éditoriaux sur la page "Le mot d’Al-‘Arab".

 

Les médias anglophones

Le Qatar compte également trois quotidiens anglophones : The Peninsula, le Gulf Times et le Qatar Tribune. Leur traitement de l'actualité locale et internationale est sensiblement différent de celui des quotidiens arabophones. L'actualité politique arabe y est moins prégnante et la ligne éditoriale est souvent bien plus effacée. Le lectorat de ces quotidiens est surtout composé d'expatriés non-arabophones, qui sont dans leur plus grande partie non pas des occidentaux mais des travailleurs ayant immigré au Qatar en provenance de pays asiatiques. Les communautés indienne et népalaise, par exemple, surpassent en nombre la communauté nationale qatarienne. Les communautés pakistanaise et philippine ne sont pas en reste. Cela explique que les journaux anglophones aient un tirage important. Les rédactions de ces quotidiens sont du reste souvent dominées par des journalistes indiens.

The Peninsula (http://www.thepeninsulaqatar.com/) (anglais), créé en 1996, est sans doute le plus intéressant des trois quotidiens anglophones. C’est le seul à avoir une identité éditoriale un tant soit peu marquée. Dans le paysage médiatique qatarien, The Peninsula est en effet considéré comme le journal le plus libéral. Sans doute la personnalité de son rédacteur en chef, Khaled Al-Sayyed, n’est-elle pas étrangère à ce positionnement. Le patron du Peninsula est une figure du débat public qatarien. Dans ses éditoriaux hebdomadaires, il adopte souvent des positions iconoclastes pour le Qatar. Pendant les élections présidentielles égyptiennes en 2012, il avait ainsi soutenu l'ancien ministre de Hosni Moubarak et secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa plutôt que le Frère musulman Mohammed Morsi. Alors que son pays ne cache pas sa proximité avec les mouvements fréristes dans le monde arabe, Khaled Al-Sayyed se montre méfiant à l’égard des mouvements ikhwânî. De manière tout aussi iconoclaste, le rédacteur en chef du Peninsula s’en prend souvent à Al-Jazeera pour ses biais journalistiques qu'il estime être pro-Frères musulmans. Les éditoriaux de la rédaction sont souvent pondérés, structurés et de qualité, contrastant avec les éditoriaux de la presse arabophone qui pêchent relativement souvent par leur ton excessif, caricatural ou grossièrement servile.

Le Gulf Times (http://www.gulf-times.com/) (anglais), fondé en 1978, est le plus important tirage de la presse qatarienne. Comme le suggèrent ses rubriques largement consacrées à l'actualité asiatique ("Pakistan/Afghanistan", "Inde", "Sri Lanka/Bangladesh", "Philippines/Asie de l'est", etc.), le Gulf Times s'adresse en premier lieu aux expatriés d'origine asiatique. Ses éditoriaux, souvent assez effacés, traitent peu de l'actualité arabe. Le groupe d’édition Al-Khalîj li al-Nachr wa al-Tibâ‘a (شركة الخليج للنشر والطباعة) (Gulf Publishing & Printing Company (W.L.L) qui publie le Gulf Times est aussi propriétaire d'Al Raya (cf. supra).

La lecture du Qatar Tribune (http://www.qatar-tribune.com/) (anglais), créé en 2006, présente peu d'intérêt. Ce quotidien, publié par Dar Al-Watan, propose essentiellement des reprises de dépêches d'agence. Les éditoriaux qui y sont parfois publiés sont souvent des reprises de la presse internationale. Enfin, l’actualité asiatique domine une large part du journal.

Parmi les magazines, pour la plupart soit féminins et de mode soit officiels de diverses institutions, on se contentera de signaler Al Doha Magazine (مجلة الدوحة) (http://www.aldohamagazine.com/) (arabe), un magazine culturel de bonne qualité mais dont la diffusion est relativement faible. Fondé en 1969, le titre, qui se présente comme un "Forum de l’innovation arabe et de la culture humaniste", n’a rien d’indépendant puisqu’il est publié par le ministère des Arts, de la Culture et du Patrimoine. Son conseil consultatif est ainsi présidé par le ministre lui-même, Hamad bin Abdelaziz Al-Kuwari (حمد بن عبد العزيز الكواري). Il a cessé de paraître entre 1986 et 2007.

En dernier lieu, dépourvu d'édition papier, le site internet d'information Doha News (http://dohanews.co/) (anglais) présente un grand intérêt dans la mesure où il est, au Qatar, ce qui se rapproche le plus d'un média indépendant proposant une couverture critique de l'actualité locale et internationale. Doha News, créé en 2009 (à l’origine comme un service d’information sur twitter) par deux anciens d'Al-Jazeera English, Omar Chatriwala et Shabina Khatri, couvre fréquemment des évènements que la presse papier considère tabou, tels, pour l’année 2012 par exemple, l’absence de justice et de transparence dans l’affaire de l’incendie du Villaggio (un incendie qui avait tué 19 personnes dans un centre commercial et pour lequel les autorités avaient rechigné à souligner les responsabilités) ou la condamnation du poète Mohammed Al-Ajmi à la prison à perpétuité. Les commentaires des articles publiés par Doha News donnent souvent lieu à des débats enflammés dont la lecture est instructive tant ils sont rares au Qatar.

 

Les centres de recherche au Qatar

Le Qatar a réussi a attirer de l'étranger de nombreux centres de recherche et think tanks intéressés par les affaires internationales, si bien qu'elle est sans doute aujourd'hui la capitale arabe la mieux dotée en la matière. Ces centres complètent la recherche officielle, plutôt orientée vers les sciences dures et l'économie, qui relève du Qatar National Research Fund (QNRF) (http://www.qnrf.org/) (anglais et arabe), lui-même branche de la Qatar Foundation.

Le plus connu de ces centres est sans doute le Brookings Doha Center (BDC) (http://www.brookings.edu/about/centers/doha) (anglais et arabe). Créée en 2008, cette branche de la célèbre Brookings Institution se concentre en particulier sur les affaires internationales à travers des conférences très régulières et la publication de nombreux travaux de recherche. En 2012, la crise syrienne concentre une large partie des activités du BDC. Les principaux chercheurs qui animent le centre, tels Salman Sheikh ou Shadi Hamid, ne cessent d’argumenter en faveur d’une action plus résolue de la communauté internationale et des États-Unis en Syrie. M. Sheikh s’est même aventuré sur le terrain diplomatique en animant une conférence de l’opposition qui avait eu lieu au Caire au printemps 2012.

L'Al-Jazeera Center for Studies (AJCS) (http://studies.aljazeera.net/) (anglais et arabe) est également très actif : créé en 2006 dans l’orbe de la célèbre chaîne satellitaire, il publie régulièrement des papiers sur l’actualité régionale et organise de nombreux évènements dont les comptes-rendus sont disponibles sur son site internet.

L’Arab Center for Research and Policy (ACRP) (http://english.dohainstitute.org/) (anglais et arabe) est incontournable à Doha. Ce think tank a été créé en 2011 par Azmi Bishara, après que celui-ci eut quitté Damas. Palestinien d’Israël jadis député à la Knesset, Azmi Bishara est un personnage influent au Qatar, bien introduit au sein du sérail et tenu pour être un proche conseiller de l’Émir.

La branche qatarienne de la Georgetown University abrite un centre de recherche, le Center for International and Regional Studies (CIRS) (http://cirs.georgetown.edu/) (anglais). Depuis sa création en 2005, le CIRS étudie en particulier la région du Golfe, avec une optique "relations internationales" (qui est la spécialité de Georgetown Qatar). Son site internet propose, en libre accès, de nombreux travaux de recherche et d’analyse de haute qualité ainsi que des podcasts.

Le think tank britannique Royal United Services Institute (RUSI), qui traite de questions de défense et de sécurité internationale depuis sa création en 1831, a ouvert en 2007 une branche à Doha : RUSI-Qatar (http://www.rusiqatar.org/) (anglais et arabe).

Il faut aussi noter que le think tank étasunien RAND Corporation a créé une antenne qatarienne en 2003 : le RAND - Qatar Policy Institute (RQPI) (http://www.rand.org/qatar.html) (anglais, certains documents sont traduits en arabe). En partenariat avec la Qatar Foundation, le RQPI se consacre à l’étude et au conseil en matière de politiques publiques dans de nombreux domaines, notamment l’éducation et la recherche. Le RQPI est toutefois relativement moins actif et moins connu que les centres orientés sur les affaires internationales.

 

 


   

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