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Palestine : sa présence sur le web et son étude

Les études sur Internet et la Palestine sont longtemps demeurées rares en dépit de la croissance exponentielle du réseau mondial dans cette région du monde. Alors que fin 1996, l’université de Bir Zeit (près de Ramallah) recensait une quinzaine de sites seulement dans les territoires occupés en 1967, leur nombre atteignait les 230 fin 1999 [voir l’étude d’Adam Hanieh, “Palestine's Websites in 1999” (http://www.birzeit.edu/web/99internet.html)]. Il n’a fait que croître depuis même si aucun chiffre n’est aujourd’hui disponible (3 212 sites en .ps fin 2011 qui ne représentent qu’une partie du web palestinien) tandis que plus de 40 providers offrent leurs services aux quelque 300 000 internautes palestiniens, selon une estimation faite en avril 2005 par le directeur de la division Internet de Paltel, la compagnie publique de télécommunication (Haaretz, 8 avril 2005). Jusqu’à la création de l’Autorité d’autonomie, l’administration civile (ie militaire) israélienne imposait de fortes restrictions aux Palestiniens dans le domaine de la communication. Un décret militaire de 1989, par exemple, avait interdit l’utilisation des lignes téléphoniques pour faxer ou envoyer des courriers électroniques. Longtemps après la mise en œuvre des accords d’autonomie, le réseau palestinien demeurait encore dépendant de l’israélien (et c’est encore le cas en 2012).

Selon l’officiel Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS) (http://www.pcbs.gov.ps/Portals/_pcbs/PressRelease/InfoSocDE2011.pdf), 48,8 % des ménages palestiniens (49,9 % en Cisjordanie et 46,6 % à Gaza) possédaient en 2010 un ordinateur (utilisé par 87,9 % des jeunes de 15-29 ans) comparé à 26,4 % seulement en 2004. En 2010, toujours, 29,1 % des ménages possédaient un accès à internet pour 9,2 % seulement en 2004. Concernant les téléphones portables, 93,8 % des ménages en sont équipés en 2010 (72,8 % en 2004), détenus en majorité par les jeunes puisque qu'en 2009 63,2 % d'entre eux en possédaient un (72,7 % des garçons et 53,3 % des filles) comparé à 34,9 % en 2004.

Selon l’Opennet Initiative, “Internet Filtering in Gaza and the West Bank” (2009) (http://opennet.net/sites/opennet.net/files/ONI_GazaWestBank_2009.pdf), “Gaza and the West Bank have Internet penetration and connectivity rates that far exceed those of other conflict zones. However, Palestinians have access to a fractured Web: users in Gaza are prevented from accessing sexually explicit content, while users in the West Bank have largely unfettered access to the Internet.”

Si la Palestine constitue au Proche-Orient l'un des pays les plus articulés au web, sa participation à Facebook est encore plus importante. Les différents indicateurs sont unanimes pour compter à la fin du printemps 2011 début de l'été environ 600.000 Palestiniens des territoires (moins Jérusalem-Est) membres de Facebook soit une pénétration de quelque 24 % de l'ensemble de la population. Voir par exemple Internet World Statistics (http://www.internetworldstats.com/middle.htm#ps/).

Établie par l’Autorité palestinienne d’autonomie comme société par actions, PalTel (Palestine Telecommunications Company) (http://www.paltel.ps/) (arabe, anglais) [Paltel (http://www.facebook.com/paltel.co)] constitue l’opérateur historique qui a commencé ses activités en 1997, après avoir obtenu d’hériter d’un certain nombre de prérogatives jusque-là détenues par Bezek, l’opérateur israélien. Le PalTel Group (http://www.paltelgroup.ps/) (arabe, anglais) intègre PalTel, Jawwâl (http://www.jawwal.ps/) (arabe, anglais) la compagnie de téléphonie cellulaire historique créée en 1999 par PalTel, Hadara technology (http://www.hadara.ps/) (arabe) qui intègre 4 FAI palestiniens historiques (PalTel, Palestine Online, PIS et InterPAL), Hulul (http://www.hulul.com/) (arabe, anglais) et Palmedia (http://www.pal-media.ps/) (arabe, en construction en 2011) des FAI. PalTel lance l’ADSL en 2005, permettant ainsi une expansion de l’internet. En dépit de l’échéance de sa clause d’exclusivité en 2006, PalTel ne s’est vu concurrencer qu’en 2011 avec l’arrivée de la koweïti Wataniyya (http://wataniya.ps/) (anglais, arabe) [Wataniya Mobile Palestine (http://www.facebook.com/wataniyamobilepalestine)].

Fondée en 2003, la PNINA (The Palestinian National Internet Naming Authority) (http://www.pnina.ps/) (arabe, anglais) [Palestinian National Internet Naming Authority (http://www.facebook.com/pninaps/)], qui combine représentants du public et du privé, gère le nom de domaine .ps qui venait d’être créé par l’ICANN en attribuant les URL (située à Gaza, elle obéit depuis juin 2007 au ministère des Télécoms de Gaza). Opérant en Palestine depuis 1998, la PIS (Palestinian Internet Services Co.) (http://www.pis.ps/ et http://www.psdomain.ps/) est chargée par la PNINA de gérer les noms de domaine en .ps. Depuis 2003, l’Internet Society-Palestine (http://www.isoc.ps/), chapitre Palestine de l’internationale Internet Society, se donne pour vocation d’accompagner l’avancement de l’Internet en Palestine. Fondée en 1999 à Ramallah, la PITA (The Palestinian Information Technology Association) (http://www.pita.ps/ qui succède à http://www.pita-palestine.org/) rassemble en 2012 plus de 100 compagnies travaillant dans le secteur privé des technologies de l’information. PITA et ISOC, ces dernières années, ont uni leurs efforts pour contrer la politique de l’opérateur public PALTEL (Palestine Telecommunications Co) (http://www.paltel.ps/) (arabe, anglais). Diverses initiatives publiques ont également été créées pour favoriser le développement des NTIC en Palestine : lancement en 2005 d’un Palestinian Electronic Government (http://www.egov.ps/) de venu Palestine e-Government (http://egov.pna.ps/) (arabe, anglais) [le site n’est plus alimenté depuis 2010] et d’une Palestinian Education Initiative (http://www.pei.gov.ps/ qui succède à http://www.pei.ps/). Un consortium privé-public universitaire et gouvernemental Palestinian e-Government academy (http://www.egovacademy.ps/) est également créé en Cisjordanie en 2010.

Suite à la scission entre Cisjordanie et bande de Gaza en juin 2007, les politiques de l’information obéissent à deux ministères indépendants l’un de l’autre, Télécommunications et technologies de l’information (Gaza) (http://www.mtit.gov.ps/) (arabe) et Télécommunications et technologies de l’information (Ramallah) (http://www.pmtit.ps/). Situé à Gaza, le Government Computer Centre (GCC) (Markaz al-Hâsûb al-Hukûmî) (http://gcc.gov.ps/) (arabe) obéit depuis juin 2007 au ministère des Télécoms de Gaza ; bras de l’administration dans le domaine des NTIC, il est chargé d’offrir l’accès à l’internet aux diverses institutions publiques et à ce qui relève du domaine de l’éducation en mettant en œuvre les plans et projets de l’Autorité. Il est ainsi derrière le Government Services eportal (http://eportal.gov.ps/) (arabe).

L’étude de la présence de la Palestine sur le réseau a connu un décalage par rapport à son emprise réelle. Précurseur, Christophe Boltanski avait rédigé un “La Palestine libre sur le Net” dans le Cahier Multimédia de Libération du 13 juin 1997 (http://www.liberation.fr/). Un an plus tard, Tzuri Dar consacrait un article sur le thème “The New Webmasters of the West Bank” dans Haaretz English Edition du 16 juin 1998 (http://www.haaretzdaily.com/). Le Monde Interactif du 18 octobre 2000 publiait, quant à lui, une pleine page dotée de différents articles de Stéphane Foucart, l’un sur la situation générale, “La liberté sous condition de l'Internet palestinien”, l’autre sur la mise en ligne de camps de réfugiés, “Réfugiés dans la Toile”, et le dernier sur Nigel Parry, alors webmaster de l’université de Bir Zeit et pionnier de l’internet en Palestine, “Le ‘gourou’ écossais de Cisjordanie”. Le même Nigel Parry est d’ailleurs l’auteur de la première étude de fond sur la question. Sous le titre “The Past and Future of Information Technology in Palestine. An introduction for the Palestinian NGO Community”, sa contribution à l’International NGO Meeting/European NGO Symposium on the Question of Palestine at the United Nations (25-28 August 1997) (http://www.nigelparry.com/mideastinternet/unitednationspaper.html qui reproduit http://www.birzeit.edu/web/unpaper.html) est abritée dans un incontournable “Palestine on the World Wide Web” (http://www.birzeit.edu/web/) réalisé par Bir Zeit mais malheureusement laissé en jachère depuis le début 2000 (en dépit d’interventions mineures en 2001) (toutes ces pages du site de Bir Zeit ont été retirées du net ; on les retrouvera sur la Wayback machine http://web.archive.org/web/*/www.birzeit.edu/web/). Une étude à peine plus récente, “The WWW in Palestine. An Informal and Organizing Tool”, est l’œuvre de son successeur au poste de webmaster de Bir Zeit, Adam Hanieh ; publiée dans Middle East Report, n°213, winter 1999, elle est disponible sur le site du magazine (http://www.merip.org/mer/mer213/213_hanieh.html).

En 2001, deux étudiants, Iyad Bandar et Munir Mjayda, ont soutenu un mémoire à l’université de la Manouba à Tunis consacrée à la Scène médiatique palestinienne sur Internet (al-Machhad al-I’lâmî al-Filastînî fî al-internet) (http://www.geocities.com/pal_media/index.html, mis en ligne en 2009 sans mention de source ni de date sur le site du Ministère palestinien de l'Information de Ramallah http://www.minfo.gov.ps/Docs/saha13.doc) (arabe). Une petite synthèse, “Our Story with the Internet in Palestine“ (http://www.thisweekinpalestine.com/details.php?id=961&ed=90#), de Mashhour Abudaka résume la situation en mai 2004. Pour un état des lieux en 2007, on aura recours aux diverses contributions aux ateliers organisés à Amsterdam en septembre et novembre 2007 par la Govcom.org Foundation (Amsterdam) et le Information Society in Palestine project (Cambridge, UK/) (http://www.govcom.org/pisp_maps1.html) (anglais) sous la direction de Richard Rogers et de Rafal Rohozinski.

Par ailleurs, l’ESCWA (Economic and Social Commission for Western Asia) élabore tous les 2 ans depuis 2003 un très précieux National Profile Of The Information Society In Palestine (http://www.escwa.un.org/wsis/reports/docs/Palestine-09-E.pdf) qui dresse un bilan des NTIC en Palestine.

En 2011, deux chercheurs se sont imposés dans le domaine :

- Miriyam Aouragh (http://miriyamaouragh.blogspot.com/) (anglais, néerlandais), auteure d’un Palestine Online. Transnationalism, the Internet and the Construction of Identity [paru en 2011 chez IB Tauris, il s’agit d’un état des lieux jusqu’en 2005 ; l’original, une thèse soutenue en 2008 à Amsterdam sous le titre Palestine Online. Cyber Intifada and the Construction of a Virtual Community 2001-2005, est en ligne sur le site de l’université d’Amsterdam (http://dare.uva.nl/document/99193)], dont un certain nombre de recherches sont en ligne.

- Anat Ben-David (http://ticmigrations.fr/documents/CV_anat_ben_david.pdf) dont l’article “ La Palestine et ses frontières virtuelles 2.0 ” est paru en français en 2010 dans la revue Réseaux (http://www.cairn.info/revue-reseaux-2010-1-p-151.htm).

Concernant le contenu du web palestinien, la Foundation for Defense of Democracies a publié en 2010 dans un esprit partisan un P@lestinian Pulse. What Policymakers Can learn From Palestinian Social Media rédigé par Jonathan Schanzer et Mark Dobowitz (http://www.defenddemocracy.org/images/Palestinian_Pulse.pdf).

L’internaute aura également tout intérêt à vérifier les thèses (en arabe) soutenues à l’université al-Najah de Naplouse (http://scholar.najah.edu/program/engineering-management) en Engineering Management.


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