Guide du Liban-sur-Web Édition du 13 décembre 2010


Les médias Libanais : entre confessionnalisme et recherche de crédibilité

L’illusion de la liberté des médias

La liberté d’expression dont jouissent les médias libanais est une bonne chose pour la démocratie, et le pays compte toujours au rang des pays les plus ouverts de la région. Il faut cependant nuancer l’indépendance de ce système médiatique en notant que la notion de média national public n’existe pas au Liban. Depuis la formation du Liban, c’est en effet la féodalité communautaire qui est le facteur déterminant dans la construction de l’État, et aucune communauté ou parti politique n’a cherché à construire une culture nationale. Le paysage médiatique libanais se caractérise alors par une mainmise des partis politiques sur des médias exclusivement confessionnels et dépendants de leurs investisseurs respectifs.

On a souvent dit de l’histoire du Liban qu’elle était l’histoire de ses communautés : ceci vaut aussi pour les médias libanais audiovisuels ou écrits. Après une courte période de stabilité chéhabiste (période du mandat de l’ancien président Fouad Chéhab (1958-1964) qui a appliqué le concept de neutralité positive en matière de politique étrangère tout en introduisant des réformes politiques et sociales), et la création d’une chaîne publique, la guerre civile qui a éclaté en 1975 a marqué l’avènement des médias mis au service des milices. La chaîne publique Télé Liban (http://www.teleliban.com.lb/) et la radio publique ont alors été quasiment liquidées, sous des prétextes économiques, par des gouvernements successifs dont les membres disposaient déjà parfois de leurs propres organes de presse. Dès la fin de la guerre, et dans un contexte de mondialisation économique, ces médias à la solde des partis politiques issus des différentes milices ont alors pris de l’ampleur, au point de se transformer en véritables groupes de télévision.



Dans la période post-guerre civile, le visage médiatique du pays des cèdres a aussi été marqué par une autocensure, particulièrement visible dès lors qu’était abordée la question de la présence syrienne au Liban. Plusieurs atteintes à la liberté d’expression ont pu être observées durant cette période. La plus emblématique fut la fermeture définitive de la chaîne Murr TV, ostensiblement critique envers la présence syrienne.

Mais la véritable rupture dans le paysage médiatique libanais se situe au lendemain de l’adoption de la résolution 1559 par une majorité des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU. Adoptée afin de forcer la Syrie à changer sa politique d’ingérence au Liban, elle a eu un effet particulièrement important sur les médias du pays, qui se sont alors très vite divisés selon leur positionnement par rapport à cette résolution. L’attentat suicide qui a coûté la vie en 2005 à l’ancien Premier ministre libanais, présenté par une partie des Libanais comme une conséquence de la crise politique engendrée par la résolution 1559, a aggravé la division des médias libanais, devenus de véritables organes de propagande des deux camps constitués après le renouvellement, imposé par la Syrie, du mandat de l’ancien Président de la République Émile Lahoud.

Les médias loyalistes

La presse écrite


Plusieurs grands titres de la presse écrite soutiennent le Mouvement du 14 Mars : le premier quotidien du pays Al-Nahâr (http://www.annahar.com/), le quotidien francophone L’Orient le Jour (http://www.lorientlejour.com/), et évidemment l’organe de presse du Courant du Futur, le quotidien Al-Mustaqbal (http://www.almustaqbal.com/).

Cette coalition est aussi soutenue par des journaux qui n’hésitent pas à critiquer la majorité : le principal quotidien anglophone du pays The Daily Star (http://dailystar.com.lb/), le quotidien Al-Anwar (http://www.alanwar-leb.com/), dont le rédacteur en chef est célèbre pour ses éditoriaux relativement objectifs, et dans une moindre mesure, les quotidiens Al-Liwaa (http://www.aliwaa.com/) et Al-Balad (http://www.albaladonline.com/home.php).

Parmi les hebdomadaires qui se positionnent pour le pouvoir en place, on peut citer deux journaux de langue arabe: Al Kifâh Al-Arabî (http://www.kifaharabi.com/) et Al Ousbouh Al Arabi (http://www.arabweek.com.lb/), ainsi que l’hebdomadaire francophone économique le Commerce du Levant (http://www.lecommercedulevant.com/). Enfin, Al Massira (http://www.almassira.com/), propriété des Forces Libanaises, défend aussi la formation majoritaire avec une ligne éditoriale particulièrement hostile au Hezbollah.

Les télévisions


L’action de la majorité a aussi été soutenue dès 2004 par un certain nombre de médias audiovisuels. Parmi ceux-ci, nous pouvons d’abord citer la LBC (http://www.lbcgroup.tv/), l’une des plus importantes chaînes privées du pays, par son poids financier et sa visibilité médiatique. Créée par les Phalanges Libanaises, elle a servi pendant la guerre civile d’organe de presse des Forces Libanaises. Au début des années 1990, elle est devenue une société anonyme détenue par des hommes politiques et des hommes influents, avant de fusionner, en 2004, avec la société Rotana, propriété du prince saoudien Al-Walid. A la suite de la crise politique de 2004, et ce malgré le professionnalisme de ses journalistes, la chaîne a largement soutenu la révolution des cèdres, et reste à ce jour le relais médiatique des chrétiens de la majorité. Après les accords de Doha de 2008, elle a pu nuancer ses propos à l’égard de l’opposition, mais reste encore très influencée par les idées de la Coalition du 14 Mars.

Future television (http://www.future.com.lb/) appartient à la famille Hariri. Créée à la fin de la guerre civile, Future TV a permis à son détenteur et ancien Premier ministre, feu Rafic Hariri, d’asseoir une certaine hégémonie représentative sur la communauté sunnite du pays. Depuis l’assassinat de ce dernier, en février 2005, elle a largement contribué à relayer un discours anti-syrien, et a développé le culte de la personnalité du défunt. Lors de la mini-guerre civile de mai 2009, elle a d’ailleurs été attaquée et fermée par des miliciens de l’opposition, ce qui l’a rendue encore plus hostile à l’opposition, et particulièrement au Hezbollah. La famille Hariri dispose aussi d’une radio communautaire, Radio Orient (http://www.radioorient.com.lb/), basée à Paris et considérée comme le relais européen de la coalition du 14 Mars.

Murr télevision (MTV) (http://www.mtv.com.lb/) est quant à elle la propriété de Gabriel El-Murr, vainqueur des législatives partielles de 2002 pour le siège orthodoxe de la circonscription du Metn (Nord), mais dont la victoire a été annulée par une décision administrative qui décrétait également la fermeture de la chaîne. Ce n’est que six ans plus tard que MTV sera autorisée par amendement parlementaire à émettre à nouveau à partir du 31 mars 2009.


En raison de la relation spécifique qui lie la famille Hariri à la famille royale saoudienne, le Mouvement du 14 Mars bénéficie également d’un soutien médiatique non négligeable de la part de plusieurs médias panarabes : les chaînes Al-Arabiya (http://www.alarabiya.net/) et MBC (http://www.mbc.net/portal/site/mbc), et le quotidien londonien panarabe Al-Hayât (http://international.daralhayat.com/).

Les sites Internet d’information

A côté des outils médiatiques classiques, les nouvelles technologies d’information et de communication ont ouvert la voie à une information alternative : les sites Internet. Mais cette alternative n’a pas été traduite dans le cas libanais par des sources d’information indépendantes et fiables : les partis politiques ont créé leurs propres sites Internet d’information. La coalition du 14 Mars dispose de plusieurs relais sur la toile dont le plus visible est le site Now Lebanon (http://www.nowlebanon.com/), créé par l’agence britannique Saatchi&Saatchi et ouvertement partisan du Courant du Futur.

Parallèlement au développement électronique des sites Internet de la coalition, on a vu apparaitre sur la toile des portails d’information se disant indépendant mais dont la ligne éditoriale soutenait la coalition du 14 Mars.  C’est le cas d’El Kalima (http://www.el-kalima.com/) publié dans la ville de Zahlé (Bekaa) et qui affiche clairement son soutien à la majorité. Quant à Ya Libnan (http://www.yalibnan.com/), il publie des informations et des analyses en anglais sur le Liban et sur la région avec un brin d’objectivité. La diaspora libanaise aux Etats-Unis dispose aussi de plusieurs relais d’information comme Beirut Times (http://www.beiruttimes.com/) qui affiche une certaine hostilité contre le Hezbollah. Enfin Iloubnan (http://www.iloubnan.info/fr) publie en français et en anglais des reportages et des analyses qui sont souvent repris par la presse française en raison de la qualité et de l’originalité de certains sujets.

Les médias de l’opposition

A l’instar de la coalition du 14 Mars, l’opposition est hétéroclite et ses différentes composantes se sont réunies autour de leur opposition à la résolution 1559. Elle a été renforcée par l’entente entre le Hezbollah et le Courant Patriotique Libre qui a donné au mouvement chiite une assise chrétienne.

La presse écrite

L’opposition dispose d’un certain nombre de titres de la presse écrite, comme le quotidien Al-Safîr (http://www.assafir.com/), d’obédience nationaliste et Al-Akhbâr (http://www.al-akhbar.com/), qui assume ouvertement son soutien pour l’opposition et pour la résistance incarnée par le Hezbollah. Elle bénéficie aussi du soutien de plusieurs journaux marqués par une relative hostilité à la politique américaine : le quotidien Al-Anwâr (http://www.alanwar.com/) et Al-Intiqâd (http://www.alintiqad.com/), considéré comme un organe de presse du Hezbollah.

Des idées soutenant l’opposition et son projet politique sont aussi diffusées par les hebdomadaires Al-Amân (http://www.al-aman.com/) et Al-Bayân (http://www.albayanmagazine.com/) et les revues Al-Afkâr (http://www.alafkar.net/), Tahawolat (http://www.tahawolat.com/) et Kalamon (http://www.kalamon.org/).

Les télévisions

Les partis de l’opposition détiennent également un certain nombre de chaînes de télévision dont le poids économique et médiatique rivalise avec celui des médias loyalistes.

Al-Manâr (http://www.almanar.com.lb/) est l’organe médiatique officiel du Hezbollah. Les membres de ce parti le surnomment “média de résistance ”. Il a été créé au début des années 1990 afin d’accompagner le parti dans son processus de libanisation. La ligne éditoriale de la chaîne se caractérise ainsi par un islamo-nationalisme et un anti-américanisme assumés. Malgré une ligne éditoriale axée sur les notions d’intégrité du Liban et de défense des intérêts des citoyens, Al-Manâr demeure une chaîne confessionnelle avant tout, dont l’objectif est de défendre les intérêts du Hezbollah et de la communauté chiite.

NBN (National Broadcasting Network) (http://www.nbn.com.lb/) propriété du président du Parlement libanais, Nabih Berri, se caractérise principalement par son soutien sans faille à l’opposition, ce qui est totalement légitime et logique pour un média appartenant exclusivement à un personnage politique qui a toujours été proche de la Syrie.

Orange TV (http://www.otv.com.lb/), créée par le Courant Patriotique Libre (CPL) du Général Michel Aoun, est l’une des nouvelles-nées du paysage médiatique national. Il faut d’ailleurs noter que le Général Aoun affirme pour sa part qu’elle est financée par des actions achetées par des citoyens libanais, sans que cela puisse être précisément vérifié.

New TV (http://www.aljadeed.tv) est la seule chaîne privée libanaise qui n’a jamais appartenu à un leader politique. D’obédience communiste, elle a largement critiqué les choix libéraux de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Depuis la crise politique de 2004, elle a contribué, par ses critiques virulentes, à la division médiatique qui a eu une part de responsabilité dans le déclenchement des événements tragiques du 7 mai 2008.

Les sites Internet d’information

Parallèlement aux sites Internet des partis politiques, plusieurs sites Internet d’information ont permis à l’opposition de diffuser une information subjective destinée à expliquer ses positions non seulement à l’opinion publique libanaise mais également à une opinion régionale et internationale. Ainsi, le site Internet Lebanon Times (http://lebanonmarine.com/) propose en anglais des informations et des tribunes qui prennent parti pour l’opposition. D’autres sites peuvent être considérés comme proches de l’Alliance du 8 Mars : El Nashra (http://www.elnashra.com/) probablement créé par le Courant Patriotique Libre et Lebanon Files (http://www.lebanonfiles.com/), un nouveau site Internet dont les articles et les opinions exprimées sont favorables au Hezbollah et à ses alliés.




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Les médias loyalistes

Les médias de l’opposition