Guide du Liban-sur-Web Édition du 13 décembre 2010


Les communautés libanaises : des entités politico-confessionnelles

L’histoire du Liban est l’histoire des communautés qui le composent. La formule libanaise d’entente entre les communautés, dont on a souvent fait l’éloge, montre pourtant ses limites. Les communautés libanaises ont certes toujours été séparées sur le plan religieux, et d’une certaine manière sur le plan social, mais cette séparation virtuelle a pris la forme d’une rupture entre des communautés qui tentent de construire un espace homogène qui risque de déstabiliser durablement l’État libanais.

Cette communautarisation de la vie politique, qui s’est accélérée avec l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, a fait des communautés libanaises des entités politico-confessionnelles. Le système politique libanais ne permettant pas une gouvernance fédérale de l’État, ces forces politiques ont été contraintes de former des alliances, parfois contre nature, afin de faire fonctionner une “République fédérale” qui ne dit pas son nom.

La constitution libanaise reconnaît officiellement dix-huit communautés religieuses. Ainsi, le Liban se trouve constitué principalement de trois groupes de communautés : druze, chrétien et musulman.

Les Druzes

Depuis leur arrivée dans la montagne libanaise fuyant la répression des musulmans sunnites qui les considéraient comme hérétiques, les Druzes (http://www.opuslibani.org.lb/liban/eg0013.htm) ont adopté le principe de dissimulation “ Taqi’yya”, qui leur a permis de vivre harmonieusement avec d’autres communautés. Cette capacité à vivre avec des groupes sociaux qui ne partagent pas leurs convictions et leurs traditions leur a permis de se fondre dans leur environnement au point de l’influencer, voire le diriger.

C’est ainsi le cas de la dynastie des Maan qui a créé le premier pouvoir autonome dans la montagne libanaise. Par la suite, le système féodal libanais a permis l’émergence de grandes familles qui sont toujours influentes. Actuellement, deux grandes familles règnent sur la destinée des Druzes libanais : les Arslan et les Joumblatt. La famille Joumblatt s’est imposée, à travers son chef Walid, comme la représentante politique et sociale de la communauté, échappant aux tentatives d’affaiblissement grâce à une gestion habile du jeu politique communautaire.

Cette communauté, dont la structure reste féodale en raison de l’incapacité de ses membres à former une bourgeoisie, est divisée socialement en deux groupes. Les “ ignorants ” (Juhhâl), qui n’ont aucune obligation religieuse, disposent dans la diaspora de leurs associations communautaires dont la plus influente est l’American Druze Society (http://www.druze.com/). La diaspora druze en Grande Bretagne est assez élitiste, elle a créé une fondation, la Druze Heritage Fondation (http://www.druzeheritage.org/), qui a pris l’initiative de développer des recherches historiques sur la communauté. Quant aux “ savants ” (‘ukkâl), les religieux de la communauté, ils sont responsables de la gestion communautaire de la société et notamment du “ statut personnel ” à travers la Cour confessionnelle druze (http://www.druzepersonalstatus.gov.lb/). Ils disposent également de leur propre institution : le Conseil de la communauté druze (http://www.mouwahidoundruze.gov.lb/).

Les chrétiens

Les chrétiens libanais se répartissent entre plusieurs Églises orientales créées pour beaucoup à la suite de la rupture entre la papauté et Byzance. Parmi ces communautés chrétiennes, neuf sont reconnues par la constitution libanaise, et disposent à ce titre de soixante-quatre sièges à l’Assemblée nationale.

Les Maronites

La communauté chrétienne majoritaire est aussi l’Église la plus influente du pays. Les Maronites (http://www.opuslibani.org.lb/Église/002/patriarcat/Antioche1.html) ont contribué avec les Druzes à forger l’embryon de l’entité libanaise dans le Mont Liban et sont ainsi à l’origine de la formation du Liban moderne. Le Patriarcat maronite (http://www.bkerkelb.org/arabic/index.php) a en effet réussi à convaincre les puissances européennes réunies au congrès de Versailles en 1919 de créer le Grand Liban et de le doter d’une nouvelle constitution sur le modèle de la troisième République française.

Les Grecs catholiques

Disséminés dans les parties méridionale et orientale de la montagne libanaise, les Grecs catholiques sont surtout présents dans le milieu rural ainsi que dans des villes comme Saïda, Tyr et Zahlé où ils forment une classe sociale enrichie par les affaires et la pratique des carrières libérales. Rattachés à l’Église melkite (http://www.opuslibani.org.lb/melkmenufr.html), leur nombre au Liban est évalué à deux-cents cinquante mille. Comme les Maronites, ils ont noué d’étroites relations culturelles avec la France.

Les Grecs orthodoxes

Moins nombreux que les Maronites, les Grecs orthodoxes n’ont d’autre histoire que celle de la grande Église d’Orient et font partie des chrétiens qui, relevant du Siège Apostolique d’Antioche (http://www.antiochpat.org/), sont restés fidèles au Concile de Chalcédoine. Ayant dès l’origine collaboré avec l’islam, ils n’ont pas eu à déserter les villes pour chercher refuge ailleurs et ont adopté les thèses de l’arabisme et de la laïcité.

Les Arméniens catholiques

Dès 1928, l’Église Arménienne Catholique (http://www.opuslibani.org.lb/armenmenufr.html) s’est réorganisée au niveau administratif, scolaire, culturel et social. On compterait trente mille Arméniens catholiques, dont une trentaine de prêtres et de moines, répartis sur huit paroisses. Malgré leur dispersion, les Arméniens gardent aujourd’hui un sens très vif de leur identité nationale, culturelle et religieuse.

Les Arméniens orthodoxes

Aussi nombreux au Liban que leurs compatriotes catholiques, les Arméniens orthodoxes (http://www.armenianchurch.org/index.jsp) sont arrivés par vague, à la suite des persécutions ottomanes en 1895, 1909 et 1922. Ils se concentrent dans les faubourgs de la capitale et à Anjar, dans la Bekaa. Ils se sont taillé une place de choix dans tous les secteurs de la vie artisanale et commerciale. Regroupés autour de leurs chefs religieux, de leurs partis politiques et leurs institutions culturelles, ils conservent ainsi leur patrimoine et la civilisation spécifique qui est la leur. Leur neutralité dans la guerre libanaise a profité au camp palestino-syrien et causé un certain malaise psychologique dans la communauté.

Les Syriaques catholiques

Les Syriaques catholiques (http://www.syr-cath.org/) du Liban, rattachés à l’Église du même nom, seraient une trentaine de mille, réunis en un seul diocèse. Deux couvents ont joué un rôle majeur dans l’histoire de la communauté: celui de Saint Éphrem à Chebanié, et celui de Charfé connu pour être le séminaire patriarcal et le siège du patriarche en été.

Les Catholiques latins

Pendant les croisades, le Liban a accueilli les plus anciennes missions des catholiques latins. Rattachés à l’Église latine (http://www.opuslibani.org.lb/latinemenufr.html), ils développent aujourd’hui encore des œuvres scolaires et hospitalières pour contrecarrer les missions protestantes. Le nombre de fidèles s’est considérablement accru sous le mandat français, mais a dû diminuer depuis. Il est estimé actuellement à quatorze mille, soit 0,9 % de la population du Liban.

Les Chaldéens catholiques

Plus minoritaires, les Chaldéens catholiques sont arrivés au Liban en 1895 pour échapper aux persécutions des Turcs et des Kurdes. Après les deux guerres mondiales, leur nombre a augmenté pour atteindre actuellement une dizaine de milliers.

Les Syriaques orthodoxes

Les Syriaques orthodoxes sont répartis sur deux diocèses: celui de Beyrouth et de Zahlé, et celui du Mont-Liban et de Tripoli. Ils possèdent plusieurs lieux de culte, des établissements scolaires et des institutions sociales et religieuses.

Les Protestants

Regroupés au sein de l’église évangélique syriaque, les communautés protestantes au Liban sont le fruit des missions protestants au dix-neuvième siècle.

 

Les musulmans

Alors que les musulmans sont devenus majoritaires dans le Liban contemporain, le visage politico-confessionnel du pays des cèdres n’a pas changé : il s’agit encore d’une république dirigée par une gestion consociative entre les communautés.

L’islam libanais est composé en très large partie par ses deux principales branches : le sunnisme et le chiisme.

Les Sunnites

Les Sunnites libanais ont longtemps formé, au côté de la communauté grecque orthodoxe, la bourgeoisie des villes côtières. Grâce au Pacte National de 1943 conclu avec l’autre communauté dominante de l’époque, la communauté maronite, ils ont pu largement contribuer à l’indépendance du pays et à l’émergence de la première République libanaise. A l’instar des autres communautés, les Sunnites disposent de leur propre institution chargée de la gestion des affaires sociales et religieuses de la communauté : Dar Al-Fatwa (http://www.darfatwa.gov.lb/). Parmi les diverses associations privées sunnites, on peut citer l’Association Al-Mabarrat (http://www.mabarrat.org.lb/arabic/default.php).D’autres associations coexistent au sein de la communauté : c’est le cas de Makassed (http://www.makassed.org.lb/), créé par l’ancien Premier ministre Saeb Salam. Elle regroupe actuellement plusieurs associations caritatives un hôpital et une université. Enfin, la Hariri Foundation (http://www.hariri-foundation.org.lb/) est une association puissante créé par l’ancien Premier ministre. Parmi ses actions les plus significatives on peut citer la distribution des bourses d’études à des libanais de toute confessions.

Les Chiites

Loin d’être le résultat d’une quelconque importation circonstancielle, la présence des Chiites au Liban a des racines historiques lointaines. En effet, après le meurtre de l’Imam Ali (http://www.al-imam.net) par les Omeyyades, les Chiites, exilés pour beaucoup d’entre eux dans les ports libanais, se sont installés dans les villes libanaises. C’est ainsi qu’ils ont formé, dans un premier temps, la principale population arabe de la côte libanaise. Plusieurs sources électroniques proposent des informations détaillées sur cette communauté. L’Encyclopédie chiite (http://www.al-islam.org/encyclopedia/) est un portail détaillé sur cette religion tandis que le site Internet Al-Shia (www.al-shia.com) propose en plusieurs langues des informations exhaustives sur cette communauté. Deux personnalités chiites libanaises ont influencé le paysage libanais et contribué à l’émergence de la communauté comme acteur majeur du pays : Mohammad Hussein Fadlallah (http://francais.bayynat.org.lb/) et l’Imam Moussa El-Sadr (http://www.imamsadr.net).

Les Alaouites

Les autres communautés musulmanes qui existent au Liban restent minoritaires tant sur le plan politique que démographique. Mais depuis la fin de la guerre civile et l’émergence de la Syrie sur la scène régionale, la communauté des Alaouites a gagné en influence, acquérant des sièges à l’Assemblée Nationale libanaise.


Les Druzes

Les chrétiens

Les musulmans