Fanny Lafourcade, Guide d’Irak-sur-Web Deuxième édition (26 novembre 2006)


Irak : la société civile et les médias

Si la société politique irakienne a largement commencé à investir Internet (voir Irak : les forces politiques), et que sous l'impulsion américaine les institutions se sont dotées de portail Internet (voir Irak : les institutions gouvernementales et les sites officiels) les individus, les ONG, les associations, les médias, les entreprises ont également commencé à investir le net.

Les ONG et associations irakiennes

Bien que nombreuses depuis la chute du régime de Saddam Hussein, les organisations non gouvernementales (ONG) et associations irakiennes sont peu présentes sur Internet, souvent par manque de moyens. Leurs sites sont souvent rudimentaires. Il est donc difficile d'apprécier s'ils sont toujours en activité, et le cas échéant quel poids réel et quelle visibilité ils ont dans le champ associatif ou intellectuel irakien.

Les centres de recherche

Le site du Markaz al-Watan Li-l-Dirâsât  (Centre de recherche Watan, Watan Research Center) (http://www.watancenter.org/index.htm) (arabe) (whois) a manifestement été créé au printemps 2005 lorsque le centre a organisé deux conférences, l'une sur les droits des femmes, l'autre sur la réconciliation nationale. Il n'a pas été mis à jour depuis.

Le Ma'had al-'Irâq lil-Tashrî' wa-l-Siyâsât al-'Âma (l'Institut irakien pour la Législation et les politiques publiques, Iraq Institute for Legislation and Public Policies) (http://www.iraq21.org/) (arabe) (whois) a été fondé par un Irakien vivant en France, Sa'd al-Rufâ'î, qui propose sur ce site très rudimentaire un plan de transition pour l'Irak en février 2004.

L'Iraqi prospects Organization (l'Organisation perspectives irakiennes) (http://www.iprospect.org.uk/index.php) (anglais) (whois) est domiciliée en Grande-Bretagne et semble avoir parmi ses membres fondateurs des Irakiens vivant au Royaume-Uni. Elle propose des analyses et des rapports sur la situation générale irakienne. Les derniers datent de 2005, mais le site, selon son whois, est toujours tenu à jour ; on peut donc imaginer que ses activités se sont réduites, sans doute en raison de la dégradation des conditions de sécurité. 

Les centres de recherche irakiens travaillent souvent en coopération avec les organisations américaines, comme le Iraq’s Center for Research and Strategic Studies qui a publié plusieurs sondages d'opinion. Le développement de centres de recherche en Irak après 2003 est beaucoup dû au retour des exilés irakiens ainsi qu'au développement de la vie politique. Ainsi, l'ancien ministre du Plan Mahdî al-Hâfidh a créé le Center for Development & International Dialogue ou CEDID, financé par USAID. Le centre de recherche Thagalayn est dirigé par Fatih Kashif al-Ghita', membre de la Hawza et d'une des plus grandes familles chiites d'Irak. D'autres centres, comme al-Dar al-'Irâqî, font partie également de cette nébuleuse de centres liés à des partis politiques (en l'occurrence, la mouvance 'Allâwî).

Les associations professionnelles et les syndicats

La Niqâba al-'Ama li-Muntasabî al-Qitâ' al-Naftî - Basra (le Syndicat général des employés de l'industrie pétrolière – Basra, the General Union of Oil Employees in Basra) (http://www.basraoilunion.org/) (anglais, arabe) (whois), domiciliée en Grande-Bretagne (un de ses membres est peut-être un Irakien ayant vécu en Grande-Bretagne), tient son site Internet régulièrement à jour.

L'Ittihâd al-Majâlis wa-l-Niqâbât al-'Ummâliyya wa Munazzamat Ittihâd al-'Atalîn 'an al-'Amal fî-l-l'Irâq (la Fédération des conseils de travailleurs et des syndicats en Irak et le syndicat des sans-emploi en Irak, the Federation of Workers Councils and Unions in Iraq and the Union of the Unemployed of Iraq) (http://www.uuiraq.org/) (arabe, anglais, français, allemand) (whois), domiciliée en Suisse, tient régulièrement à jour un site Internet très complet qui regroupe des informations sur la plupart des secteurs d'activités professionnelle en Irak; l'internaute y trouvera notamment un état des lieux des grèves et mouvements sociaux à travers le pays.

 L'Ittihâd al-'Am li-Niqâbât al-'Ummâl fî-l-'Irâq (la Fédération générale des syndicats de travailleurs en Irak, the Iraqi Federation of Workers' Trade Union) (http://www.iraqitradeunions.org/) (arabe, anglais) (whois), est domiciliée en Grande-Bretagne, où elle est représentée par 'Abd Alllâh Muhsin. Le site fait plutôt état des activités de la Fédération hors d'Irak pour défendre la cause des travailleurs irakiens.

L'Iraq Reconstruction Group (le groupe pour la reconstruction irakienne) (http://www.iraqirg.com/mainindex.htm) (anglais) (whois), domicilié en Grande-Bretagne et en Allemagne est une association de professionnels irakiens exilés décidés à retourner en Irak en 2003 afin de participer à la "Reconstruction" de leur pays. Les informations présentées sur le site (réunions à Londres et à Bagdad, statuts et règles de fonctionnement du groupe) datent, néanmoins, de 2003.

 

La Kurdish Scientific and Medical Association (l'association kurde scientifique et médicale) (http://www.ksma.org/en/) (anglais, kurde) (whois) tient son site régulièrement à jour. Cette association de scientifiques et d'étudiants de troisième cycle organise, en effet, séminaires, rencontres, et conférences.

Les organisations non gouvernementales irakiennes

La liste d'organisations non gouvernementales présentée ci-dessous est très incomplète, et ne reflète pas le paysage associatif irakien. La plupart des organisations non gouvernementales irakiennes, en effet, n'ont pas de site Internet. Les organisations ci-dessous sont basées hors d'Irak (the Iraq Memory Foundation, the Kubba Foundation, etc.) ou ont acquis une visibilité dans la communauté humanitaire internationale travaillant sur l'Irak (Lâ 'unf, etc.).

La Munazzama huquq al-Insân fî-l-'Irâq été créée en 1993 aux Etats-Unis par des expatriés irakiens qui souhaitaient à la fois documenter et fournir une assistance aux victimes des violations des droits de l'homme en Irak. Après la guerre de 2003, l'organisation a changé de nom en Huquq al-Insan (droits de l'homme, Human Rights) (http://www.huquqalinsan.org/) (arabe, anglais) (whois).
Le Documental Center for Human Rights in Iraq (le centre documentaire pour les droits de l'homme en Irak) (http://www.mafqud.org/en/partners/DCHRI/intro.htm) a été créé en 1987; basé à Téhéran en Iran, il maintient également une base de données sur les violations des droits de l'homme et les disparitions durant le régime de Saddam Hussein. Elle travaille en collaboration avec Maqfud.

La Fayli Kurd Community Foundation (la Fondation de la communauté des Kurdes Fayli) (http://www.mafqud.org/en/partners/FKCT/intro.htm) (anglais) est également liée à Maqfud; elle est basée au Royaume Uni.

La mu'asasa al-Zâkira al-'Irâqiyya (la Fondation de la mémoire irakienne, the Iraq Memory Foundation) (http://www.iraqmemory.org/) (arabe, kurde, anglais) (whois) a été fondée par Kanan Makiya, le célèbre intellectuel irakien qui a écrit sous le pseudonyme de Samîr al-Khalîl La République de la Peur, description inquiétante du fonctionnement du régime saddamien. La Fondation, qui est basée à Washington, a pour objectif de réunir le maximum de documents écrits ou oraux (récits de vie, etc.) pouvant permettre de comprendre l'ancien régime.

Lâ 'Unf (Non à la violence, Non-violence) (http://www.laonf.org/) (arabe, anglais) (whois) est un groupe qui souhaite promouvoir la paix civile et le dialogue entre les communautés.
L’Iraqi Future Foundation (la fondation pour le futur de l'Irak) (http://www.iraqifuturefoundation.org/) (anglais) (whois) est une petite organisation non gouvernementale irakienne qui met en œuvre quelques projets dans la région de Ramâdî.

Hope Medical Enterprises (http://www.hopemedicalenterprises.com/) (whois) est une organisation fondée par des Irakiens de Londres, qui travaille en collaboration avec des charities britanniques dans la communauté irakienne dans le domaine de la violence conjugale, etc.

Iraqi al-Amal (l'espoir irakien) (http://www.iraqi-alamal.org/) (anglais) (whois) a été fondée en 1992 au Kurdistan où elle a lancé différents projets humanitaires. Après 2003, elle a commencé à travailler dans le reste de l'Irak; elle est aujourd'hui un partenaire essentiel de nombreuses organisations (PAM, Save the Children, Oxfam; etc.).
Râbitat al-Mabarrât al-'Irâqiyya (l'Alliance des institutions de bienfaisance irakiennes, Iraqi Charities Forum) (http://www.iraqicharities.org/index_A.php) (arabe, anglais) (whois) est une plate-forme d'organisations non gouvernementales irakiennes qui travaillent dans des domaines aussi divers que la protection des animaux, les droits des femmes, l'éducation, la protection maternelle et infantile, etc.
Mu'assasat Ri'âyat al-Yatâma fî-l-'Irâq (Fondation d'assistance aux orphelins en Irak, Iraqi Orphan Care Foundation) (http://www.iraqiorphanscare.org/ioc/) (whois) est une des organisation non gouvernementale de la plate-forme décrite ci-dessus. Comme son nom l'indique, l'organisation a pour vocation de venir en aide aux orphelins. Basée à Londres, elle lève des fonds auprès de la communauté irakienne du Royaume Uni.
La Munazzama al-'Irâqiyya lil-Saha al-Jinsiyya (The Iraqi Organization for Sexual Health) (http://www.iraq-osh.org/) (arabe, anglais) (whois) est domiciliée à Bagdad. Elle mène des campagnes d'informations sur les maladies sexuellement transmissibles et notamment sur le VIH.
Mercy Hands (http://mercyhands.net/en/) (anglais) (whois) a été créée par un jeune médecin irakien en 2004; l'organisation non gouvernementale met surtout en œuvre des projets dans le domaine de l'assistance aux déplacés internes (Internally Displaced Persons).
La Munazzamat Hurriyyat al-Mar'a fî-l-'Irâq (organisation de la liberté de la femme en Irak) (http://www.equalityiniraq.com/arabic/arabic.htm) (arabe, anglais) (whois) est une organisation de promotion des droits des femmes qui a notamment mené une campagne d'information contre les dispositions actuelles prises par rapport aux femmes dans la constitution de 2005 et qui a pour objectif de réformer celle-ci.

'Ayn al-'Irâq ou "Ein" (litt. L'œil de l'Irak, the Election Information Network) (http://www.iraqiein.org/) (arabe) (whois) est une plate-forme réunissant des dizaines d'organisations non gouvernementales irakiennes qui ont travaillé sur les élections en 2005 : financée par USAID, la plate-forme a formé des observateurs électoraux, et a organisé des campagnes d'informations sur le processus électoral et sur la constitution.

La Mua'ssasat Kubba (la Fondation Kubba, the Kubba Foundation) (http://www.kubbafoundation.com/) (anglais) (whois) a été fondée en 2003 par l'une des plus grandes familles chiites d'Irak, les Kubba. Un de ses membres, Laith Kubba, était le porte-parole du gouvernement d'Ibrâhîm al-Ja'farî (avril 2005 – juin 2006). Cette fondation met en place des petits projets d'assistance en Irak.

Les bloggers

Le phénomène des blogs, qui intéresse de plus en plus les sociologues avides de comprendre les évolutions de leurs sociétés, a aussi touché l'Irak. Le célèbre Salam Pax, dont le blog, "Where is Raed?" (http://dear_raed.blogspot.com/) (anglais), est devenu célèbre en 2002, soit avant la chute du régime de Saddam Hussein, a lancé le mouvement. Salam Pax, qui a tenu une colonne régulière dans le Guardian "Baghdad Blogger" (http://www.guardian.co.uk/Iraq/blogger) (anglais) pendant plusieurs mois, n’alimente plus son site "historique" depuis 2004 mais en a créé un nouveau, à la tonalité moins politique et résolument plus personnelle  : "Shut up you Fat Whiner" (http://justzipit.blogspot.com/) (anglais). Dans le sillage de son blog, de nombreux Irakiens ont créé un site personnel dont il est impossible de dresser une liste exhaustive. La plus connue d’entre eux est Riverbend ; cette Irakienne de Bagdad commente quotidiennement l’actualité sur son "Baghdad Burning" (http://riverbendblog.blogspot.com/) (anglais), qui a également été publié en version papier, Baghdad Burning : Girl Blog from Baghdad (The Feminist Press, 2005). Raed, l’ami de Salam Pax à qui ce dernier écrivait sous Saddam Hussein, tient également un blog, "In the middle" (http://raedinthemiddle.blogspot.com/) (anglais), ainsi que l'ensemble de sa famille, "A family in Baghdad" (http://afamilyinbaghdad.blogspot.com/) (arabe, anglais) ; son père est par ailleurs membre de la nouvelle assemblée nationale irakienne. Parmi les autres blogs qui ont retenu notre attention et qui sont régulièrement tenus à jour on peut citer  : le blog de Kuri "Letters from Baghdad" (http://lettersfrombaghdad.blogspot.com/) (anglais); le blog de Najma qui vit à Mossoul, "A Star from Mosul. Living in War" (http://astarfrommosul.blogspot.com/) (anglais); ainsi que le blog de son père, Truth Teller "A Citizen of Mosul" (http://moslawi.blogspot.com/) (anglais); le blog de Nabil, "Nabil's blog" (http://nabilsblog.blogspot.com/) (anglais); le blog de Liminal, "Shlonkom Bakazay?" (http://www.shlonkombakazay.blogspot.com/) (anglais); le blog de Alaa, "The Mesopotamian" (http://messopotamian.blogspot.com/) (anglais); celui d'Abbas Kadhim, "Calling it like this" (http://abbaskadhim.blogspot.com/) (anglais, arabe); le blog de Hassan Kharrufa, "An Average Iraqi" (http://aviraqi.blogspot.com/) (anglais); le blog de Cervantès, "Today in Iraq" (http://dailywarnews.blogspot.com/) (anglais); le blog d'Omar, "Iraq the Model" (http://iraqthemodel.blogspot.com/) (anglais).

La "blogosphère" irakienne s'exprime souvent en anglais. En effet, l'objectif est souvent de communiquer, au-delà du monde arabophone, avec le monde anglophone. Certaines connexions se sont d'ailleurs établies entre le mouvement anti-war américain et les bloggers irakiens. De nombreux bloggers, qui font partie d'une minorité privilégiée en Irak, éduquée en anglais et avec un accès à Internet, sont candidats à l'exil au fur et à mesure que les conditions sécuritaires se dégradent en Irak. Ainsi, Ahmed, qui tenait son blog "Life in Baghdad" (http://iraqthemodel.blogspot.com/), l'a interrompu depuis son exil à Dubaï. D'autres, comme Ziyâd, qui se présente comme un "dentiste irakien", tient toujours à jour son blog "Healing Iraq" (http://healingiraq.blogspot.com/) (anglais), depuis Amman où il vit désormais.

La "blogosphère" irakienne qui s'exprime en arabe s'adresse au public arabophone, et a souvent une tonalité panarabe, voire baasiste. Imad Khadduri tient ainsi un blog très "pro-résistance" avec son "Free Iraq" (http://abutamam.blogspot.com/) (arabe, anglais); le blog "iraq4ever" (http://iraq4ever.blogspot.com/) (arabe) soutient également les positions de la "résistance" irakienne, dans sa version baasiste notamment.

Les médias

Les médias irakiens ont littéralement explosé à la chute du régime de Saddam Hussein en 2003. Plus d'une centaine de titres nationaux existent, ainsi qu'une multitude de titres locaux. Beaucoup sont affiliés à des partis politiques (voir Irak : les forces politiques) ou encore sont fortement teintés politiquement. Les titres se proclamant indépendants (la majorité) ont en réalité des liens, la plupart du temps, avec des partis politiques. Cela s'explique, notamment, par la quasi-impossibilité de garder une posture de neutralité politique dans l'Irak d'aujourd'hui, embourbé dans un conflit confessionnel où chacun est obligé de choisir son camp.

Shabaka al-I’lâm al-‘Irâqiyya (le réseau des médias irakiens, the Iraqi Media Network) (http://www.iraqimedianet.net/) (arabe, kurde, anglais), réseau public de media en Irak, a été mis en place sous égide américaine en 2003. Il comprend trois chaînes de télévision – "al-‘Irâqiyya TV" (http://66.199.250.34/imn.htm), "al-'Irâqiyya TV2" et "al-'Irâqiyya Sports" -, deux stations de radio – "radio al-'Irâq" (http://english.iraqimedianet.net/index.php?mod=logo&id=4) et "Qur'ân" -, ainsi qu'un journal, "al-Sabâh" (http://www.alsabaah.com/) (arabe, anglais). Le réseau a un bureau à Basra (http://www.imnsr.com/defaulten.aspx) (arabe, anglais).

La presse de qualité, indépendante et professionnelle, est rare. Le quotidien "Al-Zaman" (le Temps) (http://www.azzaman.com/) (arabe, anglais) est une des meilleures sources d'information irakiennes sur le net. Le journal (qui existe en version papier) a été fondé par un journaliste irakien exilé réfugié à Londres dans les années 1990, Sa'd al-Bazzaz, puis s'est réimplanté à Bagdad à la chute du régime de Saddam Hussein; il a été récemment accusé de prendre des positions pro-sunnites. Niqash (http://www.niqash.org/) (arabe, kurde, anglais), qui a été créé par une initiative germano-kurde, est une autre source d'information de qualité.

 



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