Fanny Lafourcade, Guide d’Irak-sur-Web Deuxième édition (26 novembre 2006)


Irak : le champ politique kurde

Un champ politique autonome et pluraliste existe au Kurdistan depuis la fin de la guerre du Golfe de 1991. Mais la scène politique kurde reste dominée par deux partis, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Mas’ûd Barzânî et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalâl Talabânî, qui administrent et contrôlent chacun une partie des provinces kurdes d'Irak. Les deux partis historiques du mouvement nationaliste kurde se sont imposés en 1992 comme les leaders incontestables de la scène politique kurde, se partageant de façon quasi mathématique 90 % des suffrages de la communauté – les 10 % restants se répartissant entre les autres forces politiques. Les partis kurdes ont des orientations idéologiques très diverses, du socialisme à l’islamisme en passant par les divers partis chrétiens. Aujourd'hui, ces partis ont manifestement décidé de parler d’une même voix sur la scène politique nationale irakienne pour toutes les questions touchant aux intérêts du Kurdistan et du peuple kurde. Ils prônent en effet une autonomie maximale du Kurdistan dans un Irak fédéral. En outre, la future région kurde doit intégrer Kirkuk. La plupart se sont ainsi rangés derrière le PDK et l'UPK au sein de la liste kurde. Mais leur hégémonie est remise en question par des forces politiques montantes comme l'Union islamique du Kurdistan, qui s'est autonomisée lors des dernières élections, et qui conteste leur gestion non démocratique du pouvoir. Les partis kurdes, mêmes mineurs, sont globalement assez présents sur le net, qu'ils ont investi il y a déjà quelques années.

Le Partî Demokratî Kurdistan/al-Hizb al-Dîmuqrâtî al-Kurdistânî (le Parti Démocratique du Kurdistan ou PDK, the Kurdistan Democratic Party ou KDP)

 

Le PDK (http://www.kdp.pp.se/) (anglais, kurde, arabe, persan, turc) est le parti historique du mouvement nationaliste kurde en Irak. Il a été fondé en 1945 par le légendaire Mullâh Mustafâ Barzânî, et est dirigé depuis 1979 par son fils Mas'ûd Barzânî. Après 1991 et la partition de facto de l’Irak en suivant le 36e parallèle, l’administration centrale irakienne s’est retirée des trois gouvernorats du Nord. Les forces politiques kurdes durent alors se charger de l’administration du territoire. Ne pouvant s’entendre sur la répartition du pouvoir dans l’enclave kurde, les deux grands vainqueurs des élections de 1992, l’UPK et le PDK, entrèrent en conflit armé. La signature des accords de Washington en septembre 1998 mit un terme à la guerre civile et entérina la division de l’enclave kurde entre la partie administrée par l’UPK (Sulaymâniyya) et la partie ouest administrée par le PDK (Erbil). Prévue dans l’accord de 1998, l’unification des deux administrations a été annoncée de façon récurrente, mais la rivalité entre les deux partis l’a rendue impossible jusqu'à aujourd'hui. La branche armée du parti, constituée de peshmergas (litt. "Ceux qui ne craignent pas la mort"), a combattu en 2003 aux côtés de la coalition emmenée par les Etats-Unis. Membre du Conseil de Gouvernement Irakien (2003-4), Mas'ûd Barzânî est depuis juin 2005 président du Kurdistan et son neveu Nerchivan est le premier ministre du gouvernement régional. Le journal du parti est "al-Taakhi" (http://www.altaakhi.com/) (kurde) mais il semblerait que le lien ne soit plus actif depuis quelque temps.


Le Yekîtî Nîstimanî Kurdistan/al-Ittihâd al-Watanî al-Kurdistânî (l'Union Patriotique du Kurdistan ou UPK, the Patriotic Union of Kurdistan ou PUK)



L'UPK (http://www.puk.org/) (anglais, arabe) est né d'une scission du leadership du PDK en 1975. Une partie des jeunes cadres du PDK, assez nettement influencés par le marxisme, ont alors fondé leur propre mouvement autour de Jalâl Talabânî. Les peshmergas de l'UPK ont également combattu aux côtés de la coalition en 2003. Le journal du parti est "al-Ittihâd" (http://www.alitthad.com/) (arabe). Le fait que le site ne soit pas disponible en kurde semble corroborer l'orientation "plus irako-irakienne" prise par Jalâl Talabânî depuis quelque temps : il est jusqu'à aujourd'hui président de la République irakienne.

Yekgistû Islâmî Kûrdistân/al-Ittihâd al-Islâmî al-Kûrdistânî (l'Union Islamique du Kurdistan ou UIK, the Kurdistan Islamic Union ou KIU)



L'UIK (http://kurdiu.org/) (kurde, arabe, anglais), fondée en 1994, est en pleine expansion. Dirigé par Salâh al-Dîn Bahâ’ al-Dîn, aux orientations islamistes réformistes et modérées, elle est un concurrent préoccupant pour le PDK et l'UPK et se développe particulièrement dans les milieux estudiantins et universitaires.

Les listes et coalitions victorieuses lors des élections du Majlis al-Nuwwâb (Conseil des Représentants) du 15 décembre 2005

La liste 730

Pour les élections du 15 décembre 2005, le numéro 730 a été attribué à la principale formation kurde par la Mufawwadiyya al-'Ulyâ al-Mustaqilla li-l-Intikhâbât fî-l-'Irâq (la Commission Electorale Indépendante en Irak, IECI en anglais) (http://www.ieciraq.org/Arabic/Frameset_Arabic.php) (arabe, anglais). La liste kurde a obtenu 53 sièges à l'assemblée des députés lors des élections du 15 décembre 2005. Elle comprend les deux grands partis kurdes ainsi que plusieurs petits partis :

Le PDK ;


L'UPK ;

Le Komaleh Islâmî Kûrdîstân/al-Jamâ'a al-Islâmîyya al-Kurdistâniyya (le Groupe Islamique du Kurdistan, Kurdistan Islamic Group) (http://www.komalah.org/) (arabe, persan, anglais), qui est dirigé par Mollah 'Alî Bapîr ;

Al-Hizb al-Chûyû'î al-Kurdistânî (le parti Communiste du Kurdistan, Kurdistan Communist Party), dirigé par Kamâl Châkir, qui est issu d'une scission du parti communiste irakien en 1993 ;

Le Hizbî Sûsîâlîst Dîmûqrâtî Kûrdîstân (le parti Démocratique Socialiste du Kurdistan, Kurdistan Socialist Democratic Party), dirigé par Muhammad Jahî Mahmûd ;

Le Hizb al-Ittihâd al-Dîmuqrâtî al-Kildânî (le parti Démocratique Uni Chaldéen, al-Kaldani Democratic United Party) ;

Le Hizb al-Ikhâ' al-Turkmânî – 'Irâq (le parti de la Fraternité Turkmène– Irak, Iraqi Turkman Brotherhood Party) ;

Le Partî Zametkeshanî Kurdistan/Hizb al-Kâdihîn al-Kurdistânî (le Parti des Prolétaires du Kurdistan, Kurdistan Toilers Party ou KTP) (http://www.ktp.nu/) (kurde). Etabli en 1985 par des membres du parti Démocratique Socialiste du Kurdistan, ce petit parti est dirigé par Qâdir 'Azîz. Son journal, "Jiyani Nwe" (http://www.ktp.nu/index-jyany-nwe.htm) (kurde), est disponible en ligne.



La liste 740

La liste assyrienne Râfidayn (litt. "les deux affluents" i.e. le Tigre et l'Euphrate) de Yonadam Yusuf Kana, porteuse du numéro 740, a obtenu un siège lors des élections du 15 décembre 2005.

La liste 561

Après avoir fait partie de la liste kurde pour les élections de janvier 2005, Al-Ittihâd al-Islâmî al-Kûrdistânî (UIK) s'en est retiré en novembre 2005, en contestant la prédominance du PDK et de l'UPK dans la politique kurde ; il a reçu le numéro 561. Il a obtenu 5 sièges au Majlis al-Nuwwâb (Conseil des Représentants).

La liste 630

Al-Jabha al-Turkomâniyya al-'Irâqiyya (le Front Turkmène Irakien, the Iraqi Turkmen Front), est une coalition de 26 partis turkmènes dont le Conseil du Chûrâ Turkmène (the Turkoman Shura Council) de Jalâl al-Khatîb, le parti national turkmène (the Iraqi Turkoman National Party) de Jamâl Shan, le parti Turkomaneli (the Turkomaneli Party) de Riyâd Sarî Kihyah et le Mouvement des Turkmènes Indépendants (the Independent Turkomans' Movement) de Kan'ân Châkir Aghali. Le parti a été fondé en 1995 avec l'appui de la Turquie et est principalement composé de Turkmènes sunnites. Il a obtenu un siège lors des élections de décembre 2005.

La liste 668

Al-Haraka al-Yazîdiyya li al-Islâh wa al-Taqaddum (le Mouvement Yézidi pour le Progrès et la Réforme, the Yezidi Movement for Progress and Reform) d'Amîn Farhân Jîbû a obtenu un siège aux dernières élections. Le Yézidisme est une confession qui reprend certains éléments du christianisme et de l'islam et dont la majorité des fidèles est en Irak. Les Yézidis ont parfois été stigmatisés à travers l'histoire comme les "Adorateurs du Diable" en raison du culte voué à l'ange déchu.



PDK

UPK

UIK

Les listes et coalitions victorieuses lors des élections du 15 décembre 2005