Fanny Lafourcade, Guide d’Irak-sur-Web Deuxième édition (26 novembre 2006)


Irak : les forces politiques

La visibilité des forces politiques irakiennes sur la toile est loin de refléter fidèlement la réalité du champ politique. Tout d'abord, elles ne disposent pas toutes d'un site Web. Ensuite, les forces politiques les plus significatives ne sont pas forcément les plus visibles. Enfin, la tâche de l'internaute est rendue encore plus difficile par la fragmentation du champ politique : des dizaines de forces politiques, apparues après la chute du régime de Saddam Hussein ou plus anciennes, forment entre elles des alliances électorales mouvantes, et sont souvent traversées elles-mêmes de forces centrifuges, et/ou ont des bras armés plus ou moins indépendants. Dès lors, Internet offre une vision fragmentaire du champ politique irakien et l'internaute doit posséder au préalable une grille d'analyse.

Pourquoi cette présence lacunaire sur le Web ? Plusieurs logiques sont à l'œuvre. Les partis et organisations politiques irakiennes issues de l'opposition politique à Saddam Hussein, ont passé plusieurs années en exil avant de revenir en Irak après 2003, et disposent souvent d’un site Internet. En effet, avant 2003, les sites Web, souvent (et parfois même exclusivement) en anglais, visaient à promouvoir leur cause : la" lutte contre la dictature baasiste". Ensuite, à leur retour en Irak en 2003, ces partis ont eu tendance à ne plus alimenter leurs sites Web pendant un certain temps. La communication politique, juste après la chute de l'ancien régime, se faisait alors largement au moyen de campagnes très locales d'affichages, d'information et de propagande, de distribution de tracts, mais aussi à travers la presse écrite, qui a explosé à la chute du régime baasiste. Les nouveaux partis politiques, qui se sont constitués après 2003, étaient alors très peu relayés sur le Web. Le mouvement sadriste, par exemple, pourtant une des premières forces politiques du pays, dispose d'un site Internet depuis 2005 seulement ; et encore celui-ci est-il très incomplet. Les forces politiques sunnites, initialement tenues à l'écart du processus politique, n'avaient pas, non plus, de sites Internet.

Les élections législatives du 15 décembre 2005 ont constitué un tournant majeur dans l'utilisation de l'outil Internet par les forces politiques irakiennes. Afin d’obtenir un maximum de sièges au Majlis al-Nuwwâb (Conseil des Représentants), les stratégies de communication se sont sophistiquées et ont pris en compte la toile. Des listes, qui regroupaient en général plusieurs forces politiques, se sont alors dotées d'un site Internet ; dans le même temps, les partis politiques réalimentaient leurs sites, et d'autres en créaient un. A l'heure actuelle, le lecteur (surtout arabophone) peut trouver une mine d'informations sur la toile : discours des dirigeants, programmes politiques, etc. Les sites d'informations et certains think tanks et centres de recherche ont également relayé une partie de la campagne électorale (discours politiques, affiches, programmes) (voir plus haut).

Mais ce processus n'en est qu'à ses débuts. Si la plupart des forces politiques irakiennes réalisent l'importance du Web comme outil de communication, les niveaux de sophistication sont assez variés. L'information disponible est souvent fragmentaire. Les partis les plus petits, qui ont le plus besoin de se faire connaître, ou bien au contraire ceux qui ont le plus de moyens sont les plus visibles sur la toile. Mais de nombreuses forces politiques majeures y sont encore absentes.

La question de la langue utilisée n'est pas anodine. Ainsi, l'utilisation de l'anglais témoigne d'une volonté manifeste de communiquer en direction de l'occident ; un site uniquement en arabe est ainsi dirigé vers un public local ou régional ; un site en anglais uniquement ne vise pas le public irakien de manière prioritaire.