Guides de la recherche-sur-Web Deuxième édition (4 mars 2008)


Guide d'Arabie saoudite-sur-Web

François Madrieti, fonctionnaire et enseignant à Sciences Po Paris

Pascal Ménoret, auteur de L'Enigme saoudienne. Les Saoudiens et le monde, 1744-2003, Paris, La Découverte, 2003



Internet en Arabie saoudite

Si l’on en croit les statistiques établies par la CIA dans son World Factbook (https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2153rank.html) (anglais), l’Arabie saoudite pointe au 41ème rang mondial en nombre d’internautes, avec près de 4,7 millions d’usagers. Le Royaume devance ainsi l’ensemble des pays arabes, à l’exception de l’Égypte (35ème rang, avec 5 millions d’internautes) et du Maroc (33ème rang, 6,1 millions). Ces chiffres sont ceux que l’on trouve également sur le site hébergé en Suisse de l’Union internationale des télécommunications (http://www.itu.int/ITU-D/ICTEYE/Indicators/Indicators.aspx#) (anglais), ainsi que sur le site américain Internet World Stats (http://www.internetworldstats.com/middle.htm#sa) (anglais). Aujourd’hui, l'Etat saoudien est confronté à son tour à la “vague internet” : le nombre d’internautes a augmenté de 50 % depuis 2006, et un(e) saoudien(ne) sur 3 est désormais connecté(e) au web.

Même si les autorités saoudiennes n’ont autorisé l’accès à la toile dans le Royaume que tardivement, elles ont néanmoins fait preuve d’une relative souplesse dans la gestion de cet outil difficile à contrôler, et qui représente naturellement une menace potentielle pour un Etat autoritaire. Parmi les voisins arabes, l’exemple syrien, analysé par Sylvia Chiffoleau dans son Guide de Syrie-sur-Web (http://www.mom.fr/guides/syrie/syrie001.htm) (français), est à cet égard révélateur.

C’est en 1994 que fut établie la première connexion à internet en Arabie saoudite, mais il fallut attendre encore trois ans avant que la population saoudienne soit effectivement autorisée à intégrer le réseau mondial. Ce délai est dû en grande partie à la mise en place d’un cadre législatif et technique (notamment un pare-feu à grande échelle) permettant aux autorités d’exercer un contrôle relativement efficace sur l’utilisation d’internet. Créée en 1995, l’Internet Services Unit (ISU) (http://www.isu.net.sa) (anglais, arabe) de la King Abdulaziz City for Sciences and Technonlogies (KACST) (http://www.kacst.edu.sa) (anglais, arabe) gérait jusqu’en 2006 la distribution et le contrôle de l’ensemble des services internet, en liaison avec la compagnie nationale Saudi Telecom (http://www.stc.com.sa/cwsPortal/cws.portal) (anglais, arabe) et les 21 opérateurs privés (http://www.isu.net.sa/saudi-internet/local-information/All-isps.htm) (anglais, arabe) autorisés à fournir des accès internet sur le territoire national. En 2006, le gouvernement a transféré ses compétences (contrôle et censure) à la Communications & Information Technology Commission (CITC) (http://www.citc.gov.sa) (anglais, arabe).

Il existe plusieurs rapports très complets sur le processus de diffusion, de contrôle et de censure de l’internet en Arabie. Quoique datant de 2004, l’étude publiée par le programme Open Net Initiative (http://www.opennetinitiative.net/studies/saudi/) (anglais), associant notamment les universités d’Oxford et de Cambridge, reste une source incontournable, qui présente les résultats exhaustifs d’une enquête menée entre 2002 et 2004 sur près de 60 000 URLs. On pourra consulter également le Country Report 2006 (http://opennet.net/research/profiles/saudi-arabia) (anglais) du même site, plus synthétique mais actualisé. Le site propose aussi un outil très utile, “Search for Blocked Sites”, (http://opennet.net/research/uri-search) (anglais) qui permet de vérifier si une URL est bloquée ou non à partir du territoire saoudien. L’internaute trouvera également dans le rapport de The Initiative for an Open Arab Internet (http://openarab.net/en/reports/net2006/saudi/shtml) (anglais, arabe) des informations précieuses sur le paysage internet saoudien. Enfin, le site de Reporters sans Frontières (http://www.rsf.org/une_pays-34.php3?id_mot=359&Valider=OK) (français) consacre un paragraphe à internet dans son dernier rapport annuel consacré à l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite fait partie des pays qui assument dans une certaine mesure la censure du web. Les filtres saoudiens indiquent clairement aux internautes que certaines pages sont interdites par les autorités et invitent même les internautes à signaler toute page suspecte à l’organe de la censure. Les règles qui régissent la censure sont mêmes consultables en ligne, sur le site de l’Internet Services Unit (ISU) (http://www.isu.net.sa/saudi-internet/contenet-filtring/filtring.htm) (anglais, arabe). On y apprend que les sites prohibés sont d’abord ceux qui proposent des contenus pornographiques. Mais les interdictions touchent également les sites de l’opposition politique, les publications israéliennes ou celles traitant de l’homosexualité. Par ailleurs, le système de filtrage donne souvent lieu à une censure approximative, et des sites sans contenu “dangereux” se retrouvent bloqués. Quelquefois, comme en Chine, le blocage de sites – notamment politiques – est déguisé en problème technique. C’est le cas par exemple du site des Frères musulmans saoudiens, Al-Ahrar (http://www.ala7rar.net) (arabe), qui apparaît et disparaît au gré des humeurs du censeur.

Dans un pays où la liberté d’expression reste sévèrement restreinte, les blogs posent également problème aux autorités. En 2005, ces dernières ont tenté de bloquer complètement l’accès au principal outil de blog du pays, blogger.com (https://www.blogger.com) (français, anglais, arabe). Elles sont revenues quelques jours plus tard sur cette décision et censurent désormais uniquement les blogs qui les dérangent. Par exemple, en juin 2006, ils ont ajouté à leur liste noire le journal intime de “Saudi Eve” (http://eveksa.blogspot.com/) (anglais et arabe), une jeune femme qui osait parler de sa vie amoureuse et critiquer la politique de censure du gouvernement. Les bloggeurs qui abordent des questions politiques sont l’objet d’intimidation de la police politique : convocations, détentions de courte durée, passages à tabac. L’un d’eux, Fouad Farhan, a été arrêté le 11 décembre 2007 et n’a toujours pas été relâché fin janvier 2008.

Enfin, pour une utilisation optimale du présent guide, il faut souligner ici une particularité du web saoudien, qui apparaît d’ailleurs comme la translation dans l’univers virtuel d’internet d’un trait saillant de la réalité sociale et politique saoudienne. Le Royaume est, en effet, caractérisé par un faible degré d’institutionnalisation, dans le champ tant social que politique. Même si cette spécificité tend à s’estomper, elle reste pertinente. Le web saoudien la reproduit et s’apparente donc à un espace malléable et informel, très largement dominé par les structures de type forums de discussion, pages personnelles ou blogs, qui naissent et meurent au gré de l’intérêt que leur portent les internautes (et les censeurs) saoudiens. Cette particularité se traduit aussi en termes linguistiques : souvent, seuls les sites institutionnels et officiels proposent une version en langue anglaise, mais l’essentiel du web saoudien, en 2007, parle majoritairement l’arabe.