Jean-François Legrain Édition du 17-juin-04
 

Premiers commentaires sur le corpus des hommes revendiqués par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa

Un ensemble non restreint aux seules Brigades

Les auteurs des rubriques « dirigeants détenus », « bannis » et « martyrs » des sites Internet de la mouvance des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa ont, à l'évidence, inclus des éléments venant d'au-delà des strictes limites du groupe, limites chronologiques et limites organisationnelles.

L'insertion de « martyrs » tombés avant même l'explosion de l'Intifada Al-Aqsa et leur propre création renvoie à la construction par les Brigades de leur propre généalogie. Leurs racines plongent, ainsi, tant dans la lutte de Fath des origines, avec Abû Jihâd (AM), l'un de ses fondateurs en charge de la mobilisation dans les territoires occupés éliminé le 18 avril 1988, que dans la mise en place des « groupes de choc » de la première Intifada, avec Ahmad Abû Al-Rîch (AM), l'un des chefs des Faucons de Fath éliminé en novembre 1993, et dans l'Intifada de l'automne 1996 contre l'ouverture du tunnel le long de la mosquée Al-Aqsa, avec Achraf Mahdî (KQ), un jeune de Bayt Lahyâ (Gaza-nord) tué dans la répression des manifestations. Ces racines sont, par ailleurs, mentionnées dans les communiqués du mouvement de même que dans la rubrique des « Immortels » de AM.

Les martyrologes des Brigades franchissent également leurs strictes limites organisationnelles. Certains de leurs éléments, d'une part, ont vraisemblablement opéré dans le cadre de Fath sans appartenir pour autant aux Brigades stricto sensu ; certains, d'ailleurs, sont connus pour leur implication dans les activités de tel ou tel cadre de mobilisation armée propre à Fath mais différent des Brigades ; d'autres appartenaient bien à Fath mais n'ont, peut-être, eu aucun engagement particulier dans le soulèvement. Certains éléments de ces martyrologes, d'autre part, étaient connus pour appartenir à des organisations autres que Fath et les Brigades ; impliqués dans des opérations communes avec ces dernières, leur portrait a été intégré dans les galeries de « martyrs » sans mention particulière de leur appartenance organisationnelle d'origine. D'autres, enfin, ne figurent ici que pour un acte jugé exemplaire, telle Rachel Corrie, cette citoyenne américaine bouclier humain écrasée par un char.

Fath est ainsi conçu par les auteurs des sites Internet des Brigades comme un tout dont ils peuvent se réclamer. Des membres du Mouvement de libération nationale palestinienne, dont les activités au sein des Brigades n'ont jamais été précisées ni prouvées, ont, en effet, été inclus dans les diverses rubriques. Marwân Al-Barghûthî, secrétaire général du Haut comité Fath de Cisjordanie, ou encore Husâm Khadr, membre du Conseil législatif, élu du camp de Balâta près de Naplouse, figurent, par exemple, parmi les « dirigeants détenus ». Parmi les « martyrs » est également mentionné le général Râjih Abû Lahyâ, assassiné le 7 octobre 2002 en prix du sang par la famille d'une des victimes de la répression qu'il avait dirigée contre une manifestation emmenée par Hamas un an plus tôt.

Les martyrologes incluent également certains membres de groupes armés relevant de l'orbe de Fath mais différents des Brigades, sans nécessairement signaler cette différence.

Les Lijân Al-Muqâwama Al-Cha'biyya (« Comités de résistance populaire »), une coalition des organisations nationalistes et islamistes propre à la Bande de Gaza placée sous l'initiative de Fath, et leur aile militaire, les Alwiyya Nâsir Salâh Al-Dîn (« Brigades Nâsir Salâh Al-Dîn ») voient , par ailleurs, certains de leurs membres bien connus figurer dans ces galeries et communiqués comme Ismâ'îl Abû Al-Qumsân (AM), 'Alî Muhannâ et Muhammad Salâh, tous trois du camp de Jabâlyâ et éliminés le 31 décembre 2001 ; il ne s'agit, cependant, que de quelques individus quand une liste plus nombreuse figure sur le site propre de la formation (http://www.moqawmh.com/) dont l'URL apparaît dans la barre de navigation de KQ.

Les Katâ'ib Al-Chahîd Abû Al-Rîch (« Brigades du martyr Abû Al-Rîch »), un autre groupe militaire de l'orbe de Fath à Gaza dont certains des communiqués ont été ponctuellement reproduits par AM, voient figurer dans ces martyrologes trois de leurs membres de Khân Yûnis : Mahmûd Jâsir (AM) (tué dans un bombardement de sa caserne le 22 août 2001), 'Arif Harzallâh (KQ, AM) (tué alors qu'il surveillait une incursion le 8 mars 2002), et Ihâb Khalaf (AM) (mort au combat lors d'une incursion le 7 octobre 2002).

Les Talâ'i' Al-Jaych Al-Cha'bî-Katâ'ib Al-'Uda (« Avant-gardes de l'armée populaire-Brigades du retour »), un groupe Fath de Naplouse sans doute fondé par Ahmad Hmaydân, colonel de la Sécurité préventive (éliminé le 10 avril 2002), puis intégré aux Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, bénéficie d'une forte présence. Bien que l'URL de leur site propre (http://www.kataebalawda.org/) n'ait jamais figuré dans les barres de navigation des sites de la mouvance des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (à la différence des Comités de résistance populaire), certains de ses communiqués ont été reproduits par AM. Plusieurs de leurs membres figurent dans leurs galeries en sus d'Ahmad Abû Fâdî Hmaydân (KQ, KQ1COM et AM) : Ahmad Jûd Allâh et 'Alâ' Khudayriyya (morts au combat le 27 octobre 2002) (KQ, KQ1COM et AM) ; Jâbir Taha Ghafarî (victime, semble-t-il, le 11 mars 2003, d'une vengeance familiale suite à l'assassinat d'un « collaborateur » qu'il avait commis en 1988 alors qu'il appartenait aux Panthères noires, un « groupe de choc » de Fath) (KQ et AM) ; Muhammad Al-Sâbir (tué lors d'une incursion le 19 février 2003) (KQ et AM).

Dans certains cas, quoique appartenant à une autre organisation que les Brigades, des « martyrs » décédés lors d'une opération montée en collaboration avec elles ou éliminés en compagnie d'un de leurs membres figurent dans le martyrologe sans identification particulière. On peut ainsi relever la mention de : Sâlim Dar'âwî, membre du FPLP (tué le 13 juillet 2001 en compagnie d'Ibrâhîm Al- Wahâdna) (AM, KQ) ; Mustafâ Abû Sariyya, membre du MJIP (décédé le 27 novembre 2001 en compagnie de 'Abd Al-Karîm Abû Al-Nâ'isa dans une opération sans espoir) (KQ) ; Ibrâhîm Jarbû', membre du FDLP, et Ayman Al-Bahdarî, membre du FPLP (éliminés le 4 février 2002 avec trois autres militants des Brigades) (communiqué) ; ou encore Ahmad Abû 'Awn, membre du Parti du Peuple palestinien (mort le 24 avril 2002 dans des circonstances troubles en compagnie d'Ihâb et d'Ibrâhîm Al-Mabhûh) (AM, KQ et KQ1COM).

Les martyrologes des Brigades font également état de l'auteur de l'opération du 12 décembre 2001 contre la colonie d'Emmanuel, Ayman Muhammad (ou 'Asim Rîhân selon les sources) (AM, KQ, KQ1COM et Qui sommes-nous ?) une opération dont elles disputent la paternité aux Brigades 'Izz Al-Dîn Al-Qassâm de Hamas.

Un ensemble diversifié selon l'origine géographique de ses éléments

Selon la géographie de leur origine, le corpus des 369 individus mentionnés comme « martyrs » dans les rubriques que leur ont consacrées KQ, AM, KQ1COM et MS, dans le « Qui sommes-nous ? » des sites et dans les différents communiqués militaires du groupe, rapporté à la population générale, traduit certaines différences. Globalement, le rapport Cisjordanie/Bande de Gaza est analogue entre les deux groupes (63,5 % et 36,5 % pour la population, 57,7 % et 39,6 % pour les Brigades). De fortes disproportions apparaissent, en revanche, à l'intérieur de chacune des deux régions.

Pour la Cisjordanie, le centre est ainsi quasi absent du corpus des Brigades (19,5 % contre 2,2 %) ; le sud y est relativement sous-représenté (18,6 % contre 12,2 %) quand le nord est considérablement sur-représenté (25,5 % contre 43,4 %). Ces sous-ensembles présentent, à leur tour, une forte diversification interne. Au sud, une forte sur-représentation de Bethléem chez les Brigades (4,7 % contre 10,6 %) se fait au détriment d'Hébron (13,9 % contre 1,6 %). Au nord, Naplouse (8,8 % contre 19,8 %) mais aussi Jénine (6,8 % contre 10 %) et Tûlkarm (4,5 % contre 7,3 %) écrasent les autres gouvernorats dans le corpus des Brigades.

Pour la Bande de Gaza, la sur-représentation de Rafah (4,4 % contre 11,4 %) et de Gaza-nord (6,9 % contre 11,9 %) dans les rangs des Brigades se fait principalement au détriment de Gaza-ville (12,9 % contre 6,5 %).

 
Population générale 2002
Les "martyrs"
Effectif total des sites
KQ
AM
Bethléem
165951
4,7%
39
10,6% 100,0% 33 16,0% 84,6% 34 11,6% 87,2%
Hébron
495067
13,9%
6
1,6%
100,0%
4
1,9%
66,7%
4
1,4%
66,7%
Cisjordanie Sud
661018
18,6%
45
12,2%
100,0%
37
18,0%
82,2%
38
13,0%
84,4%
Jéricho
40053
1,1%
0
0,0%
100,0%
0
0,0%
-
0
-
100,0%
Jérusalem
388444
10,9%
3
0,8%
100,0%
2
1,0%
66,7%
3
1,0%
100,0%
Ramallah
263956
7,4%
5
1,4%
100,0%
3
1,5%
60,0%
4
1,4%
80,0%
Cisjordanie centre
692453
19,5%
8
2,2%
100,0%
5
2,4%
62,5%
7
2,4%
87,5%
Jénine
242603
6,8%
37
10,0%
100,0%
26
12,6%
70,3%
27
9,2%
73,0%
Naplouse
312241
8,8%
73
19,8%
100,0%
52
25,2%
71,2%
63
21,6%
86,3%
Qalqîlyâ
88779
2,5%
10
2,7%
100,0%
3
1,5%
30,0%
7
2,4%
70,0%
Salfît
58913
1,7%
5
1,4%
100,0%
1
0,5%
20,0%
4
1,4%
80,0%
Tûbâs
44283
1,2%
8
2,2%
100,0%
5
2,4%
62,5%
5
1,7%
62,5%
Tûlkarm
160306
4,5%
27
7,3%
100,0%
15
7,3%
55,6%
20
6,8%
74,1%
Cisjordanie nord
907125
25,5%
160
43,4%
100,0%
102
49,5%
63,8%
126
43,2%
78,8%
Cisjordanie
2260596
63,5%
213
57,7%
100,0%
144
69,9%
67,6%
171
58,6%
80,3%
Gaza nord
244250
6,9%
44
11,9%
100,0%
23
11,2%
52,3%
38
13,0%
86,4%
Gaza ville
459045
12,9%
24
6,5%
100,0%
12
5,8%
50,0%
20
6,8%
83,3%
Dayr Balah
188292
5,3%
17
4,6%
100,0%
6
2,9%
35,3%
12
4,1%
70,6%
Khân Yûnis
252726
7,1%
19
5,1%
100,0%
7
3,4%
36,8%
17
5,8%
89,5%
Rafah
155090
4,4%
42
11,4%
100,0%
14
6,8%
33,3%
31
10,6%
73,8%
Bande de Gaza
1299403
36,5%
146
39,6%
100,0%
62
30,1%
42,5%
118
40,4%
80,8%
Divers
0
0,0%
10
2,7%
100,0%
0
0,0%
-
3
1,0%
30,0%
Total
3559999
100,0%
369
100,0%
100,0%
206
100,0%
55,8%
292
100,0%
79,1%

 

 
KQ1COM
MS
"Qui sommes-nous?"
Communiqués non repris dans les galeries  
Bethléem
11 7,6% 28,2% 5 13,9% 12,8%
3
12,5%
7,7%
4
6,0%
10,3%
Hébron
3
2,1%
50,0%
1
2,8%
16,7%
0
0,0%
-
2
3,0%
33,3%
Cisjordanie Sud
14
9,7%
31,1%
6
16,7%
13,3%
3
12,5%
6,7%
6
9,0%
13,3%
Jéricho
0
0,0%
-
0
0,0%
-
0
0,0%
-
0
0,0%
-
Jérusalem
2
1,4%
66,7%
0
0,0%
-
1
4,2%
33,3%
0
0,0%
-
Ramallah
4
2,8%
80,0%
1
2,8%
20,0%
2
8,3%
40,0%
1
1,5%
20,0%
Cisjordanie centre
6
4,2%
75,0%
1
2,8%
12,5%
3
12,5%
37,5%
1
1,5%
12,5%
Jénine
19
13,2%
51,4%
7
19,4%
18,9%
6
25,0%
16,2%
6
9,0%
16,2%
Naplouse
42
29,2%
57,5%
16
44,4%
21,9%
6
25,0%
8,2%
8
11,9%
11,0%
Qalqîlyâ
1
0,7%
10,0%
1
2,8%
10,0%
0
0,0%
-
3
4,5%
30,0%
Salfît
1
0,7%
20,0%
0
0,0%
-
0
0,0%
-
1
1,5%
20,0%
Tûbâs
4
2,8%
50,0%
1
2,8%
12,5%
0
0,0%
-
3
4,5%
37,5%
Tûlkarm
9
6,3%
33,3%
3
8,3%
11,1%
2
8,3%
7,4%
7
10,4%
25,9%
Cisjordanie nord
76
52,8%
47,5%
28
77,8%
17,5%
14
58,3%
8,8%
28
41,8%
17,5%
Cisjordanie
96
66,7%
45,1%
35
97,2%
16,4%
20
83,3%
9,4%
35
52,2%
16,4%
Gaza nord
16
11,1%
36,4%
1
2,8%
2,3%
0
0,0%
-
5
7,5%
11,4%
Gaza ville
9
6,3%
37,5%
0
0,0%
-
2
8,3%
8,3%
3
4,5%
12,5%
Dayr Balah
6
4,2%
35,3%
0
0,0%
-
0
0,0%
-
5
7,5%
29,4%
Khân Yûnis
4
2,8%
21,1%
0
0,0%
-
1
4,2%
5,3%
2
3,0%
10,5%
Rafah
12
8,3%
28,6%
0
0,0%
-
1
4,2%
2,4%
11
16,4%
26,2%
Bande de Gaza
47
32,6%
32,2%
1
2,8%
0,7%
4
16,7%
2,7%
26
38,8%
17,8%
Divers
1
0,7%
10,0%
0
0,0%
-
0
0,0%
-
6
9,0%
60,0%
Total
144
100,0%
39,0%
36
100,0%
9,8%
24
100,0%
6,5%
67
100,0%
18,2%

Ces disproportions manifestées par chacun des corpus selon l'origine géographique de leurs éléments n'ont, cependant, jamais été figées (voir, en annexe, la Statistique sur les « martyrs » des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa selon l'origine géographique et la date de leur décès).

Un ensemble diversifié selon les  sous-ensembles

Les 6 sous-ensembles pris en compte témoignent de différences telles, en terme de nombre d'éléments, de date et de mode de constitution, que toute comparaison doit se faire avec les plus grandes précautions.

Seuls KQ et AM ont été constitués sur l'ensemble de la période couverte, soit deux années (de même que le groupe des communiqués mais ne figurent dans ce sous-corpus que les noms de ceux qui sont ignorés des autres). Le « Qui sommes-nous ? », MS et KQ1COM sont, quant à eux, des clichés ponctuels, et très précoces en ce qui concerne les deux premiers. KQ offre lui-même un nombre d'individus (206) qui n'équivaut qu'aux deux tiers seulement de celui des « martyrs » de AM (292). Les « martyrs » de KQ ne constituent ainsi que 55,8 % de l'ensemble du corpus quand ceux de AM en représentent 79,1 %.

Par ce poids, l'identité de AM ne s'éloigne guère des traits déjà soulignés de l'ensemble du corpus. KQ et AM, en revanche, affichent certaines différences entre eux. Si AM privilégie légèrement la Bande de Gaza (36,5 % de la population générale contre 40,4 %), KQ accorde une meilleure attention à la Cisjordanie (63,5 % contre 69,9 %) par un traitement de faveur offert à Bethléem (4,7 % contre 16 %) et à Naplouse (8,8 % contre 25,2 %). KQ1COM, bien que moins riche, présente de façon générale de fortes similitudes avec KQ.

MS, typique des équilibres observés chez KQ (voir KQ1) et AM (voir AM1) à l'époque de sa courte existence, ignore quasiment la Bande de Gaza et privilégie Naplouse et Jénine.

Un intéressant inventaire peut être dressé aux alentours de la fin mars 2002, date à laquelle nous pouvons croiser quatre sources Internet différentes : le « Qui sommes-nous », dont le témoignage le plus ancien que j'ai recueilli remonte au 29 mars (et dont le « martyr » le plus récent avait trouvé la mort le 8 mars 2002) ; les pages consacrées aux « martyrs » de KQ1 (en incluant ses ultimes mises à jour du 28 mars) et de AM1 (dans l'état de sa mise en ligne du 2 avril) ; les photos de « martyrs » des bandeaux de MS (avec ses mises à jour d'avril). Les quelque « martyrs » cités dans l'une ou l'autre source ayant trouvé la mort après le 28 mars ont été supprimés de mon analyse.

En croisant ces différentes sources, une liste de 56 individus peut ainsi être constituée. Des différences considérables se font jour néanmoins selon les sources : MS en connaît 32, quand AM en compte 42 et KQ 40. Le « Qui sommes-nous » n'en connaît que 24. Huit seulement parmi ces 56 « martyrs » sont alors reconnus à l'unanimité (Husayn 'Ubayyât, éliminé le 9 novembre 2000 ; 'Ahid Fâris Hindiyya, mort au combat le 22 août 2001 ; 'Atif 'Ubayyât, éliminé le 18 octobre 2001; Majdî Jarâdât et 'Ikrima Istîtî, éliminés le 6 novembre 2001 ; Râ'id Al-Karmî, éliminé le 14 janvier 2002; 'Abd Al-Salâm Hasûna, mort au combat sans espoir le 17 janvier 2002 et Wafâ' Idrîs, morte dans un attentat suicide le 27 janvier 2002). On peut donc en conclure que ces huit individus formaient à à la fin mars 2002 le plus haut du panthéon du groupe tel qu'il pouvait s'exprimer sur Internet.

La comparaison entre les photos reproduites à cette date par les trois sites Internet apparentés aux Brigades ne donne pas d'enseignement probant sur une idéologie ou un enracinement régional qui les distinguerait entre eux.

Une ligne de partage, en revanche, distingue les trois sites pris comme un tout du « Qui sommes-nous » : presque la moitié des individus cités dans le texte (soit 11) n'ont eu droit, à pareille époque, à une quelconque photo sur les rubriques et bandeaux des sites consacrés aux « martyrs ». Face aux sites (qui, pourtant, le reproduisent) le texte affiche donc bien une identité à travers la construction politique d'une historiographie propre.

La première évidence est l'inclusion voulue par le « Qui sommes-nous » de Gaza puisque 5 de ses 11 « martyrs » en sont originaires : Jamâl 'Abd Al-Râziq, éliminé le 22 novembre 2000 ; 'Abd Al-Mu'tî Al-Sab'âwî, tué en désamorçant une bombe le 18 décembre 2000 ; Mas'ûd 'Ayyâd, éliminé le 13 février 2001 ; Ibrâhîm Hasûna, mort au combat le 5 mars 2002 (membre de la police navale, il était en poste dans le camp de Balâta mais venait du camp de Jabâlyâ) ; et Ahmad Mufarraj, mort le 8 mars 2002.

Le « Qui sommes-nous » est également le seul à cette époque à inclure le nom de très hauts responsables militaires ou civils palestiniens. Il mentionne ainsi le général 'Abd Al-Mu'tî Al-Sab'âwî, directeur adjoint pour la Bande de Gaza de la police pour les opérations, la planification et l'organisation (Ghâzî Jabalî) (membre par ailleurs du Conseil révolutionnaire Fath), et le général Ahmad Mufarraj, chef de la sécurité nationale pour le sud de la Bande de Gaza, ainsi que le lieutenant colonel de la Force 17 Mas'ûd 'Ayyâd. Il est également le seul, toujours à cette époque, à citer un haut responsable politique avec Thâbit Thâbit, éliminé le 31 décembre 2000 ; médecin, il avait obtenu un poste de directeur général au « ministère » de la Santé et exerçait les fonctions de secrétaire général de Fath pour la région de Tûlkarm.

Si certains de ces « martyrs » mentionnés par le « Qui sommes-nous » intègreront plus tard les galeries de portraits alimentées par les sites, d'autres en demeureront, cependant, absents (au moins jusqu'à la fin 2003). Jamâl 'Abd Al-Râziq (le 9 août 2002 sur AM et le 3 décembre 2002 sur KQ), Thâbit Thâbit (le 9 août sur AM et le 11 octobre 2002 sur KQ) et Ibrâhîm Hasûna (le 17 novembre 2002 sur AM et le 15 novembre 2002 sur KQ) entreront ainsi dans les galeries de AM et de KQ (KQ1COM s'alignant sur KQ). KQ (comme KQ1COM à son époque), en revanche, à la différence de AM, continuait à la fin 2003 à ignorer le général 'Abd Al-Mu'tî Al-Sab'âwî et le lieutenant-colonel Mas'ûd 'Ayyâd (intégrés le 18 septembre 2002 par AM) ainsi que le général Ahmad Mufarraj (intégré par AM le 7 mars 2003).

L'examen de ces historiographies en cours de construction permet ainsi de mettre au jour les questions controversées qui n'ont pas fait l'objet d'un consensus entre les tendances. Faute d'un accord sur l'articulation entre les Brigades et Fath, et par voie de conséquence l'Autorité d'autonomie que le mouvement contrôle, certaines historiographies incluent ainsi les politiques et les militaires de haut rang quand d'autres s'y refusent. Tandis qu'en Cisjordanie la lutte armée se mène au nom des Brigades dès le début de l'Intifada, la revendication d'opérations militaires, au nom de ces mêmes Brigades, à Gaza n'interviendra que tardivement d'où la présence ou l'absence de « martyrs » de Gaza selon les corpus.

Lorsqu'on prend en compte l'ensemble des éléments du corpus des « martyrs » et des sources, une statistique peut être faite sur le nombre de citations du nom de chacun (présence d'un portrait dans la rubrique des « martyrs » de KQ et de AM, qualification de qâ'id, présence dans le bandeau de droite de KQ3 et dans son bandeau de gauche, présence dans le bandeau de KQ1COM). Les « martyrs » les plus cités peuvent alors sans aucun doute être considérés comme ayant joué un rôle de tout premier plan au sein des Brigades. Cinq figurent dans l'ensemble des cas: Râ'id Al-Karmî (Tûlkarm), 'Atif et Husayn 'Ubayyât (Bethléem), Marwân Zallûm (Hébron), Jihad Al-'Ammârîn (Gaza). Trois autres bénéficient de 5 citations : Thâbit Thâbit (Tûlkarm), Mahmûd Al-Tîtî (Balâta) et 'Alâ' Sabbâgh (camp de Jénine). Ahmad Hmaydân (Naplouse) complète la liste, avec 4 citations. Tous figuraient dans les bandeaux de KQ3. Tous ont été éliminés par Israël, sauf Ahmad Hmaydân. Tous feront l'objet d'étude ci-après.





  • Un ensemble non restreint aux seules Brigades

  • Un ensemble diversifié selon l'origine géographique de ses éléments

  • Un ensemble diversifié selon les sous-ensembles