Jean-François Legrain Édition du 17-juin-04
 

C - Brigades des martyrs d'Al-Aqsa : les hommes

Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa se donnent à connaître à travers leurs communiqués mais également à travers le nom de leurs membres allégués, qu'ils soient décédés, détenus ou bannis. Parmi leurs membres actifs dans la clandestinité, le nom (ou simplement le nom de guerre) de trois seulement est donné par les sites du groupe : Hâjj Abû Ahmad, qui serait le fondateur et le commandant en chef des Brigades, Abû Mujâhid, un porte-parole de Naplouse, et Zakâryâ Al-Zubaydî, le chef des Brigades dans le camp de Jénine en 2003.

Dès la période mandataire, tous ceux qui sont morts pour la Palestine ont été qualifiés par les diverses historiographies, « laïques » comme « religieuses », de « martyrs » (chahîd, chuhadâ' au pluriel). Le terme est issu de la racine qui renvoie à la notion de témoignage et de profession de foi (la chahâda, ou profession de foi musulmane, en provient). Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa s'insèrent dans cette grande tradition et confèrent donc le titre de « martyr » à chacun de leur membre décédé. Obtenir cette qualification pour la personne décédée n'est pas anodin pour sa famille qui peut alors prétendre à un « dédommagement » voire même une pension (équivalente au dispositif mis en place pour nos « anciens combattants ») ; pour le calcul de l'indemnité, une distinction est faite par certains entre le simple « martyr » et l'auteur d'une « opération martyre » ('amaliyya istichhâdiyya), ces « opérations-suicides » ou « actes de kamikaze » de la presse internationale.

A chacune des époques de la lutte nationale palestinienne, de véritables « martyrologes » ont été rédigés témoignant, par le choix des individus retenus, d'historiographies aussi diverses que leurs auteurs. Ces recueils biographiques peuvent s'organiser dans le cadre d'une période chronologique donnée (l'Intifada de 1936, la Nakba de 1948, l'Intifada de 1987, etc.), mais aussi dans des limites géographiques (les « martyrs » d'Hébron à travers le siècle, par exemple) ou autour d'une affiliation organisationnelle. En ce qui concerne les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, les martyrologes se situent ainsi dans le cadre d'historiographies qui croisent l'affiliation organisationnelle et la chronologie, l'Intifada Al-Aqsa.

Dans tous les cas de figure, des limites à l'exhaustivité sont la plupart du temps observées. Elles peuvent n'être que la traduction de banals défauts de la documentation mais elles peuvent aussi renvoyer à des partis pris idéologiques, politiques, religieux, claniques ou familiaux, localistes, etc. Après avoir dressé un inventaire des sources aussi exhaustif que possible, l'historien se doit donc d'en identifier les éléments pertinents puis de les traiter pour caractériser l'historiographie ou les historiographies qui leur sont sous-jacentes.

Une même méthode se doit d'être utilisée dans l'approche des listes des « dirigeants détenus », ces prisonniers que le mouvement proclame comme siens, au risque d'alourdir leur acte d'accusation.

Etudier l'historiographie de tel ou tel groupe ou événement ne repose jamais sur une exhaustivité définitive : de nouvelles analyses de la Nakba de 1948, par exemple, sont encore aujourd'hui périodiquement publiées, et ces analyses doivent donc être intégrées au long travail cumulatif de l'histoire en construction. La difficulté propre à l'étude du contemporain le plus récent tient non seulement à la réalité d'une historiographie encore « chaude », le processus venant tout juste de commencer, mais aussi à son contenu en perpétuel enrichissement : concernant les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, de nouveaux « martyrs » continuent à tomber et des dirigeants sont régulièrement arrêtés. Cette partie de mon étude prendra en compte les « martyrs » et prisonniers qui figurent soit dans les communiqués militaires soit dans les rubriques qui leur sont consacrées par les sites Internet de la mouvance pour la période s'achevant à la fin 2003.





  • Construire le corpus des hommes revendiqués par les Brigades

  • La construction du corpus des hommes revendiqués par les Brigades

  • Premiers commentaires sur le corpus des hommes revendiqués par les Brigades