Jean-François Legrain Édition du 17-juin-04
 

B - Brigades des martyrs d'Al-Aqsa : les communiqués

Durant la première Intifada (1987-1994), les communiqués des diverses structures politiques et  forces actives  sur le terrain étaient quasi exclusivement diffusés sous la forme de tracts qui constituèrent le vecteur principal de la mobilisation, à laquelle contribuèrent également les graffitti sur les murs ([3]). L'assujettissement de la mobilisation sur le terrain de l'ensemble des catégories de la société à des objectifs politiques précis impliquait, en effet, la diffusion périodique de rappels de ces objectifs, de consignes visant à matérialiser la mobilisation au nom de ces principes et de calendriers des activités retenues. A cette époque, le tract appartenait encore au monde antérieur à l'usage universel de l'informatique et de la communication virtuelle. A l'exception de certains des plus tardifs composés sur ordinateur, tous ces tracts étaient, en effet, tapés à la machine à écrire (certains même étaient manuscrits) puis photocopiés ou ronéotés et distribués via les réseaux clandestins de militants à travers tous les territoires. Les fax, alors peu répandus en Cisjordanie et à Gaza, furent par ailleurs rapidement interdits par l'occupant et leur usage fut ainsi encore plus limité.

Aujourd'hui, faute d'une stratégie unifiée de l'Intifada et en l'absence d'une mobilisation générale structurée autour de mots d'ordre unifiés et matérialisée par des activités particulières, les communiqués des organisations ne jouent quasi aucun rle dans la mobilisation. La plupart du temps, leur contenu politique est, en conséquence, réduit au minimum. Il s'agit dans la majorité des cas de simples revendications d'opérations militaires, parfois réduites à des formules stéréotypées reproduites tel un formulaire où ne changent que la date de l'opération, le nom du commando, les détails sur le lieu et le modus operandi ainsi que le contexte (vengeance d'un massacre, d'une élimination, d'une incursion, etc.). L'ordinateur est toujours utilisé pour la rédaction de ces textes. La distribution de tracts papier a, quant à elle, quasi disparu (mais pas les graffitti dont l'usage est encouragé par les couvre-feu) au profit d'une utilisation intensive du fax, du efax et du Net. Les agences de presse sont devenues les intermédiaires incontournables de la diffusion locale et internationale de l'information. Les organisations se contentent alors de faxer à certaines agences leurs communiqués qui sont immédiatement repris et diffusés en ligne. La presse écrite palestinienne est bien sûr contactée comme les agences de presse internationales (AFP ou Reuters) mais les premiers visés sont les représentants locaux des grands medias arabes internationaux, Al-Jazîra (du Qatar) et Al-Manâr (du Hezbollah libanais) en tête, qui conjuguent information télévisée et information écrite via le Net. Les sites Internet de la mouvance complètent ce dispositif. De façon significative, l'ensemble des fax que j'ai pu récupérer, lorsqu'ils portent les dates et heures de leur envoi, montrent que ce sont ces médias qui sont servis en premier, avant même les propres relais internes au groupe. A titre d'exemple, 2002_02_18c_TP, depuis un fax identifié comme  ccccc  (que je localiserai à Naplouse ou sa région, sans doute le camp de Balâta), a été envoyé à 10.39 pm à l'antenne d'Al-Jazîra de Ramallah, à 10.45 pm au webmestre de KQ et à 10.48 pm au bureau Fath de Ramallah.

Les premiers tracts signés des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, dont j'ai trouvé trace sur le terrain, sont datés de l'été 2001. KQ affirme, quant à lui, que le premier communiqué du groupe a été émis dès le 2 octobre 2000 (http://kataebaqsa.org/bayanat/bayan2-10-2000.htm) mais j'ai échoué à en trouver confirmation dans les territoires palestiniens eux-mêmes. Dans la majorité des cas, il s'agissait alors soit de dénonciations, souvent ad hominem, de la corruption supposée des membres du leadership palestinien, soit de revendications d'opérations anti-israéliennes. Jusqu'au début 2002, ces communiqués, dont certains avaient été faxés aux agences internationales ou palestiniennes de presse de Jérusalem et de Gaza pour une diffusion générale, n'ont jamais été systématiquement reproduits par un site Internet.

L'élimination par l'armée israélienne le 14 janvier 2002 de Râ'id Al-Karmî, un leader des Brigades originaire de Tûlkarm, a entraîné à la fois un changement dans le mode opératoire du groupe, qui s'engage désormais massivement dans la lutte armée anti-israélienne, incluant le territoire même d'Isral et y envoyant des kamikazes, mais aussi dans sa politique de communication avec la diffusion intensive de ses communiqués auprès des agences de presse et la création de sites Internet.

Depuis cette date, les Brigades diffusent donc des communiqués sous la forme de tracts distribués à la population, de fax envoyés aux agences de presse et aux institutions, et de pages Internet offertes par différents sites.


[3]) Lire Julie Peteet, "The Writing on the Walls: The Graffitti of the Intifada", Cultural Anthropology, 11/1, 1996, p. 139-159 ; Paul Steinberg & A. M. Oliver, The Graffiti of the Intifada: A Brief Survey, Jérusalem, PASSIA 1990.





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