USR 3439

Suivre l'actualité par flux RSS

Maison de l'Orient et de la Méditerranée - Jean pouilloux

Maison des Sciences de l'Homme

Université Lumière Lyon 2 - CNRS

Image maisons des sciences de l'homme

[Rub 1 - Qui sommes-nous] Jean Pouilloux

L'homme et son action

Jean Pouilloux

1917 - 1996

Grand helléniste, Jean Pouilloux a fait ses études à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm de 1939 à 1944. Il a achevé sa formation et effectué ses premières recherches à l’École française d’archéologie d’Athènes, puis a été nommé en 1949 à la faculté des Lettres de Lyon. De 1957 à 1985, il a été professeur titulaire d’une chaire de langue, littérature et épigraphie grecques à l’université de Lyon puis à l’université Lumière Lyon 2. Spécialiste de l’archéologie et de l’épigraphie grecques, il a travaillé à Delphes, à Rhamnonte en Attique, dans l’île de Thasos et à Chypre où il a fondé et dirigé la mission archéologique de Salamine. Il a été membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, de plusieurs académies françaises et étrangères et, en 1988, président de l’Institut de France.

Professeur exceptionnel, son enseignement a séduit plusieurs générations d’étudiants, suscité des dizaines de vocations et inspiré un dévouement qui dure toujours. Mais Jean Pouilloux n’a pas été seulement un professeur. A ses étudiants lyonnais qu’il avait convaincus de se consacrer à des recherches sur l’Antiquité grecque, il a voulu donner les moyens de travailler. Dès 1959, il a fondé, au sein de la faculté des Lettres de Lyon, l’institut Fernand Courby, du nom d’un helléniste archéologue qui enseigna dans cette même faculté entre les deux guerres. En quelques années, il a su créer autour de lui une équipe dynamique, officiellement reconnue par le CNRS dans les années soixante. En 1964, il a obtenu pour cette équipe la fouille, à Chypre, d’un grand site archéologique : la ville antique de Salamine dont les travaux de publication se poursuivent encore aujourd’hui.

Dès lors, Jean Pouilloux a déployé son activité de façon prodigieuse. Il a été membre du Conseil national de la recherche scientifique, du Comité consultatif des universités, du Conseil national de la recherche archéologique, et pendant des années, de la commission des fouilles du ministère des Affaires étrangères. Pendant quatre ans, il a présidé le Centre de recherches archéologiques du CNRS à Sophia-Antipolis. Le couronnement de cette activité a été la création en 1975, à Lyon, de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée dont il a assuré la direction jusqu’en 1978. Nommé en 1976 directeur scientifique des humanités au CNRS, il a orienté de là, pendant six ans, une partie de la recherche en sciences humaines.

Lettre de Jean Pouilloux

1993

Les textes ne suffisent plus à écrire l’histoire. En deux siècles les archéologues ont changé la vision du passé ; ils la modifient chaque jour ; les « grands événements » ne sont plus que l’écume du temps à la surface de la « longue durée » ; pour décrire l’aventure humaine les jours comptent autant, où il ne s’est rien passé, ces jours qui n’ont apparemment d’autre raison que d’avoir été ; il n’est plus d’histoire sans archéologie.

Au-delà de la joie de la découverte et de l’inédit, peut-être cette révélation donne-t-elle la raison profonde d’une mode qui s’est imposée et qui dure, l’explication d’un effort généralisé pour conquérir une perception différente du devenir humain. Cette euphorie archéologique n’est pas sans conséquence. Omniprésente, la recherche tend constamment à se disperser, à s’émietter à travers organisations et organismes divers. L’avertissement que Jacques Soustelle faisait entendre en 1975 n’a pas été partout compris. Il était pourtant nécessaire au plus haut point de définir des lieux de cristallisation pour la recherche et d’y placer des équipes plus nombreuses, plus diversifiées, plus compétitives aussi au sein de la communauté internationale. La Maison de l’Orient est née à Lyon de cette prise de conscience, assemblant des archéologues spécialistes de toutes les époques, de la préhistoire jusqu’aux temps médiévaux, des géographes, des ethnologues, qui avaient découvert la parenté de leurs méthodes et de leurs projets.

Lyon ne s’est pas imposée par hasard dans l’étude globale de l’Orient. Une tradition deux fois millénaire rattachait la cité du Rhône à l’Orient proche. Depuis Pothin et Irénée ces rapports se sont diversifiés à l’extrême. Ils ne se sont jamais interrompus. Des équipes diverses s’étaient formées : il suffisait de coordonner leurs travaux pour constituer un ensemble efficace. La conjonction des efforts - ceux des institutions nationales et régionales - a fait apparaître ce lieu de travail unique, que l’on nous envie en France et hors de France : la Maison de l’Orient.

Logo CNRS