| Guides de la recherche-sur-Web | Première édition (17 décembre 2008) |
Guide du Yémen-sur-WebPatrice Chevalier, Groupe de Recherches et d’Études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO), Centre français d’Archéologie et de Sciences sociales de Sanaa (CEFAS)
Selon les
dernières statistiques de la
CIA dans son
World Factbook
(https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2153rank.html)
(anglais), le Yémen est passé de 270 000 internautes en 2006
à 320 000 en 2007 (soit du 112ème rang mondial au
118ème). Toujours selon cette source, le Yémen se place à
l’antépénultième place du monde arabe, devant la
Libye et Bahrayn.
Internet World Stats
(http://www.internetworldstats.com/middle.htm#sa) (anglais) donne des chiffres
identiques. D’après ces statistiques, seul 1,4 % de la
population yéménite utiliserait l’internet mais aux vues de
la multiplication des cybercafés dans les grandes villes, voire dans de
nombreux villages du pays, depuis 2002, il n’est pas impossible que ces
chiffres sous-estiment le nombre de personnes touchées. Néanmoins,
même s’il paraît en constante augmentation, le nombre
d’internautes reste faible. Plusieurs facteurs expliquent cet état
de faits, à commencer par le coût élevé de
l’abonnement et de l’installation dans un pays qui compte parmi les
plus pauvres de la planète. Il ne faut pas oublier en outre que 50 %
de la population yéménite est illettrée et que le
développement de l’internet reste lié à celui du
réseau téléphonique qui pour l’instant est loin de
couvrir la totalité du pays. En 2008, selon les derniers chiffres de la
Mission économique de l’ambassade de France
(http://www.missioneco.org/Yemen/Sectdetail.asp?Sect=53) (français), le
pays comptait 1 327 000 téléphones filaires
pour 23 013 376 habitants.
L’internet
apparaît au Yémen en 1996 à la suite d’un contrat
attribué aux Britanniques Mercury
Communications et
Pipex pour
installer une connexion de 64 Kps dont le service est assuré par la
compagnie
TeleYemen
(http://www.teleyemen.com.ye) (anglais, arabe), une
joint
venture de la Public Telecommunications
Corporation. En 2008, seulement deux fournisseurs d’accès se
partagent le marché de l’internet : YemenNet qui regroupe
environ 100 000 abonnés et Y.Net qui en compte 10 000. Le
ministère des Télécommunications joue un rôle ambigu
car il est à la fois régulateur et acteur du secteur. En effet, il
a sous sa tutelle la société Public Telecommunications Corporation
qui gère
Yemen.Net
(http://www.yemen.net.ye/) (arabe) et qui possède 75 % des parts
d’Y.Net. Mais même s’il souhaite contrôler le Web et les
informations qui y circulent, l’État yéménite
n’impose pas comme dans d’autres pays arabe un filtrage
général, exception faite des sites à caractère
pornographique pour lesquels le blocage s’accompagne d’une
fenêtre informant les internautes du contenu sexuel des pages soustraites
à la lecture. Cela dit, le système de filtrage assez peu fiable
donne souvent lieu à une censure approximative qui bloque
régulièrement des sites dont le contenu n’offre rien
d’"immoral". Outre ce filtrage officiel et
assumé, les autorités yéménites pratiquent, de
façon déguisée et sous couvert de problèmes
techniques, une censure sélective et ponctuelle à l’encontre
de sites diffusant des messages ou des articles politiquement sensibles. Le
phénomène, ausculté comme véritablement significatif
depuis les années 2004-2005, est assez récent. Il est
vraisemblable qu’en raison du nombre restreint d’internautes,
l’État yéménite n’ait pas immédiatement
pris conscience de l’impact du Web et du potentiel oppositionnel de
l’information circulant par ce biais. Il aurait par conséquent
quelque peu négligé ce domaine avant que les journaux
yéménites ne l’investissent et que les webzines et les
forums de discussion gagnant en importance y attirent de plus en plus de
visiteurs.
Il existe plusieurs
rapports très complets sur le processus de diffusion, de contrôle
et de censure de l’internet au Yémen. L’étude
menée entre 2004 et 2005 et publiée cette même année
par le programme
OpenNet Initiative
(http://opennet.net/studies/yemen/) (anglais) apparaît comme la plus
documentée. Pour une actualisation plus synthétique, on se
reportera au
Country profiles
de 2007 du même OpenNet (http://opennet.net/research/profiles/yemen)
(anglais). Dans le même genre, on consultera la
General Overview
publiée par
The Initiative For an Open Arab Internet
(http://www.openarab.net/en/node/365) (anglais, arabe) ainsi que
l’étude, datant de 2006, Implacable Adversaries: Arab Governments and the Internet (http://www.openarab.net/en/node/346) (anglais,
arabe) où le Yémen fait l’objet d’un chapitre assez
détaillé. On trouvera sur le site de l’encyclopédie
en ligne
Wikipedia
(http://en.wikipedia.org/wiki/Internet_usage_in_Yemen) (anglais) un article
donnant un assez bon aperçu de la situation de l’internet
yéménite. Quelques liens renvoyant à des articles plus
pointus sur le sujet accompagnent ce résumé. Enfin,
The Arabic Network for Human Rights Information
(http://anhri.net/) (arabe, anglais) publie une courte notice sur le
Yémen dans un rapport intitulé
The Internet In the Arab World A New Space of Repression?
(http://anhri.net/en/reports/net2004/index.shtml) (anglais). En
complément et concernant les blocages de sites spécifiques, on
consultera également les sites
d’al-Karama
(http://fr.alkarama.org/index.php) (anglais, arabe), de
l’International Freedom of Expression eXchange
(IFEX) (http://www.ifex.org/en/) (anglais, français, espagnol, russe,
arabe) ou de
Reporters sans Frontières
(http://www.rsf.org/) (français, anglais, arabe, espagnol, farsi,
chinois).
Il est à
noter que toutes ces études et articles nous semblent
exagérément catastrophistes en dressant le tableau d’un
État totalitaire qui use automatiquement de la censure à chaque
fois qu’un site lui déplaît. La réalité est
beaucoup plus complexe. Il est exact que le régime n’est pas
démocratique, loin s’en faut, et que la situation de la
liberté d’expression et de la presse ne semble pas aller en
s’améliorant, mais aujourd’hui encore, les
"e-journalistes" et les internautes
yéménites bénéficient d’une grande
liberté de parole et de ton qui, peu commune dans la région,
pourrait s’avérer relativement enviable comparée à la
situation de bien des pays arabes. D’une part, le pouvoir
yéménite rechigne à entrer en conflit ouvert avec ses
journalistes comme à limiter trop ostensiblement la liberté
d’expression de ses internautes, sous peine d’attirer les foudres
des ONG et organisations internationales et des bailleurs de fonds. Il
préfère de loin emprunter des voies détournées, en
envoyant par exemple certains de ses personnels jouer les internautes sur des
forums de discussion ou des webzines d’opposition, en vue de temporiser
les débats par des articles ou des commentaires plus favorables au
régime. D’autre part, le pouvoir n’en vient à censurer
un site qu’après avoir épuisé toutes ses autres
ressources (avertissements, intimidations, etc.) et le blocage dure rarement
plus de quelques jours. On en voudra pour exemple, le cas d’un forum de
discussion (le Majlis
al-Yamanî) qui fut interdit pendant
deux semaines après qu’un internaute y ait appelé à
la sécession du Sud du pays. Sans doute peut-on juger cette sanction
regrettable dans l’absolu mais sachant qu’exprimer une opinion
remettant en cause l’unité de l’Etat, dans une
République encore jeune (la réunification des deux Yémen
date de 1990), viole un article de la Constitution, peut-être
conviendrait-il de relativiser la sévérité de
l’interdiction. Notons enfin, que certains de ces articles annoncent comme
censurés des sites ou des blogs qui ne le sont pas toujours.
Alexa
(http://www.alexa.com/)
(anglais), site très utile pour connaître les sites les plus
visités dans un pays indique pour chaque adresse l’historique de
fréquentation, le nombre de pages visitées par internautes,
l’origine géographique (par pays) des visiteurs et les
pourcentages, avec des graphiques et des tableaux.
|