Guide du Liban-sur-Web Édition du 13 décembre 2010


Les partis politiques libanais : une stratégie politique à finalité confessionnelle

L’harmonie qui caractérisait la mosaïque confessionnelle libanaise a laissé la place, après la guerre civile, à une division communautaire de plus en plus marquée par un discours de rejet de l’autre.

Cette tension communautaire a pris la forme d’une division politique sur la base de l’acceptation ou du refus de la résolution 1559 (votée en 2004 par le conseil de sécurité des Nations Unis, elle appelait au retrait de toutes les troupes étrangères du Liban ainsi qu’au désarmement des milices présentes dans le pays). Cette divergence politique a alors fait naître deux groupes hétéroclites qui forment la majorité et l’opposition dans le pays. Contrairement aux démocraties parlementaires, la majorité libanaise ne peut pas gouverner sans l’opposition qui est invitée à se prononcer sur la majorité des choix politiques, sociaux et économiques. Ce système, dit confessionnel et consensuel, est en train de changer le visage de l’État libanais : les institutions de l’État sont en effet tributaires du consensus des communautés, ou plus exactement des chefs de ces communautés.

Les élections législatives libanaises de juin 2009, en dépit du caractère confessionnel de la représentation parlementaire, se sont ainsi tenues sur la base d'une confrontation entre une majorité incarnée principalement par le Courant du Futur de Saad Hariri, le Parti Socialiste Progressiste de Walid Joumblatt et le groupe chrétien Kornet Chehwane (ensemble hétérogène chrétien regroupant en plus de quelques personnalités indépendantes, les Forces Libanaises de Samir Geagea et les Phalanges de Amine Gemayel) et une opposition incarnée par le tandem chiite Hezbollah-Amal et le Courant Patriotique Libre du Général Michel Aoun.

Le Mouvement du 14 Mars

Le Mouvement du 14 Mars (http://www.14march.org/) est une coalition de forces politiques hostiles à la Syrie créée au lendemain de l’assassinat de l’ancien Premier ministre en 2005. Ce mouvement hétéroclite a en effet alors œuvré à l’application de la résolution 1559, en concentrant sa stratégie sur la critique de l’ingérence syrienne et le désarmement du Hezbollah. Les partis politiques qui font partie de cette coalition sont des formations confessionnelles qui ont adhéré à un objectif bien précis, dans un contexte bien particulier. En raison des changements intervenus depuis sur la scène libanaise, ce groupe perd de plus en plus sa raison d’être et n’a obtenu lors des dernières élections parlementaires qu’une faible majorité à l’Assemblée Nationale.


Les partis sunnites

Le Courant du Futur (http://almustaqbal.org) est devenu en juin 2009 la force politique principale de cette coalition, en formant le plus grand bloc parlementaire avec trente-six députés. Créé à l’origine comme un simple mouvement de soutien à l’action gouvernementale de Rafic Hariri, il a récemment pris la forme d’un parti politique.

L’Organisation des Frères Musulmans (http://www.al-jamaa.org/) a quant à elle une influence beaucoup plus faible. Fondée en 1953 sur le modèle de l’Association des Frères Musulmans égyptiens, elle a longtemps eu un rôle plus social que politique à travers le développement d’associations caritatives de soutien aux populations défavorisées des grandes villes du pays (notamment la capitale et les deux grandes villes à majorité sunnite : Tripoli et Saïda). Depuis la mort de Rafic Hariri et la montée du communautarisme dans le pays, la formation islamique est devenue active sur le plan politique en adoptant un discours modéré sur le Hezbollah et la Syrie

Les partis chrétiens

Les formations chrétiennes, hostiles à la Syrie et à la politique de résistance du Hezbollah, ont trouvé dans le Mouvement du 14 Mars une assise nationale à leurs objectifs de construction d’un État fort débarrassé de l’ingérence régionale syrienne et iranienne.

La formation chrétienne la plus importante de la majorité est le parti des Forces Libanaises (http://www.lebanese-forces.com/), fondé par l’ancien Président de la République, Béchir Gemayel, assassiné quelques jours après son élection en 1982. Cette formation, qui durant la guerre civile a œuvré sans succès à l’instauration d’un système fédéral au Liban, adopte depuis 2005 un discours nationaliste, pro-occidental avec une hostilité marquée envers les choix de l’opposition et notamment du Hezbollah. Malgré sa popularité dans l’opinion chrétienne, sa marge de manœuvre reste faible en raison du poids du Courant du Futur.

L’autre grand parti chrétien présent sur l’échiquier politique de la majorité, les Phalanges Libanaises (http://www.kataeb.org), a été fondé à la fin des années 1930 par Pierre Gemayel. Ce mouvement qui a toujours soutenu le pouvoir en place, perd de plus en plus d’influence au profit de nouvelles formations politiques. Actuellement présidé par Amine Gemayel, l’ancien Président de la République, le parti détient cinq sièges à l’Assemblée Nationale.

Dirigé par Douri Chamoun, fils de l’ancien président de la république Kamil Chamoun, le Parti des Nationalistes Libres (Ahrâr) (http://www.ahrarnews.com/) est devenu un parti minoritaire adoptant la stratégie de suiveur dans une coalition qui lui permet d’exister sur le terrain politique. C’est aussi le cas du Bloc National Libanais (http://www.ketleh.org/) de Carlos Eddé, fils de Raymond Eddé, fondateur du parti et l’une des principales personnalités politiques libanaises de l’avant-guerre civile.

D’autres partis chrétiens, principalement issus du groupe de Kornet Chehwan, sont apparus sur la scène politique en se ralliant au Mouvement du 14 Mars : le Mouvement du Renouveau Démocratique (http://www.tajaddod.org/) dirigé par Antoine Haddad et le Mouvement du Changement (http://www.taghyir.org/) d’Elie Mahfouz.

Enfin, il existe au sein de la communauté chrétienne une relance du projet de l’instauration d’un État fédéral, incarnée par le Mouvement Loubnanouna ("Notre Liban") (http://www.loubnanouna.org/). Proche de Sami Gemayel, le fils de l’ancien Président Amine Gemayel, ce mouvement propose sur la toile une série d’études et d’articles sur la théorie et l’application du fédéralisme au Liban (idée développée par les Forces libanaises durant la guerre civile et qui consistait à modifier le système politique libanais sur le modèle de la confédération helvétique).


Le parti chiite

Une infime minorité chiite fait partie du Mouvement du 14 Mars. Elle est représentée par le Courant Chiite Libre (http://www.chi3a.org). Dirigé par Mohammad Al-Hajj Hassan, il véhicule un discours hostile au Hezbollah en défendant les choix de la majorité. Mais la popularité du Parti de Dieu au sein de la communauté chiite ne laisse aucune marge de manœuvre à cette formation qui est considérée comme une création de la majorité au pouvoir pour décrédibiliser le Hezbollah.

L’exception druze et communiste

Le Parti Communiste libanais (http://www.lcparty.org/) est le plus ancien parti politique non confessionnel du pays. Créé en 1924, dissout en 1948, il est réapparu en 1971, sous la direction de Georges Hawi qui sera assassiné en juin 2005. Depuis la crise politique qui a frappé le pays en 2004, le Parti Communiste est divisé en deux mouvances. La première, de tendance social-démocrate et dirigé par Elias Attalla, est proche du mouvement du 14 Mars tandis que la seconde, plus marquée par l’idéologie communiste, a rejoint l’opposition sous la direction de l’actuel secrétaire général du parti Khaled Hadadé.

Le Parti Socialiste Progressiste (http://psp.org.lb/) est, au premier abord, un exemple criant d’ambigüité politique. Fondé par Kamal Joumblatt en 1949 comme un parti multiconfessionnel, il devient pendant la guerre le principal parti de la communauté druze. Son dirigeant, Walid Joumblatt, a toujours su, grâce à une stratégie de changement d’alliance, assurer à son parti et à sa communauté une influence largement supérieure à son poids démographique. Le rapprochement de Joumblatt avec les chrétiens hostiles à la Syrie en 2001, puis son entrée en 2004 dans les rangs de l’actuelle majorité, s’inscrivent dans cette démarche. Après la mini-guerre civile de mai 2008, il a été le premier responsable de la majorité à tirer les leçons de l’influence grandissante du Hezbollah en faisant une auto critique de ses choix politiques et en poussant sa formation politique à rejoindre progressivement l’opposition incarnée par l’Alliance du 8 Mars.

L’Alliance du 8 Mars

A l’instar du Mouvement du 14 Mars, l’Alliance du 8 Mars a été formée au lendemain de la crise qui a secoué le pays après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri en 2005. Constituée principalement par des partis communautaires, cette coalition compte aussi en son sein quelques formations non confessionnelles. Après sa relative défaite aux élections législatives de juin 2009, elle a gagné en la personne du dirigeant druze Walid Joumblatt un allié de poids. En abandonnant progressivement le mouvement du 14 Mars, le parti druze a en effet remis en cause l’équilibre politique qui prévalait depuis 2005.

Les partis chiites

Dirigé par Hassan Nasrallah, le Hezbollah (http://www.moqawama.org/) est sans conteste le principal parti de l’opposition. Né dans les années 1980 en fédérant treize mouvements islamistes, il regroupait sous la même appellation : “ Amal islamique ”, le parti “ Daawa ” du cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, les "Gardiens de la Révolution islamique" du cheikh Soubhi Toufeyli, et "Al Tawhid" du cheikh Saïd Chaabane de Tripoli, personnalité sunnite ralliée à Téhéran.

Aujourd’hui pourtant, le Hezbollah est plus perçu comme un parti monolithique que comme une confédération. Sous l’impulsion de l’Iran, le centralisme unificateur de ses responsables les plus importants a en effet progressivement réduit l’influence des différents groupes qui le constituaient. D’autre part, les accords de Taëf signés en 1989 ont marginalisé les milices et les ont forcées à rendre les armes, obligeant alors le Hezbollah à prendre la forme d’un parti politique uni. Dans les années 1990, le Parti de Dieu n’a cessé d’évoluer jusqu’à devenir un parti politique incontournable de la scène politique libanaise. Il a ainsi participé aux différentes élections législatives et a intégré le gouvernement en 2005. Il a réussi à imposer sa stratégie en réunissant autour de lui une coalition multiconfessionnelle, déstabilisant la majorité actuelle.

La deuxième formation chiite est le Mouvement Amal (http://www.amal-movement.com/). Considéré par les observateurs occidentaux comme l’aile laïque de la communauté chiite, il a pourtant été créé au début des années 1980 par un religieux : Moussa El Sadr, un imam d’origine iranienne. Ce mouvement des déshérités, a ensuite été dirigé par l’actuel responsable du mouvement, Nabih Berri, également Président de l’Assemblée Nationale. Affaiblie depuis les années 1990 par l’omniprésence et l’influence du Hezbollah, le Mouvement Amal adopte un profil de suiveur en s’alliant au Parti de Dieu tout en conservant une certaine assise politique au sein de la communauté chiite.

Les partis chrétiens

L’une des raisons du succès de l’opposition libanaise est sa capacité à fédérer toutes les composantes communautaires du pays. Grâce à son alliance avec l’un des principaux partis chrétiens, le Courant Patriotique Libre (http://www.tayyar.org) du Général Michel Aoun, le Hezbollah a pu acquérir une assise nationale. Le Général a d’abord été, au lendemain de la conclusion des accords de Taëf, un fervent opposant à la présence syrienne au Liban, puis il a conclu en 2005, une entente avec le parti de Dieu bousculant ainsi l’équilibre politique en devenant l’une des principales forces politiques du pays.

Une autre formation chrétienne, alliée traditionnelle de la Syrie, fait parti de l’opposition : le Courant El-Marada (http://election.elmarada.org/). Créé par l’ancien président de la république Soleiman Frangié, il est actuellement dirigé par son petit fils du même nom, ami personnel du président syrien Bachar El Assad, et fervent partisan des choix du Hezbollah et de la Syrie.

Les partis sunnites

La popularité de l’ancien premier ministre Rafic Hariri au sein de la communauté sunnite et sa stratégie d’affaiblissement de ses adversaires avaient réduit les formations traditionnelles sunnites à des partis très minoritaires. Suite à la crise politique qui secoue le pays depuis 2004 et à l’assassinat de Rafic Hariri, plusieurs formations sunnites ont pu émerger à nouveau et rejoindre les rangs de l’opposition. Deux courants sunnites cohabitent au sein de l’Alliance du 8 Mars.

Le premier courant est d’obédience nassérienne. Il regroupe le Parti du Dialogue National (http://www.alhiwar.com/) de Fouad Makhzoumi, Al Mourabitoun (http://al-mourabitoun.com/) le premier parti nassérien du Liban, et le Mouvement du Peuple (http://www.shaabonline.org/) de Najah Wakim connu pour son hostilité envers l’ancien premier ministre Rafic Hariri.

Le deuxième courant est constitué de plusieurs partis à caractère islamique qui ont profité de la communautarisation rampante pour émerger sur la scène politique. L’Association des Projets Charitables Islamiques (http://www.aicp.org/), connue sous le nom d’Al-Ahbash, véhicule un discours traditionnel au niveau social et affiche son soutien pour le Hezbollah. Elle a souvent été accusée d’être un agent perturbateur à la solde des services de sécurité syrienne. D’autres formations de nature salafiste sont apparu au sein de la communauté sunnite, notamment dans la ville de Tripoli : le Mouvement de l’Unicité Islamique (http://attawhed.org/) et le parti Al-Tahrir (http://www.hizb-ut-tahrir.org/)

Les partis druzes

En dépit de la très grande influence du chef du Parti Socialiste Progressiste Walid Joumblatt au sein de la communauté druze, deux partis politiques druzes opposés aux choix de Joumblatt ont pu émerger sur la scène politique libanaise du côté de l’opposition. Le Parti Démocratique Libanais (http://ldparty.org/) est la principale formation politique druze de l’opposition. Créé en 2001 par Talal Arselan, principal rival communautaire de Joumblatt, il est surtout populaire au sein de la population citadine druze, bastion traditionnel de la famille Arselan. Mais sa marge de manœuvre a été affaiblie par l’apparition d’un nouvel acteur politique : le Courant Al-Taouhid (courant de "l'unification") (http://www.tayyar-tawhid.org/). Dirigé par Wiaam Wahab, un ancien cadre du Parti Socialiste Progressiste, il a été fondé en mai 2006 en se présentant comme une alternative aux deux mouvements traditionnels druzes. Fervent défenseur de la Syrie et affichant son soutien pour le Hezbollah, ce parti demeure un acteur minoritaire de l’échiquier politique libanais.

Le parti alaouite

L’influence syrienne au Liban a permis à la minorité alaouite libanaise (18 000 électeurs) d’être reconnue officiellement et d’obtenir alors deux sièges à l’Assemblée Nationale. Imprégnée par l’idéologie nationaliste syrienne, elle a ainsi fondé la section libanaise du parti Baath (http://www.baath-party.org/). Ce dernier reste, malgré le retour relatif de l’influence syrienne, un parti minoritaire dont la stratégie est dictée par les priorités du régime de Damas.

L’exception non confessionnelle

Enfin, le Parti National et Social Syrien (http://www.ssnp.com/) est l’un des rares partis politiques non confessionnels du pays des cèdres. Créé clandestinement au début des années 1930, il a longtemps été dirigé par son fondateur Antoine Saadé, condamné à la peine capitale en 1962 pour avoir organisé une tentative de coup d’État manqué. Dans les années 1970, la politique de l’ancien Président syrien Hafez Al-Assad d’affaiblissement des partis nationalistes a réduit l’influence de ce parti, qui ne reviendra sur la scène politique libanaise qu’au début des années 2000, sans réussir cependant à s’imposer comme une force politique. Actuellement, il fait parti de l’opposition et détient, grâce à son alliance avec le Hezbollah, deux sièges à l’Assemblée Nationale.



Le Mouvement du 14 Mars

L’Alliance du 8 Mars