| Fanny Lafourcade, Guide d’Irak-sur-Web | Deuxième édition (26 novembre 2006) |
Guide
d’Irak-sur-Web
Fanny
Lafourcade
Doctorante Centre
d’Études et de Recherches Internationales
(CERI) de Sciences Po - Paris
Internet est un
phénomène récent en Irak. Le défunt régime
baasiste y voyait, en effet, comme on peut aisément l'imaginer, un
vecteur dangereux d'idées subversives. Introduit en 2000, il est
resté durant les premiers temps inaccessibles à la grande
majorité des Irakiens tant l'abonnement était onéreux.
Quelques cafés Internet permettaient néanmoins de se connecter,
mais l'accès à la toile y était largement
contrôlé. Plus tard, les individus pouvaient obtenir un
accès au mail de chez eux, moyennant un abonnement assez cher là encore.
À la chute
du régime baasiste, Internet a connu un développement massif. En
raison du mauvais état du réseau téléphonique
endommagé par la guerre, les nouveaux cafés Internet qui se
multipliaient dans les rues de la capitale et dans les grands hôtels
disposaient de connexions satellitaires. Les clients de ces cafés
étaient dans leur écrasante majorité les étrangers
vivant en Irak - travailleurs humanitaires, contractants et gardes du corps des
compagnies de sécurité privées – étudiants
découvrant les joies du
chat,
familles éclatées communiquant avec des membres expatriés,
etc.
A partir du
printemps 2004 et les premiers enlèvements d'étrangers en Irak,
ceux-ci désertent progressivement les endroits publics, restaurants,
marchés et cafés Internet. Les rares étrangers qui sont
encore en Irak s'équipent de connexions Internet chez eux ou sur leur
lieu de travail, ce qui revient souvent au même.
L'insécurité dans les rues de Bagdad, Basra ou Mossoul est
généralisée, pourtant les cafés Internet ne
désemplissent pas. L'accès à la toile symbolise toujours
l'accès au monde extérieur et à la modernité dans un
Irak qui s'enfonce dans la violence et qui est, de ce fait, de plus en plus
inaccessible à l'observateur étranger.
Pour le chercheur
en sciences sociales tout comme pour l'observateur avisé de la
réalité irakienne, Internet est donc un outil essentiel. La plus
grande part de la production est en anglais et/ou en arabe ; le
français est très marginal. Les blogs d'Irakiens et la presse
locale deviennent des sources d'informations incontournables. Le
chat devient
un outil de communication privilégié, et permet même de
conduire des entretiens.
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