| Jean-François Legrain | Édition du 17-juin-04 |
Les textes : quelle authenticité ?La description des éléments de chaque témoin membre d'un même corpus suivie de leur croisement permet d'établir des « familles » de documents. Ce faisant, certaines d'entre elles apparaissent comme les plus nombreuses quand d'autres comptent de rares témoins. C'est alors que peuvent être menées les interrogations concernant « l'authenticité » des documents. L'approche
de ces questions de l'authenticité est la même pour tous les documents,
que leur auteur soit palestinien ou non, amical
ou hostile aux objectifs affichés de façon générale par le groupe
signataire, majoritaire ou minoritaire au sein de ses membres. Elle
utilise les outils de la critique textuelle, tels que je les ai
présentés
La notion de « faux » ne recouvre, cependant, pas les mêmes réalités selon que l'auteur du document incriminé est : 1) palestinien issu de la mouvance des Brigades, majoritaire ou minoritaire, 2) palestinien hostile aux Brigades ou 3) israélien. Un document forgé par les services israéliens pour, par exemple, justifier des mesures répressives ou aiguillonner des tensions internes à la scène palestinienne peut sans équivoque être qualifié de « faux ». Un document forgé par tel ou tel service palestinien pour, là aussi, atteindre des buts opposés aux intérêts des auteurs habituels des documents du corpus peut également être qualifié de « faux ». Dans ces deux cas, la diplomatique parle de « forgerie ». Cette qualification, en revanche, ne peut être appliquée par l'historien à un document qui, tout en échappant aux séries les plus nombreuses, ne fait qu'exprimer une opinion minoritaire au sein même de la mouvance des auteurs habituels, à charge pour lui de préciser les divergences entre objectifs recherchés par les uns et les autres. Le politique, lui, n'aura pas la réserve du chercheur et les communiqués eux-mêmes ne se privent pas d'ailleurs de s'échanger périodiquement des accusations de falsification. Dans ce genre de documents, la puissance des logiciels informatiques d'aujourd'hui accorde une latitude quasi sans limite aux faussaires en tous genres. Produit par un homme de l'art, un « faux » est dorénavant quasi impossible à déceler du point de vue de la technique. Seule la faute humaine, en amont, permet de le démasquer, faute que la critique textuelle et le stemma codicum peuvent identifier sur la bases d'incohérences entre les éléments propres au document concerné et ceux qui ont été caractérisés au préalable dans des séries « authentiques ». Concernant les documents produits par l'armée israélienne, seuls les témoins impartiaux présents lors de leur saisie alléguée pourraient garantir leur authenticité. Faute d'un tel témoignage, le doute est toujours légitime. Face aux documents diffusés dans les territoires palestiniens, le même esprit critique doit être mis à contribution. Dans tous les cas, il revient au diplomatiste de tester le degré de cohérence entre les séries qu'il aura déclarées « authentiques » et les documents produits, à charge ensuite pour lui, dans la mesure du possible, de caractériser, sinon d'identifier, les auteurs des documents « non authentiques », forgeries, documents douteux et documents suspects. Quelques documents rendus publics par IsraëlAu printemps 2002, dans le cadre de sa campagne politique et médiatique qui accompagnait ses opérations militaires, le gouvernement israélien a justifié sa lutte contre l'Autorité palestinienne sur la base de « preuves » supposées montrer un soutien financier direct accordé par celle-ci à des activités armées anti-israéliennes. Ces « preuves » consistaient en un ensemble de documents présentés comme des originaux saisis dans les bâtiments officiels de l'Autorité lors des diverses opérations de réoccupation de la Cisjordanie, celle d'avril 2002 ayant été la plus « fructueuse ». Il s'agit, dans la majorité des cas, d'échanges de correspondances entre, d'une part, des responsables politiques locaux, des membres des comités de Fath ou des officiers des forces de sécurité (Renseignements généraux ou Sécurité préventive), et, d'autre part, Yasser Arafat ou certains autres hauts dirigeants palestiniens. Datés entre mai 2001 et janvier 2002, ces documents sont, pour la plupart, des demandes d'aides et des ordres de paiement ; certains sont des comptes-rendus de réunion ou des analyses de situation sur le terrain. Ces documents ont fait l'objet de publications diverses, les corpus pouvant varier selon les dates ou les lieux de diffusion ( [17]). Le site Internet de l'armée d'Israël a été le premier à mettre en ligne plusieurs dossiers contenant certains de ces documents, la photo des originaux (supposés), leur traduction en anglais et un commentaire dans une série intitulée « Documents captured by the IDF » (http://www.idf.il/newsite/english/documents.asp) (Voir également les URL suivantes: http://www.idf.il/CD1/english/main_index.stm, http://www.idf.il/coni/english/main_index.stm, http://www.idf.il/Fatah/english/main_index.stm, http://www.idf.il/saudi_arabia/site/english/main_index.stm, http://www.idf.il/arafat/terrorism2/english/main_index.stm, http://www.idf.il/arafat/english/main_index.stm, http://www.idf.il/gilui/site/english/main_index.stm, http://www.idf.il/BeitJala/english/main_index.stm, http://www.idf.il/arafat/terrorism/english/main_index.stm, http://www.idf.il/6880031/english/main_index.stm, http://www.idf.il/jenin/site/english/main_index.stm, http://www.idf.il/Involvment/english/main_index.stm). Destiné à convaincre les États-Unis de la légitimité des incursions en zones autonomes, un premier recueil « officiel » de ce genre de documents a été constitué en mai 2002 sous la direction de Dani Naveh, ministre des Affaires parlementaires, et diffusé sous le titre « The Involvement of Arafat, PA Senior Officials and Apparatuses in Terrorism against Israel, Corruption and Crime » (http://www.mfa.gov.il/mfa/go.asp?MFAH0lom0). Ces mêmes documents, augmentés de nouveaux, ont ensuite été périodiquement réutilisés sur les sites de l'armée d'Israël et de son ministère des Affaires étrangères. Les recueils les plus récents et les plus importants en volume figurent sur le site de l'Intelligence and Terrorism Information Center (http://www.intelligence.org.il/eng/default.htm) du CSS (Center for Special Studies) de l'armée, tout particulièrement dans le « Financing Terrorism » (http://www.intelligence.org.il/eng/bu/financing/index.html). Parmi ces documents, certains sont censés avoir été émis par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, pour la plupart par l'une ou l'autre de leurs branches locales. Deux seulement, présentés comme ayant été trouvés dans les bureaux de Fu'âd Chubakî, chef du département financier du service de la Sécurité générale au sein même de la présidence palestinienne de Ramallah, auraient été émis par les instances centrales du mouvement. Il s'agit de demandes de financement, aucune n'ayant reçu d'approbation officielle. Document daté du 16 septembre 2001Le premier de ces documents (voir, par exemple, http://www.idf.il/CD1/english/document10.html, http://www.idf.il/6880031/english/document16.html ou http://www.mfa.gov.il/mfa/go.asp?MFAJ0acp0) est daté du 16 septembre 2001. Il s'agit d'un rapport financier qui détaille à la fois des dettes engagées par le mouvement d'un montant estimé à 38 000 shekels israéliens (soit quelque 8 800 USD) et des estimations de dépenses souhaitées, les frais étant censés couvrir l'impression de posters, l'organisation de cérémonies du souvenir pour des « martyrs », l'achat de matériel électrique et de substances chimiques destinées à la fabrication de bombes, et celui de balles de kalachnikov. Le texte a été composé sur ordinateur et recèle des surcharges manuscrites concernant le chiffrage des dépenses énumérées. Ce rapport, rédigé sous entête de type TetB1 selon ma classification et doté du logo du groupe en arrière plan, est signé des Katâ'ib Chuhâdâ' Al-Aqsâ fî Filastîn. Nous sommes ainsi en présence d'un document qui affiche plusieurs incohérences avec mon corpus de communiqués « authentiques ». Du point de la vue de la date alléguée et du logo, tout d'abord, si TetB1 existait bien en septembre 2001 quand le document diffusé par Israël est censé avoir été rédigé, son utilisation était néanmoins très rare : ma collection de communiqués diffusés sous TetB1 rassemble, en effet, des documents publiés entre le 1er août 2001 et le 29 mai 2002 mais dont l'heure de gloire, en réalité, est restreinte à la période allant du 14 janvier à la fin mars 2002. Il convient également de remarquer qu'à l'époque supposée de la rédaction du communiqué présenté par Israël, les opérations militaires montées par le groupe étaient revendiquées sous entêtes de type A. TetB1, en revanche, est l'entête la plus répandue sur les documents diffusés par les Brigades en mars 2002, date à laquelle le document est censé avoir été découvert et se retrouve publié par Israël. Du point de vue de la signature et du logo, le document se distingue également
par rapport aux séries « authentiques ». Ma collection
de communiqués publiés sous TetB1 se caractérise, en effet, par un
très haut degré de cohérence puisqu'une appellation quasi unique
du groupe est utilisée : Katâ'ib Chuhâda' Al-Aqsâ//Filastîn (à 3
exceptions près sur 43 communiqués). Une exception, cependant, de
même nature que celle du document publié par Israël est avérée avec 2002_02_03_TP, également signé des Katâ'ib
Chuhâda' Al-Aqsâ fî Filastîn. Cette appellation, comme nous l'avons
vu Le doute sur l'authenticité du document peut ainsi être avancé même si les éléments soulevés ne sauraient constituer une « preuve » de l'existence d'une manipulation de la part des autorités israéliennes. Document non datéL'autre document (voir, par exemple, http://www.idf.il/CD1/english/document11.html, http://www.idf.il/6880031/english/document15.html ou http://www.mfa.gov.il/mfa/go.asp?MFAJ0adf0) est un mémo non daté qui évalue les salaires, locations et coûts de divers outils et matériels électriques pour un montant dépassant les 90 000 USD. Pour l'armée israélienne, ces dépenses visaient à la mise en place d'un atelier de production d'armes lourdes. Le texte est entièrement manuscrit, non signé mais rédigé sur du papier à lettre doté d'une entête de type TetB10 et du logo du groupe en arrière plan. L'observateur peut, ici aussi, s'interroger sur l'authenticité de ce document. Censé avoir été trouvé dans les locaux d'un responsable de Cisjordanie, il porte, en effet, une entête typique de documents diffusés à Gaza. Quand on connaît la quasi étanchéité qui caractérise la communication entre l'administration palestinienne de Cisjordanie et celle de Gaza, du fait du blocus israélien et des rivalités entre les hauts fonctionnaires des deux territoires, le doute est permis sur l'authenticité d'un tel document. Dans ces deux cas, la diplomatique classique parlerait d'« actes douteux » ou d'« actes suspects » puisque ma conviction intime, en tant ici que diplomatiste, penche pour la fausseté mais que la critique manque d'arguments définitifs ; si ces arguments venaient à apparaître, je pourrai alors qualifier ces documents de « forgeries ». Quelques documents diffusés dans les territoires palestiniensParmi les communiqués trouvés sur le terrain et/ou diffusés sur le Net, certains en qualifient d'autres de « faux » forgés pour semer le trouble dans les rangs palestiniens. Pour la période concernée, une seule revendication d'opération militaire a été qualifiée de « faux » par d'autres communiqués de la mouvance (des cas de ce type seront plus nombreux ultérieurement lorsque le débat s'instaurera au sein même des Brigades sur la pertinence d'un arrêt de tel ou tel type d'opérations militaires). Dans tous les autres cas, les communiqués qualifiés de « faux » sont des textes politiques et concernent, le plus souvent, la place accordée à tel ou tel responsable palestinien dans sa relation avec le patriotisme et les Brigades. La revendication de l'opération du 19 février 2002L'opération de 'Ayn 'Arîk du 19 février 2002 au cours de laquelle 6 soldats israéliens ont été tués à un check point près de Ramallah par un tireur embusqué a été revendiquée concurremment par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa et par les Brigades 'Izz Al-Dîn Al-Qassâm de Hamas. Cette revendication concurrente débouche, au sein même de la mouvance des Brigades, sur la publication de communiqués contradictoires, certains qualifiant d'autres de « faux ». Le jour même de sa réalisation, en effet, l'opération était revendiquée par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa au nom de leur unité du martyr Râ'id Al-Karmî par 2002_02_19 (2002_02_19_TP, 2002_02_19_KQ1 et 2002_02_19_AM, versions identiques entre elles). Le surlendemain de l'opération, suite à la revendication concurrente de Hamas, 2002_02_21a_TP maintenait la revendication des Brigades et donnait des détails sur l'opération ; ce texte, publié sous TetB1, n'a été reproduit sur le Net qu'une dizaine de jours plus tard comme annexe de 2002_03_04a_KQ1 (seul KQ connaît ce texte, AM l'ignore) ; le lendemain, 2002_02_22a_TP, sous TetB6 typique de Gaza, donnait une version quasi identique de ce texte, tout en corrigeant des erreurs grammaticales, supprimant les doubles virgules et développant le titre. Le 27 février 2002, une nouvelle polémique s'engageait avec la publication de plusieurs communiqués. Sous TetA et signé Majmû'at Chuhadâ' Intifâdat Al-Aqsâ (« Groupe des martyrs de l'intifada d'Al-Aqsa »), 2002_02_27c_AM1 (uniquement reproduit sur AM1 et ensuite supprimé) donne une liste d'opérations revendiquées mais non datées dont l'une menée « contre un barrage militaire près de Ramallah ». Sous entête Dawlat Filastîn//Harakat Al-Tahrîr Al-Watanî Al-Filastînî "Fath" Al-Qiyâda Al-Markaziyya//Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ (« État de Palestine//Mouvement de libération nationale palestinienne « Fath »//Brigades des martyrs d'Al-Aqsa »), non reproduit sur le Net comme son prédécesseur 2002_02_11b_TP, 2002_02_27e_TP voit dans ce barrage celui de 'Ayn 'Arîk et dénonce cette revendication comme fausse présentant des excuses à Hamas au nom des supposées véritables Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Ce communiqué est à son tour dénoncé comme faux par 2002_03_04a (2002_03_04a_TP et 2002_03_04a_KQ1) dans lequel les Brigades réaffirment leur responsabilité, la version du Net ajoutant le texte d'éclaircissements du 21 février jusque là exclusivement diffusé sur le terrain. La dissolution des Brigades par le Conseil révolutionnaire de FathLa
dissolution (ou supposée dissolution, voir le chapitre
consacré à la question des relations entre les Brigades et Fath
Un premier communiqué a été rendu public le 11 février 2002 (mais j'ai échoué en trouver un exemplaire). Signé Majmû'at Chuhadâ' Intifâda Al-Aqsâ, s'il faut en croire le communiqué qui le dénonce, il aurait condamné cette décision. Le même jour, il est qualifié de faux (madsûs) par 2002_02_11b_TP. Sous entête Dawlat Filastîn//Harakat Al-Tahrîr Al-Watanî Al-Filastînî "Fath" Al-Qiyâda Al-Markaziyya//Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ (« État de Palestine//Mouvement de libération nationale palestinienne "Fath"//Brigades des martyrs d'Al-Aqsa ») dotée d'un logo propre, le communiqué proclame, au nom de l'unité nationale, l'acceptation par le groupe de la décision du Conseil révolutionnaire. Diffusé par l'AFP, ce texte a connu un grand retentissement. Il est pourtant à son tour et quasi immédiatement dénoncé comme faux, comme le sera le deuxième communiqué de mon corpus porteur de la même entête (2002_02_27e_TP dénoncé comme faux par 2002_03_04a_TP et 2002_03_04a_KQ1) ; aucun d'entre eux n'a été reproduit sur le Net. Cette dénonciation par les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa de la décision du Conseil révolutionnaire se fait à travers 2002_02_11a. Si les mises en page diffèrent entre certaines versions de ce même communiqué, celles-ci sont toutes cohérentes : 2002_02_11a_AM donne une version html du texte en tous points fidèle aux autres versions quand 2002_02_11a_KQ1 offre l'image du fax envoyé depuis « ccccc », un appareil que je situerai dans la région de Naplouse (sans doute dans le camp de Balâta), dont j'ai également trouvé plusieurs exemplaires (2002_02_11a_TP (CJ) à Ramallah. Gaza (2002_02_11a_TP (BG)) a bénéficié d'une édition propre et légèrement différente : l'entête (TetB1) est la même que celle de la version de Cisjordanie mais le texte a été entièrement ressaisi (l'original venu de Cisjordanie aurait-il été difficilement lisible ?) sans « corrections » dans son contenu mais avec de légères divergences dans un texte doté d'une justification différente qui a amené des aller à la ligne différents : numérotation des paragraphes soulignée en Cisjordanie mais pas à Gaza, une virgule absente en Cisjordanie mais ajoutée à Gaza et une autre, à l'inverse, présente en Cisjordanie mais absente à Gaza, la préposition min de Cisjordanie interprétée comme 'an à Gaza (calligraphie très proche en arabe). La seule différence, peut-être significative, est la transformation de l'appellation du groupe présente dans le titre du texte : Katâ'ib Chuhahâ' Al-Aqsâ fî Filastîn en Cisjordanie et Katâ'ib Chuhahâ' Al-Aqsâ Filastîn à Gaza. Contre la décision du Conseil révolutionnaire, le texte réaffirme l'engagement des Brigades sur le chemin de la résistance armée, rappelant que celles-ci n'avaient « pas été formées par décision de cette instance » mais qu'elles étaient nées « de la décision du peuple palestinien via des groupes combattants de Fath qui se distinguaient par leur fidélité au serment de loyauté à la Palestine et avaient embrassé le chemin du jihad et de la résistance armée jusqu'à la disparition définitive de l'occupation inique ». La nouvelle de l'acceptation par les Brigades de leur dissolution est à nouveau dénoncée comme fausse le surlendemain de la publication de 2002_02_11b_TP par 2002_02_13_TP. Sous TetB5, caractéristique de Gaza, et signé d'un hapax Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ-Filastîn//Al-Diffa Al-Gharbiyya-Qitâ' Ghazza (« Brigades des martyrs d'Al-Aqsa-Palestine//Cisjordanie-Bande de Gaza-Palestine »), le texte, non reproduit sur le Net, réaffirme l'engagement du groupe dans la résistance au nom de l'héritage historique de Fath dont il se réclame. La décision de dissoudre les Brigades sera à nouveau dénoncée par 2002_03_04d_TP,
sous TetB1 et la signature des Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ//Filastîn,
un communiqué qui chante par ailleurs le rôle éminent de Marwân
Al-Barghûthî La place de Yasser ArafatDurant la période couverte par cette étude, Yasser Arafat n'apparaît que rarement dans les communiqués des Brigades. Il sera, en revanche, régulièrement cité lorsque celles-ci dénonceront le siège de la présidence à Ramallah et exigeront sa liberté de mouvement (c'est déjà le cas avec 2002_02_05b_TP et 2002_02_18c_TP). En dehors des documents qui font une simple référence au « chef symbole » (2001_08_01_TP et 2002_04_07_TP) et de 2002_03_20_TP, qui déclare que l'Etat palestinien sera érigé sous la direction d'Abû 'Ammâr, deux textes seulement insistent tout particulièrement sur la personne de Yasser Arafat, auxquels il convient d'ajouter les communiqués qui s'intéressent à Marwân Al-Barghûthî étudiés ci-après (2002_03_04d_TP, 2002_03_05c_TP, 2002_04_01_TP). Dans ces deux cas, entêtes et signatures soulignent la singularité de leur contenu. Dans tous les cas, Yasser Arafat est désigné sous son laqab Abû 'Ammâr. 2002_02_02_TP, signé des Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ//Fuhûd Al-Intifâda//Filastîn (« Brigades des martyrs d'Al-Aqsa//Panthères de l'Intifada//Palestine » est doté d'une entête propre dont je n'ai trouvé qu'un seul exemplaire. Cette singularité se trouve également dans le texte même, véritable hymne à Yasser Arafat, « notre adresse pour laquelle nous n'accepterons aucune alternative, notre âme à laquelle nous ne renoncerons jamais [.] ». Un autre témoignage explicite de grande soumission à Yasser Arafat sous logo hapax ou assimilé est donné par 2002_02_17b_TP, non reproduit sur le Net, dont la signature Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ fî Filastîn est accompagnée d'un tampon Harakat Al-Tahrîr Al-Watanî Al-Filastînî (Fath) Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ (« Mouvement de libération nationale palestinienne (Fath) Brigades des martyrs d'Al-Aqsa ») tandis que la mention Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ//Fath figure, par ailleurs, à la base du logo. La place de Marwân Al-BarghûthîA la différence des sources officielles israéliennes qui accordent un rôle central dans la fondation et le fonctionnement des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa à Marwân Al-Barghûthî, secrétaire général du Haut comité Fath de Cisjordanie, les historiographies diffusées par les Brigades elles-mêmes restent très discrètes sur le personnage. Ce n'est, en tout cas, qu'avec AM2B en octobre 2002 que son portrait intègre la rubrique « Les dirigeants détenus » (http://www.fateh.tv/asra.htm) (mais cette rubrique, comme celles consacrées aux « Martyrs » et aux « Immortels », élargit son intérêt aux figures patriotiques, au-delà de l'appartenance stricte aux Brigades) et il faudra attendre un an encore pour que KQ lui offre une place équivalente dans sa propre rubrique consacrée aux « détenus héroïques » (http://www.kataebaqsa.org/asra.html). Durant la période couverte par cette étude, rares, en tous cas, ont été les communiqués signés des Brigades qui mentionnaient Marwân Al-Barghûthî. En mars 2002, pourtant, partisans et adversaires de Marwân Al-Barghûthî s'affrontent sur le terrain à coup de communiqués publiés sous logo des Brigades. Convaincu de la permanence de la nécessité de prendre les armes contre l'ennemi sioniste, 2002_03_04d_TP, sous TetB1 et la signature des Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ//Filastîn, dénonçait, nous l'avons vu, la décision du Conseil révolutionnaire de Fath de dissoudre les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, s'en prenant à l'occasion aux forces de sécurité accusée d'avoir abandonné le peuple. Le texte réaffirme l'engagement patriotique des Brigades « sous le commandement du frère Marwân Al-Barghûthî » allant même jusqu'à préciser : « Devant Dieu, son Apôtre et le chef éminent le frère Abû Al-Qâsim [laqab de Marwân Al-Barghûthî], seul chef arabe à avoir mis force et bravoure au service du combat contre l'ennemi sioniste, les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa s'engagent à poursuivre la voie du jihad armé jusqu'à parvenir à l'obtention de tous nos droits [.] ». Le lendemain, 2002_03_05c_TP, sous TetA1 et la signature Qiyâdat Majmû'ât Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ, dénonce ce texte comme « faux » (muzayyaf) et « met en garde tous ces collaborateurs qui tentent d'insérer un coin entre les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa et le frère président Abû 'Ammâr et de réaliser les objectifs de l'ennemi sioniste en transformant le conflit avec l'ennemi en un conflit palestino-palestinien [.] ». Aucun de ces deux communiqués n'a été reproduit sur le Net. Aucun, cependant, ne montre de signes évidents de rupture avec les familles de documents publiés au même moment. 2002_03_04d_TP, certes, manifeste une mise en page un peu particulière en ignorant le jeu habituel des gras et des maigres dans la police utilisée par les textes de type TetB1, quand 2002_03_05c_TP, avec son entête, est un peu tardif dans la collection des TetA1. Dans ce cas précis, faute de témoignages complémentaires, la critique textuelle atteint ses limites et ne peut que constater les divergences sans en identifier plus avant les protagonistes. Un autre communiqué, 2002_04_01_TP, lui aussi impliquant Marwân Al-Barghûthî, témoigne de caractéristiques qui montrent que son auteur n'appartient pas au groupe habituel. Le texte oppose la reddition des forces de sécurité palestiniennes à l'armée israélienne (lors du siège à Baytûnyâ de la Sécurité préventive commandée par Jibrîl Rajûb) et le patriotisme des « hommes d'honneur parmi le peuple palestinien et des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa », appelant les membres des forces de sécurité à intégrer les rangs des Brigades. Le communiqué précise que les Brigades sont placées « sous le commandement du frère combattant Marwân Al-Barghûthî ». Plus loin, le texte précise que « le frère Marwân Al-Barghûthî [.] marche sur les pas du chef et symbole le frère Abû 'Ammâr et incarne, dans toute sa gloire et sa fierté, l'image du leader palestinien à laquelle aspire chaque lionceau sur la terre de Palestine ». L'analyse de la morphologie du communiqué manifeste plusieurs incohérences par rapport aux séries constituées avec l'ensemble des éléments du corpus et amène ainsi à s'interroger sur l'identité réelle de son auteur. Du point de vue de la chronologie générale des entêtes, tout d'abord, TetA1, qui surmonte le texte, n'était plus utilisée par le groupe depuis plusieurs semaines. L'utilisation de cette entête, d'autre part, est toujours allée de pair avec celle des signatures des deux grandes familles de type Majmû'a (seul 2002_01_16a_TP, un communiqué commun avec les Katâ'ib Al-'Uda, se singularise également). Le texte du 1er avril est, quant à lui, signé des Katâ'ib Chuhahâ' Al-Aqsâ fî Filastîn, une appellation rarement utilisée en dehors du corps même des communiqués. La devise utilisée en fin de communiqué, enfin, Katâ'ib Chuhadâ' Al-Aqsâ idhâ qâlat fa'alat wa idhâ wa'adat awfat (« Les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa disent et font, promettent et tiennent parole ») ne l'a jamais été dans aucun autre communiqué publié sous TetA1. A l'exact opposé du communiqué précédent (2002_03_05c_TP), l'utilisation de TetA1 est ici faite pour faire de Marwân Al-Barghûthî le chef. Soulignons enfin que ce communiqué ne figure sur aucun des sites Internet de la mouvance ([18]). Ces incohérences sont telles que l'on peut affirmer que l'auteur (ou les auteurs) de ce texte n'appartiennent pas au cercle habituel des émetteurs de communiqués. Rien ne permet néanmoins de l'identifier avec exactitude : il peut s'agir aussi bien d'un partisan que d'un ennemi du secrétaire de Fath : dénoncer les forces de sécurité, en fait Jibrîl Rajûb leur chef non nommé, et faire de Marwân Al-Barghûthî un quasi successeur prédestiné de Yasser Arafat peut viser à mobiliser autour du secrétaire comme contre lui ainsi désigné comme un ambitieux pressé de prendre la place du vieux dirigeant. [16]) Les notions de base et la mise en oeuvre de la « diplomatique » sont excellement présentées dans Olivier Guyotjeannin, Jacques Pycke et Benoît-Michel Tock, Diplomatique médiévale, sl. [Turnhout, Belgique], Brepols, 1993. [17]) Voir l'analyse de certains de ces documents faite par Human Rights Watch, Erased in a Moment : Suicide Bombing Attacks Against Israeli Civilians, octobre 2002, p.125 sv. (http://www.hrw.org/reports/2002/isrl-pa/). [18]) Le 3 avril 2002, le registre des visiteurs de www.fateh.tv (http://books.dreambook.com/ddmm38/guestbook.html) reproduisait néanmoins un communiqué daté du 2 et signé des Brigades dénonçant la « trahison » de Jibrîl Rajûb. Le site lui-même n'a jamais reproduit ce texte. .
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