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Les chantiers de construction...
date publi 23/05/2012
Sanctuaires antiques
L’approvisionnement en matériaux sur les chantiers des sanctuaires grecs aux IVe et IIIe s. av. J.-C. d’après les comptes de Delphes, d’Épidaure et de Délos
Par Virginie MATHE (Université Lille 3 - HALMA-IPEL / IRAA)
Quelque 530 comptes gravés sur la pierre livrent de nombreuses informations sur l’approvisionnement en matériaux sur ces chantiers sacrés.
L’origine des matériaux est parfois indiquée, mais elle doit le plus souvent être déduite, avec prudence, du lieu de départ du transport, du lieu d’achat ou de l’origine de l’artisan. Il faut aussi faire appel aux données archéologiques. L’approvisionnement de ces chantiers exceptionnels s’inscrit dans un commerce méditerranéen, voire plus lointain encore, bien qu’il soit avant tout local et régional.
Les comptes laissent entrevoir la manière dont les ressources étaient exploitées. Les gisements appartenaient sans doute à la cité ou au sanctuaire, quoiqu’on ignore si les autorités les faisaient exploiter directement ou si elles accordaient des concessions temporaires. Dans les carrières e.g., de petits et de gros entrepreneurs, étrangers et locaux, se côtoient. Comme les commanditaires entrent sur des marchés dont le nombre d’acteurs est restreint, voire créent les marchés, il n’existe pas de prix de référence. Les prix se définissent avant tout par le jeu de la négociation. Ils sont vraisemblablement estimés aussi en fonction de la qualité des matériaux, de leur rareté, de la difficulté de leur exploitation, de la manière dont ils sont tirés des gisements et commercialisés. Au coût du travail qui fait d’une matière première un matériau, peut-être au prix intrinsèque de ce dernier, il fallait ajouter des taxes à l’exportation quand on achetait à l’étranger.
Les comptes mentionnent les opérations de manutention comme les transports qui se déroulent entre le gisement et le chantier. Les voies maritimes et terrestres sont complémentaires. Les modalités techniques ne sont pas précisées, mais les infrastructures — engins de levage, voie spécifique pour le charroi des pierres — apparaissent parfois dans les textes. Les transporteurs ne sont pas toujours ceux qui s’occupent de l’exploitation des gisements. Des pénalités de retard confirment que les transports étaient lents. Ils n’étaient certes pas bon marché, mais leurs prix, très variables, étaient souvent inférieurs à ceux des matériaux.
La gestion des approvisionnements était rationnelle. La rigueur n’était toutefois pas synonyme de recherche du moindre coût : les communautés qui décidaient de bâtir des édifices dans leurs sanctuaires visaient à la pérennité de leurs ouvrages, témoins de leur piété et de leur prestige.
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