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Patrimoines culturels en Méditerranée orientale
date publi 03/08/2009
2ème atelier
Deuxième atelier :
Jeudi 27 novembre 2008, Lyon, Maison de l’Orient (amphithéâtre Benvéniste)
IDENTITÉS NATIONALES ET RECHERCHE ARCHÉOLOGIQUE
Les aléas du processus de patrimonialisation (Levant, Golfe, Iran)
Les pays du Levant (Machrek) et du Moyen-Orient sont traversés par des routes qui ont fondé l’histoire et les sociétés de l’Ancien Monde. Ces routes, réseaux d’échanges intenses dès la préhistoire, appellent à la fois l’ouverture et l’invasion : là où circulent les marchands et les idées passent aussi les armées.
Après la première guerre mondiale, le nationalisme modifie cette situation. Un processus durable s’installe, fractionnant les territoires et transformant les limites instables et perméables des vieilles entités territoriales en frontières plus étanches d’États modernes. Des groupes humains aux identités diverses (Kurdes, Arméniens…) qui partagent les mêmes territoires demandent à être reconnus comme nations, en vain. Les nouvelles frontières, aux tracés incohérents ou aléatoires, issues des découpages de la colonisation (les "mandats"), correspondent rarement aux limites d’espaces identitaires homogènes ou simplement structurés par des liens traditionnels. De fait, les conflits actuels et les zones d’instabilité, souvent nés de revendications territoriales et économiques, se situent à l’intérieur des nouveaux États autant qu’à leurs frontières.
Dans cette perspective, la concurrence internationale autour du pétrole, les perturbations profondes liées à la création de l’État d’Israël ou la désagrégation de l’Irak peuvent être présentées comme des luttes pour des territoires identitaires ― l’investissement identitaire se cristallisant sur des termes revendicatifs tels que « Terre Promise », « Terre Sainte », « berceau » ou « sanctuaire ». Les enjeux de ces revendications reposent souvent sur la stratification complexe d’un passé susceptible d’être invoqué et manipulé. Le patrimoine culturel, auquel appartiennent les découvertes archéologiques, est mobilisé à usage interne ou instrumentalisé par les medias à l’intention du public des grandes puissances, qui sont largement parties prenantes dans les différents conflits.
Ces liens entre recherche archéologique et identités nationales mettent en jeu la participation commune d’archéologues locaux et étrangers à l’élaboration des identités et à la définition des territoires. Ils dépendent donc de l’investissement scientifique, mais aussi idéologique, spirituel et politique des chercheurs, investissement conditionné en partie par leur propre identité et leur rapport au patrimoine : on a vu des chercheurs étrangers traités "d’espions du patrimoine" ou de "pillards de la culture" parce que leur travail était ressenti par certains de leurs hôtes comme une forme d’ingérence culturelle ou d’appropriation.
En Syrie comme en Jordanie et, dans une certaine mesure, au Liban, les relations entre les chercheurs étrangers et leurs interlocuteurs locaux sont souvent bonnes ; le passé en cours de découverte est généralement assumé. La présence importante des étrangers est perçue positivement et évolue vers une prise en charge locale de la gestion du patrimoine. Seule l’archéologie dite « bibliste » conserve encore des caractéristiques héritées de ses origines et offre parfois des interprétations tendancieuses, par exemple dans le cas d’Ebla.
En revanche, la situation est bien différente dans les pays où des conflits internes ou externes violents suscitent, ou ont suscité, des cas d’instrumentalisation des données archéologiques et historiques : en Palestine, en Israël, en Irak, parfois au Liban, l’archéologie peut devenir une arme de guerre !
Jean-Claude David
Sylvie Müller Celka
Programme
9h00 : Rémy BOUCHARLAT (directeur de la Maison de l’Orient, FR 538 du CNRS), Yves Gonzalez (directeur du GREMMO, UMR 5195 du CNRS)
Accueil des participants et introduction
9h15-9h30 : Jean-Claude DAVID (UMR 5195 DU CNRS), Sylvie MÜLLER CELKA (UMR 5133 DU CNRS)
Présentation des approches thématiques et méthodologiques
9h30-10h00 : Pierre LOMBARD (directeur d’Archéorient, UMR 5133 du CNRS)
Identités nationales, archéologie, muséographie et développement économique au Bahreïn : une gestion complexe
10h00-10h30 : Marc-André HALDIMANN (Musée d’art et d’histoire de Genève)
La Bande de Gaza entre Patrimoines et conflits : Un terreau fertile pour un projet de musée archéologique hors normes
10h30-11h00 : pause-discussion
11h00-11h30 : Christine KEPINSKI (ArScan, UMR 7041 du CNRS)
La Mésopotamie dans la construction de l’Etat irakien : réflexions sur les causes patrimoniales de Saddam Hussein

11h30-12h00 : Remy BOUCHARLAT (directeur de la MOM/Archéorient, UMR 5133)
L’archéologie de la Perse éternelle dans la République islamique d’Iran

12h00-14h00 : pause-déjeuner/discussion
14h00-14h30 : Sultan MUHESSEN (ancien Directeur Général des Antiquités de Syrie, Université de Damas)
Pour une charte archéologique en Syrie
14h30-15h00 : Laurence GILLOT (Université Libre de Bruxelles I.G.E.A.T.)
Perceptions et appropriations multiples du passé sur le site archéologique de Bosra en Syrie

15h00-15h30 : Maud MOUSSI (doctorante, Université de Tours)
La concurrence des patrimoines : la médina à l’épreuve de l’archéologie. L’exemple de Tyr

15h30-16h00 : pause-discussion
16h00-16h30 : Jean-Claude DAVID (GREMMO, UMR 5195 DU CNRS)
Mise en valeur du patrimoine architectural à Alep : du capital culturel au placement immobilier
16h30-17h00 : Gérard CHARPENTIER (IFPO)
Entre sites et paysages ; à la découverte d’un patrimoine

17h00-18h00 : discussion générale
Séminaire du 24 novembre 2011, Lyon, Maison de l’Orient
Tchavdar MARINOV (EFA)
La guerre de l’étoile : les controverses sur l’antiquité macédonienne entre la Grèce et la république de Macédoine

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